« Ne jetons pas le bitcoin avec l’eau de la spéculation »


Chronique. Chaque krach financier est l’occasion de tirer des leçons « définitives » sur les méfaits de la spéculation. Elles ont généralement vocation à être oubliées au bout de quelques mois, jusqu’au désastre suivant. Celui des cryptomonnaies, dont la capitalisation totale s’est effondrée de moitié en l’espace d’une semaine à la mi-mai, n’échappe pas à la règle.

Un concert de lamentations s’en est suivi sur l’air bien connu du « on vous l’avait bien dit ! » Pour les uns, c’est un « piège à gogo », pour les autres une « monnaie de singe ». Mais ne faut-il pas, face à ces réactions outragées, oser dire, pour paraphraser Junie face à Néron dans le Britannicus de Racine, que le bitcoin et ses semblables ne méritent ni excès d’honneur ni cette indignité ?

Les cryptomonnaies et la blockchain, le mode de stockage et de transmission de données qui ont permis leur émergence, doivent être analysées pour ce qu’elles sont : l’invention d’un nouveau type d’actif grâce à un système de programmation informatique, qui fonctionne depuis une décennie et qui est de plus en plus populaire. Ne jetons donc pas le bitcoin avec l’eau de la spéculation.

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Les cryptomonnaies ne sont pas exemptes de tout reproche. Outre une empreinte écologique désastreuse, elles peinent à devenir une monnaie d’échange du fait des variations violentes de leurs cours. Last but not least, elles facilitent les transactions illicites.

Elles ont atteint 5 milliards de dollars (4,1 milliards d’euros) en 2020, selon Chainalysis, une société spécialisée dans les cryptomonnaies. Les montants versés aux programmateurs de logiciels malveillants qui prennent en otage des données personnelles s’élèvent à 350 millions de dollars, soit un quadruplement en un an.

Un vernis de respectabilité

L’essence libertarienne du phénomène a largement participé à l’engouement des débuts, poussant des milliers d’individus à chercher à s’affranchir de la souveraineté des Etats liée à leurs prérogatives de battre monnaie. Mais, que cela plaise ou non, l’intégration grandissante des cryptomonnaies dans les portefeuilles d’une part non négligeable de grands investisseurs internationaux change la donne.

L’arrivée sur ce marché de certaines banques et de fonds ayant pignon sur rue a réussi à badigeonner les cryptomonnaies d’un vernis de respectabilité. Ce n’est sans doute qu’un début. Certains s’inquiètent de la masse des petits spéculateurs, qui gravitent autour. De ce point de vue, il n’y a rien de neuf sous le soleil du capitalisme financier. La génération des millennials qui s’invitent à la table de ce grand casino n’est finalement guère différente de celle de leurs aînés qui se sont fait flouer en leur temps sur d’autres produits spéculatifs. Il est facile de verser des larmes de crocodile sur ces parieurs éblouis par le mirage d’une fortune capable de se faire ou de se défaire à la vitesse de la lumière. Mais à se focaliser sur cet aspect de la question, on finit par perdre de vue l’essentiel.

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