comment le thème de la ruralité s’est invité dans la campagne


Une vue générale de Bas-en-Basset (Haute-Loire), le 28 octobre 2020.

Sourire franc et fine moustache, le visage d’Eddie Puyjalon s’affiche, en ce mois de juin, à côté de celui de Jean Lassalle, sur les tracts pour les élections régionales en Nouvelle-Aquitaine. Ensemble, ils veulent « faire de la ruralité la grande cause régionale », après plus de « vingt ans, sans [que l’on en ait] entendu parler », affirme M. Puyjalon, tête de la liste Mouvement de la ruralité.

Alors que la prise en compte des territoires s’est imposée dans cette campagne comme une des priorités des partis traditionnels, M. Puyjalon a, lui, décidé d’en faire la raison d’être de son mouvement – en renommant, en 2019, sa formation politique déjà existante depuis 1989 : Chasse, pêche, nature et tradition. Dénonçant « l’amplification de l’agribashing », ce supposé dénigrement systématique de l’agriculture, il a senti « l’urgence à défendre cette ruralité, qu’on adore tous ». Une ruralité « montrée du doigt et abandonnée par les services publics », estime-t-il. Dans le viseur : la critique du système agricole intensif par les défenseurs des animaux et de l’environnement.

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« Sommes-nous des sous-hommes ? »

Plus largement, Le Mouvement de la ruralité dénonce l’enclavement des territoires ruraux pour cause de « routes peu adaptées et de gares ou lignes ferroviaires fermées », la perte d’emplois liée à la désindustrialisation des territoires, et la « métropolisation » aux dépens des villes moyennes. « Sommes-nous des sous-hommes ? Pourtant nous payons nos impôts comme tout le monde, mais nous n’avons pas accès aux mêmes services », regrette encore M. Puyjalon, que la question anime, alors qu’il se trouve à l’autre bout du fil, quelque part entre Limoges et Bordeaux.

Si la ruralité est devenue un thème de campagne majeur de ces élections régionales et départementales, c’est d’abord, selon Philippe Subra, directeur de l’Institut français de géopolitique à l’université Paris 8, une conséquence de la pandémie de Covid-19. Alors que les villes étaient jusque-là synonymes de dynamisme culturel et professionnel, elles ont perdu de leur attractivité, devenant au fil des confinements « des endroits difficiles à vivre en comparaison des campagnes », explique M. Subra.

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« Un héritage du mouvement des “gilets jaunes” »

Une analyse que partage François Pirola, directeur adjoint de la campagne de Najat Vallaud-Belkacem en Auvergne-Rhône-Alpes. De plus, d’après lui, à « l’attrait pour une vie meilleure en dehors des villes » lié à la crise « s’ajoute un héritage des “gilets jaunes, qui déploraient déjà le départ des entreprises vers les villes, se disant oubliés et trop peu pris en charge par les politiques publiques ». Dans la grande région de douze départements, l’équipe de Mme Vallaud-Belkacem estime ainsi que la ruralité doit être au cœur de sa campagne, face à une « réalité sociétale, sociale, démographique et politique [dans les territoires] plus importante et plus visible » qu’auparavant, expose encore M. Pirola.

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