En campagne, Emmanuel Macron raconte « sa » France


Emmanuel Macron, à l’Elysée, le 21 mai 2021.

Le fantôme du mouvement des « gilets jaunes » le hante encore. Emmanuel Macron a vécu un quinquennat de crises, de l’épidémie de Covid-19 à l’affaire Benalla, en passant par les manifestations contre la réforme des retraites. Mais aucun de ces soubresauts ne l’a autant marqué à titre personnel que cette vague sans précédent de dizaines de milliers de personnes se réunissant sur les ronds-points de France, entre 2018 et 2019, qui a suscité pendant quelques semaines une large adhésion de l’opinion. Certes, ont rappelé les macronistes, cette éruption sociale trouvait sa source dans des décennies de crise économique et sociale, de sentiment de déclassement et de tensions identitaires. Mais ce mouvement exprimait aussi une forme de rejet contre ce jeune président de la République, à qui tout semble réussir. Emmanuel Macron ne lançait-il pas à un jeune homme, quelques semaines avant le début des « gilets jaunes », qu’il lui suffisait de « traverser la rue » pour trouver un travail ?

Depuis, le chef de l’Etat cherche à corriger cette image d’arrogance. Dans un long entretien à la revue Zadig, mercredi 26 mai, Emmanuel Macron raconte ainsi son attachement à la province. « Ma France, c’est une carte sensible entre deux pôles que sont Amiens et les Pyrénées, puis un troisième pôle qui est Paris », raconte-t-il. De son enfance partagée entre la Picardie et les vacances à Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées), il assure tirer une empathie avec ces territoires victimes de la « morsure de la désindustrialisation », où point une « nostalgie de la France d’avant ». « A Amiens comme à Bagnères-de-Bigorre, j’ai ressenti une certaine inquiétude, j’ai connu une France inquiète », rapporte Emmanuel Macron. En conséquence, il assure ne pas avoir été surpris par la « jacquerie » des « gilets jaunes », même s’il reconnaît ne pas avoir anticipé l’ampleur du malaise.

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« Ce n’est pas un hasard si la crise des “gilets jaunes” n’est pas une crise des quartiers populaires, estime le locataire de l’Elysée. Dans ces derniers, on trouve toujours des histoires individuelles de progrès, malgré les difficultés. A côté, les territoires qui avaient longtemps connu la prospérité ont vu celle-ci se rompre et n’ont pas réussi à la rétablir. C’est cela que j’ai découvert avec plus de force. »

Incarner le « provincial » pour 2022

Dans cet entretien, Emmanuel Macron se pose aussi en « provincial », lecteur assidu de la presse quotidienne régionale, amoureux du Tour de France et nostalgique d’un pays tissé d’usines, « lieu de brassage des catégories sociales ». Il y clame son amour du Lot, une terre chérie avant lui par Georges Pompidou, ce prédécesseur devenu symbole de la France prospère et du « c’était mieux avant ». Une nostalgie sur laquelle jouent aujourd’hui des médias comme CNews ou Valeurs actuelles. « J’ai grandi dans les souvenirs de ma grand-mère. J’ai donc une vision de la France qui n’est pas du tout celle de ma génération, je dois bien l’avouer. Je suis comme désynchronisé », affirme pour sa part Emmanuel Macron.

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