En Normandie, la clientèle américaine manque toujours pour les commémorations du « D-Day »



En Normandie, la clientèle américaine manque toujours pour les commémorations du "D-Day"

par Lucien Libert

OMAHA BEACH, France (Reuters) – Le Canadien Eric Leboeuf a l’habitude de passer la journée anniversaire du « D-Day » dans une jeep militaire d’époque, à guider les touristes nord-américains sur les sites de Normandie où les forces alliées ont débarqué pour chasser l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale.

Mais pour la deuxième année consécutive, la crise du COVID-19 empêchera les touristes, qui font habituellement tourner l’économie locale sur ces 80 kilomètres de cotes françaises, de venir.

Les touristes nord-américains sont les plus dépensiers, selon de nombreux professionnels du secteur.

La société d’Eric Leboeuf, la Gold Beach Company, survit à cette pandémie grâce aux aides gouvernementales. Les restrictions frontalières instaurées l’an dernier pour contenir le virus ont fait chuter son activité de 80%. L’entreprise ne compte plus que trois salariés – Eric Leboeuf et les deux fondateurs – contre 10 au début de l’année 2020.

« J’ai hâte de retrouver mes premiers Américains en tournée. Je suis Canadien et il y a des sujets que je peux aborder avec eux et dont je ne peux pas parler avec les gens d’ici, que ce soit le baseball, le hockey. Ce sont des gens chaleureux, c’est très amusant de les côtoyer, donc oui, ils me manquent », explique Eric Leboeuf à Reuters, au volant de sa Jeep Willys de l’armée américaine.

« Emprunter ces petites rues à travers la campagne normande leur rappelle les films ou les documentaires qu’ils ont regardés au fil des ans. Et pour eux, c’est comme un rêve devenu réalité de faire cela dans un véhicule de 1943 », ajoute-t-il.

Au-delà des sociétés d’excursions spécialisées dans le « D-Day », c’est toute l’industrie touristique, malmenée par la crise sanitaire, qui s’est engagée dans une course contre la montre pour profiter des réservations de cet été. Mais les perspectives sont assombries par l’émergence de nouveaux variants du COVID-19 dans le monde.

Avant la crise, près de 90 millions de voyageurs étrangers visitaient la France chaque année, et un grand nombre d’entre eux se rendaient sur les plages normandes où quelque 150.000 soldats britanniques, américains, canadiens et autres ont débarqué ou ont été parachutés derrière les défenses côtières, le 6 juin 1944, pour libérer l’Europe occidentale.

Le nombre de visiteurs a chuté lorsque la France a imposé des restrictions sanitaires.

Le gouvernement français prévoit de rouvrir les frontières aux touristes étrangers le 9 juin, mais il utilisera un système de « feux de signalisation » qui imposera des restrictions plus strictes aux visiteurs provenant de pays où le virus est plus répandu.

« ILS N’AIMENT PAS LES VOYAGES DE DERNIÈRE MINUTE »

Les hôtels de la côte normande disent ne pas s’attendre à un afflux soudain de clients en provenance d’Amérique du Nord.

« Ils n’aiment pas organiser des voyages à la dernière minute », assure Rima Hebert, dont l’hôtel de luxe de 32 chambres construit à l’ombre de la cathédrale de Bayeux, est fermé depuis mars 2020.

L’établissement reçoit habituellement une clientèle composée à 95% d’Américains et Canadiens. Sa propriétaire prévoit d’ouvrir deux chambres plus tard ce mois-ci mais n’anticipe pas de reprise des réservations avant septembre et octobre. Là encore, l’arrivée de nouveaux variants incite à la prudence pour les mois à venir, selon Rima Hebert.

« Il est toujours facile d’annuler une réservation », dit-elle.

Le nombre de visiteurs a fortement baissé dans le cimetière américain qui surplombe Omaha Beach, où 2.500 soldats américains ont été tués par l’artillerie allemande le premier jour de l’offensive alliée, a constaté le mémorial.

Sylvain Kast, un guide touristique indépendant, s’attendait à travailler à temps plein cet été. Au lieu de cela, il n’a que trois réservations entre juin et octobre.

En dépit du soutien financier de l’État, ce dernier a dû travailler de nuit comme soudeur et comme professeur d’histoire pour joindre les deux bouts pendant la crise.

« On se pose beaucoup de questions. On se demande combien de temps ça va durer. C’est un métier de passion », explique-t-il. « Psychologiquement, ça a été dur ».

(Lucien Libert, rédigé par Richard Lough, version française Hayat Gazzane, édité par Blandine Hénault)



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