Toutes et tous dehors, pour le sexe aussi ?


LE SEXE SELON MAÏA

Toutes et tous dehors, pour le sexe aussi ?

Couvre-feu à 21 heures et bientôt 23 heures, températures clémentes… Besoin de rattraper le temps perdu après une année sexuelle marquée par le tout-domestique, camarades ? On dirait bien que les signaux sont au vert pour déconfiner sa sexualité. Pourquoi pas en l’extirpant du cocon du foyer ? Bienvenue dans le monde du sexe en extérieur – n’importe où (ou presque)… mais pas n’importe comment.

Commençons par les motivations : prendre l’air, bien évidemment, mais aussi prendre des risques ! Les amants peuvent choisir de s’accorder des rapports improvisés, d’apporter de la variété dans leur couple, de tester un fantasme, ou tout simplement de vivre une expérience intense. Les plus hédonistes mentionneront la caresse de l’eau, du vent ou des étoiles sur leur peau. Les plus aventureux glisseront la possibilité d’un autre type de caresse… celle de participants impromptus.

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Un rappel à la loi s’impose dès ce stade : selon l’article 222-32 du code pénal, « l’exhibition sexuelle imposée à la vue d’autrui dans un lieu accessible aux regards du public est punie d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende ». N’oublions jamais que 28 % des femmes ont déjà fait face à un exhibitionniste (IFOP, avril 2018) : « déconfiner » son pénis, c’est une chose, l’imposer à la vue de quelqu’un qui n’a rien demandé, c’en est clairement une autre !

Cette chronique s’en tiendra donc à une version très innocente du sexe en extérieur… Sans pour autant nier les charmes de l’interdit. Selon une enquête de l’IFOP datant de 2013, 28 % des Français trouvent excitante l’idée d’être surpris pendant qu’ils font l’amour. Et à peu près la même proportion d’entre eux ont envie de regarder ! Apparemment, les voyeurs et les exhibitionnistes se rencontrent souvent : 16 % des Français ont déjà été surpris en pleins câlins.

Se donner à voir

Ces pratiques sont relativement courantes. On peut en parler publiquement, on peut en rire avec ses amis. Cette bienveillance contraste avec un discours « officiel » figé, droit dans ses bottes. Faire l’amour en extérieur serait un acte irresponsable, qui mettrait en danger les bonnes mœurs (ça se discute) et les enfants (ça ne se discute pas). Ces pratiques démontreraient également notre horrible autocomplaisance.

Or, quand les penseurs contemporains (l’historien américain Christopher Lasch, la psychiatre et psychanalyste Marie-France Hirigoyen, l’essayiste Gilles Lipovetsky) nous parlent de narcissisme, c’est généralement pour nous annoncer la fin du monde (je résume : « l’Occident se délite dans un nombrilisme qui décérébrera les foules et détruira notre civilisation »).

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