le retour de Trump sur scène


Dans un discours à la convention républicaine de Caroline du Nord, l’ancien président a laissé planer le doute sur ses intentions en 2024, tout en fustigeant l’action de Joe Biden.

De notre correspondant à Washington

Trump est de retour. L’ancien président a prononcé samedi soir à la convention républicaine de Caroline du Nord un discours qui ressemblait assez à celui d’une campagne électorale. Dans sa deuxième allocution publique depuis la fin de son mandat, l’ancien président a décrit la situation actuelle des États-Unis comme catastrophique, vanté ses propres réalisations lorsqu’il était à la Maison-Blanche, et, bien sûr, répété que l’élection de 2020 avait été une vaste fraude. «Notre pays est en train d’être détruit sous nos yeux», a dit Trump. «Les démocrates radicaux veulent détruire la liberté de parole, la religion, et vous prendre vos armes. Je vous avais prévenus».

Dans sa description apocalyptique, les frontières sont grandes ouvertes à des criminels, les États-Unis sont humiliés sur la scène internationale, les prix du carburant sont à la hausse, la liberté de parole est menacée et les démocrates radicaux imposent leurs théories raciales. «Biden est l’administration la plus à gauche de l’histoire, même Bernie Sanders le dit, a-t-il affirmé. C’est une honte.» Et d’ajouter encore : «Biden fait passer l’Amérique en dernier, la Chine et la Russie se réjouissent».

Tourné vers les élections de mi-mandat

L’ancien président des États-Unis n’a fait qu’évoquer en passant la prochaine échéance présidentielle de 2024, laissant planer le doute sur ses intentions, mais il a clairement insisté sur l’importance des élections de mi-mandat qui doivent se tenir l’année prochaine. «La survie de l’Amérique dépend de notre capacité à élire des républicains à tous les niveaux», a-t-il prévenu.

Sa belle-fille, Lara Trump, épouse de son fils Eric, a annoncé qu’elle ne se présenterait «pas cette fois» aux élections pour succéder au sénateur Burr qui prend sa retraite. Trump a créé la surprise en annonçant aussitôt après son soutien au représentant Ted Budd, dans une élection qui pourrait déterminer le contrôle du Sénat l’an prochain.

Même si les républicains ont essuyé une défaite électorale cuisante sous sa direction, l’influence de Trump sur le parti reste quasi inchangée. D’après un récent sondage de la chaîne CBS, 66% des républicains considèrent la loyauté à Donald Trump comme importante. Son immense popularité dans l’électorat républicain tétanise les élus qui espèrent pouvoir prendre leur distance avec l’ancien président, et galvanise ceux qui espèrent qu’il leur permettra de regagner la majorité du Sénat et de la Chambre.

Trump a aussi, cette fois avec des arguments fondés, rappelé que la campagne de vaccination qui permet à l’Amérique de sortir du marasme de la pandémie, avait été rendue possible grâce aux efforts de son administration. Mais il a aussi saisi le regain d’intérêt pour l’enquête sur les origines du COVID-19 pour rappeler qu’il avait été le premier à évoquer la piste d’un laboratoire chinois. Il s’est aussi moqué du Dr Anthony Fauci, le principal conseiller médical de la Maison-Blanche, pour avoir écarté cette théorie par le passé.

«Ce n’est pas un grand médecin, mais c’est un sacré bonimenteur», a déclaré Trump. « Il aime la télévision plus que n’importe quel politicien, mais il s’est trompé sur presque toutes les questions et il s’est trompé sur Wuhan et le laboratoire aussi».

«Toutes les nations devraient se mettre d’accord pour présenter à la Chine une facture d’au moins 10.000 milliards de dollars pour compenser les dommages qu’elle a causés», a aussi lancé Trump. «Toutes les dettes dues à la Chine devraient être annulées au titre du dédommagement».

L’élection de 2020, «crime du siècle»

De façon dorénavant classique, l’ancien président a aussi évoqué l’élection de 2020, répétant comme il le fait depuis le mois de novembre dernier que l’élection lui a été volée par la fraude massive des démocrates, «le crime du siècle».

«Les preuves sont trop volumineuses pour être mentionnées», a déclaré Trump, répétant que des bulletins avaient été déposés au nom de personnes décédées, ainsi que d’étrangers illégaux, que Facebook avait encouragé les campagnes de vote dans les circonscriptions de gauche et que des «Indiens» avaient été payés pour voter. «C’était une élection du tiers-monde comme nous n’en avions jamais vu auparavant», a déclaré Trump, comme il le fait depuis novembre dernier.

Il a salué les audits en cours en Arizona et dans d’autres états, où des recomptes des bulletins de certains comtés sont menés par des organisations privées, et les lois prises par plus d’une vingtaine d’Etats républicains pour instaurer des règles de vote plus strictes. «Sinon, nous n’aurons plus jamais d’élections libres dans ce pays !»

Impasse sur l’assaut contre le Capitole

Pas une seule fois il n’a évoqué l’épisode du 6 janvier, quand sa campagne médiatique pour discréditer l’élection présidentielle avait conduit ses partisans à pénétrer de force dans le Capitole pour interrompre la certification de l’élection de Joe Biden. Blanchi par le vote du Sénat après sa deuxième procédure de destitution, Trump a pu proclamer sous les applaudissements qu’il n’est pas «celui qui essaie de saper la démocratie américaine» : «Je suis celui qui essaie de la sauver !»

Il a aussi évoqué les enquêtes dirigées contre lui, en les qualifiant de machination. «Les démocrates transforment la justice en instrument de vengeance politique».

Trump, qui a été la veille l’objet d’une interdiction de deux ans d’usage de son compte Facebook, suspendu après l’attaque du Capitole, a aussi attaqué Mark Zuckerberg, le dirigeant du puissant réseau social. «Quand il venait à la Maison-Blanche, il cherchait à se faire inviter à dîner avec sa femme. Je suppose que c’est la nature humaine, mais nous ne pouvons pas laisser notre pays être dirigé par ce genre d’être humain.»

L’ancien président a prévu de tenir d’ici l’été des rassemblements au Texas, en Floride, dans l’Ohio et en Géorgie. La période où une partie plus conservatrice du parti, incarnée par Liz Cheney, avait tenté de s’opposer à l’emprise de l’ancien président, est à présent révolue. Cheney a été évincée de son poste de numéro trois du groupe républicain à la Chambre. Le Sénat a refusé de voter la création d’une commission d’enquête sur les événements du 6 janvier. L’ancien président n’a plus guère d’obstacles devant lui pour reprendre le contrôle total du parti républicain.



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