« Beaucoup de parents sont dans l’illusion du contrôle parental »


Hélène Romano est docteure en psychopathologie et docteure en droit et sciences criminelles. Forte de trente ans de métier durant lesquels elle a souvent été sollicitée pour des expertises judiciaires impliquant des adolescents, elle perçoit une augmentation des crimes commis par des mineurs sur des mineurs. Et en interroge les causes.

L’affaire Alisha, du nom de cette collégienne de 14 ans retrouvée morte dans la Seine, le 8 mars à Argenteuil (Val-d’Oise), a remis la question du harcèlement entre élèves sur le devant de la scène. De manière ultra-violente, puisque deux de ses camarades, à peine plus âgés qu’elle, ont été mis en examen pour assassinat. Cette violence se banalise-t-elle ?

C’est une question à laquelle il est difficile de répondre : au niveau épidémiologique, il n’y a pas d’étude permettant de l’affirmer. Les chiffres dont nous disposons sont ceux des dépôts de plainte, éventuellement ceux des consultations psy, mais ils ne disent pas tout. Il y a plus de déclarations de viols, mais cela repose là encore sur du « déclaratif ». Des événements épouvantables mettant en cause des mineurs ont, de tout temps, défrayé la chronique.

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Il n’empêche : j’ai bien le sentiment que les crimes commis par des mineurs sur des mineurs sont en augmentation. La violence fondamentale des enfants – comme celle des adultes – n’est plus contenue, et on assiste à des passages à l’acte plus fréquents. C’est vrai, aussi, qu’on les médiatise davantage.

Il a aussi été beaucoup question d’affrontements entre bandes, impliquant parfois de très jeunes adolescents. Le contexte est-il en cause ? Y a-t-il un « effet Covid » ?

C’est une hypothèse. On sait que les signalements pour violence intrafamiliale ont augmenté d’un tiers pendant le premier confinement. Etre confiné est, pour tous, très anxiogène ; lutter contre les angoisses de mort prend beaucoup d’énergie. Or quand on est épuisé psychiquement, la violence est plus difficilement contenue. Dans un contexte aussi insécurisant que la crise sanitaire, une crise qui s’est installée dans la durée, des adultes ne tiennent pas le choc, et c’est une avalanche émotionnelle qui déferle sur les enfants.

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Dans votre livre « Ecole, sexe et vidéo » (Dunod, 2014), vous mettiez en cause l’accès des plus jeunes à de nouvelles technologies très difficiles à maîtriser, impliquant du cyberharcèlement, la cyberpornographie… Jusqu’à quel point les écrans sont-ils en cause ?

Ma position a un peu changé [depuis la publication de l’ouvrage], en rapport avec l’évolution des expertises que j’ai pu mener : ce n’est pas tant la place prise par les écrans dans la vie des enfants que l’absence des parents face à l’usage des écrans par leur enfant, ou en tout cas leur indisponibilité, qui pose question. Regardez comment nos enfants vivent : on les laisse calmer leurs colères sur des consoles de jeux, s’endormir le soir et même prendre leur biberon devant la télévision… L’adulte peut être présent, mais il est lui-même accaparé par d’autres écrans. C’est pourtant lui qui apprend à l’enfant à se canaliser, à ne pas être débordé par ses émotions.

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