La diversification d’Accor tracasse les franchisés



La diversification d'Accor tracasse les franchisés

Cela fait plusieurs mois qu’une équipe de tournage suit Sébastien Bazin dans ses déplacements. Le documentaire produit par son ami Pierre-Antoine Capton (Mediawan) témoignera de l’action du patron d’Accor pendant l’épidémie de Covid. Il est vrai que depuis le début de la crise, l’hôtelier ne chôme pas. Proposant d’héberger les soignants et les personnes en quarantaine, négociant avec le gouvernement les aides au secteur du tourisme avant d’être officiellement missionné pour coordonner un groupe de travail, puis de recruter l’ancienne secrétaire d’Etat et députée Brune Poirson comme directrice du développement durable de son groupe.

Dernier épisode, il vient de créer un Spac (Special purpose acquisition company ) le 20 mai qui, en levant 300 millions d’euros, lui permettra d’investir dans des activités de restauration et de loisirs, sans puiser dans les réserves de son groupe. Il va ainsi pouvoir racheter 100% du groupe de restauration Paris Society malgré les réticences de son conseil d’administration, où siège son allié Nicolas Sarkozy.

Insatiable Bazin

En fait-il trop? L’un de ses amis s’inquiète: « Sébastien me rappelle le Jean-Marie Messier des années 2000. » Le même rappelle la tentative infructueuse de l’insatiable Bazin de cumuler la présidence d’Air France il y a deux ans avec celle d’Accor, avant de se lancer dans

une opération discrète pour obtenir une investiture afin de briguer la mairie de Paris. Un ancien cadre va plus loin: « Il se disperse, rachète des marques branchées, mais limitées à des marchés de niche. Il oublie les fondamentaux: soutenir ses marques d’hôtels vieillissantes qui font 80% des résultats du groupe en France: Ibis, Novotel, Mercure et autres, et trouver enfin une solution à la suprématie des plate-formes on line et à Airbnb. »

Lire aussiFace à la crise sanitaire, le géant de l’hôtellerie Accor en mode survie

Certes, depuis son arrivée à la tête de l’entreprise en 2013, le patron aux bracelets brésiliens a réussi à réenchanter un groupe hôtelier qui était en panne de projet. Il a poussé à la cession des murs des hôtels et a ensuite cédé les fonds de commerce à une entité créée pour la circonstance, Accor Invest, dont Accor ne détient que 30%. C’est cette société qui a le plus souffert du Covid, sauvée in extremis grâce à la rescousse de l’Etat, des banques et des actionnaires, et au prix de 1.900 suppressions d’emplois.

Actionnaires et franchisés vigilants

Les actionnaires d’Accor, qui ont récupéré en partie le fruit de ces cessions, n’ont pas eu à se plaindre. Le groupe allégé de nombreux actifs s’est transformé en un spécialiste de la franchise, encaissant les redevances de la part des opérateurs utilisant ses marques. « Nous n’avons pas la compétence pour juger la stratégie de Bazin, mais nous sommes bien sûr très vigilants à ce qu’il continue à investir dans ses marques historiques », prévient Gwenaël Le Houerou, le président de l’Association des franchisés d’Ac-cor (AFA), ses 1.000 membres, 1.550 hôtels en France et 22.000 salariés.

Plusieurs de ces entrepreneurs indépendants, qui ont bouclé une année à – 80 %, critiquent la diversification dans des marques de loisirs peu rentables, les changements de logo du groupe (AccorHotels redevenu Ac-cor) ou le sponsoring du PSG pour 50 millions d’euros annuels. « J’ai des hôtels en province, le PSG, c’est un repoussoir ici, ça n’aide pas à remplir les chambres ou à fédérer les salariés », se plaint l’un d’eux.

Ancien président du club parisien à une période où il a frôlé la relégation en Ligue 2, Sébastien Bazin sait mieux que personne que la victoire est plus facile quand les supporters sont nombreux.



Lire la suite
www.challenges.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *