Xavier Jaravel, Prix du meilleur jeune économiste 2021


Xavier Jaravel à Paris, le 18 mai.

En décernant le Prix du meilleur jeune économiste, Le Monde et le Cercle des économistes souhaitent distinguer, parmi les jeunes économistes français, celle ou celui qui semble le mieux avoir fait progresser les concepts, les idées et les propositions en matière de politique économique ou de prise de décision au sein des entreprises.

En cette année 2021, pour l’attribution du prix et le choix des trois nominations, le jury a reçu 42 candidatures. Seize candidats sont affectés à l’étranger et 26 occupent des postes de professeur ou de chercheur en France. On dénombrait seulement 11 femmes. Enfin, du côté des quatre lauréats, trois ont soutenu leur thèse et sont en poste à l’étranger, un seul est à Paris.

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Il est légitime de se demander si les agendas de recherche des candidats recouvrent nos interrogations quant aux dérèglements actuels des économies, qui ne se réduisent pas aux effets de la pandémie de Covid-19. Comme dans le passé, la réponse est positive, ce dont témoignent les contributions des précédents lauréats, dans un ouvrage publié en 2020 par le Cercle des économistes, Agir face aux dérèglements du monde (Odile Jacob).

Etude des processus démocratiques

Parmi les travaux des lauréats, citons d’abord l’examen des dynamiques d’innovation, leurs facteurs, notamment l’origine sociale des inventeurs, et leurs effets macroéconomiques. Mais aussi des analyses quasi expérimentales, qui mobilisent des bases de données très fines (brevets, types de produits ou de firmes), l’impact différencié des innovations sur les prix relatifs des biens, et par là, sur les inégalités.

Soulignons également les travaux portant sur l’efficacité et l’équité de la justice pénale aux Etats-Unis, qui combinent des analyses relevant de l’économie comportementale, en termes de biais cognitifs dans les décisions des jurés populaires, et des traitements économétriques « randomisés » [à partir d’un échantillon sélectionné aléatoirement] démontrant l’inefficacité du durcissement des politiques pénales sur la délinquance.

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Relevons aussi l’étude des processus démocratiques face aux dérives populistes, avec des expériences « randomisées » permettant de dégager les conditions de participation aux élections et les effets des outils au service de la compétition électorale (rôle du porte-à-porte ou d’Internet) sur les suffrages. Notons, enfin, dans le domaine de l’économie de la santé et de l’épidémiologie, l’analyse des effets des maladies infectieuses, notamment le paludisme, sur le développement, le capital humain, la pauvreté et les inégalités de mortalité.

Trois thématiques

Si l’on s’intéresse aux programmes de recherche de l’ensemble des candidats, trois thématiques centrales se dégagent : les questions afférentes au marché du travail (formation des salaires, chômage, discriminations) et aux diverses formes d’inégalités (revenus, patrimoine, éducation, genre, inégalités spatiales…) ; les imperfections de la finance et les choix de politique monétaire ou de régulation des banques en lien avec le risque de crises financières ; et, enfin, les problèmes de fiscalité ou d’économie publique, sans aborder de front la question du partage entre les rôles de l’Etat et ceux des marchés.

Les défis environnementaux ou sanitaires bénéficient d’une attention croissante, mais encore insuffisante. L’orientation très majoritairement empirique, déjà observée dans le passé, se confirme, avec un recours de plus en plus marqué au big data, aux données individuelles ou granulaires (ménages, entreprises, innovations, prix d’actifs…) permettant de rendre compte de la diversité des comportements et des perceptions, à rebours de l’hypothèse de l’Homo oeconomicus.

Au-delà de la recherche académique, il s’agit désormais, pour les économistes, d’envisager les scénarios possibles de l’après-pandémie

Notons cependant deux zones d’ombre. Les questions de spécialisation, de géographie économique et de commerce international, voire l’hypothèse d’une déglobalisation face aux nouveaux impératifs de souveraineté et de résilience, ne sont pas abordées par les candidats. Les interrogations quant à l’ampleur et aux conséquences des positions dominantes sur les marchés, les effets des oligopoles technologiques et les implications que cela engendre à l’aune des règles de la concurrence ne semblent pas recueillir beaucoup d’attention, comme tout ce qui porte, d’ailleurs, sur les institutions et, surtout, sur l’économie de l’entreprise dont s’occupent principalement, en France, les sciences de gestion, plus que les économistes.

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De toute évidence, les jeunes économistes français ne travaillent pas sur des têtes d’épingle ou des épiphénomènes. Ils contribuent sans conteste à la richesse du débat public. Car au-delà de la recherche académique, il s’agit désormais, pour les économistes, d’envisager les scénarios possibles de l’après-pandémie. Du 2 au 4 juillet, les Rencontres économiques d’Aix-en-Provence seront consacrées à ce sujet, sous l’intitulé « Saisir l’avenir, ensemble », afin d’offrir, une nouvelle fois, un espace de dialogue et de confrontation entre les économistes et avec la société.

Prix du meilleur jeune économiste 2021 : tous nos articles

Le Prix du meilleur jeune économiste, créé en 2000 par Le Monde et le Cercle des économistes, vise à valoriser les travaux d’un économiste français ou affecté en France, de moins de 41 ans. Il s’agissait de distinguer non seulement l’excellence de la production académique des jeunes économistes français, mais aussi leur ­contribution au débat public et à l’expertise économique. Sur cette base, les membres du Cercle des économistes ont évalué les dossiers et le jury final, présidé par André Cartapanis et associant à ­parité les représentants du Cercle des économistes et du journal Le Monde, a attribué le Prix et décerné les trois nominations.

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