Pour relancer la France, Barrot prône le sur-mesure



Pour relancer la France, Barrot prône le sur-mesure

Des treize déplacements qu’il a effectués en cinq mois dans les régions les plus touchées par la crise sanitaire, le député MoDem des Yvelines Jean-Noël Barrot en a retenu un tout particulièrement. Celui de Forbach, en Moselle, où le taux de chômage atteint des records. Là, un syndicaliste de Force ouvrière qui avait connu son père Jacques, ministre du Travail sous Jacques Chirac à la fin des années 1990, lui a soufflé en pointant l’imposante cheminée de l’ancienne centrale à charbon de Saint-Avold: « Il faut faire tomber la tour, c’est le seul moyen de tourner la page et de marquer symboliquement la reconversion du site. » Le député en a gardé une énergie et un optimisme sur la volonté des Français de faire repartir la machine économique après des mois de restrictions. « Il y a partout une envie de saisir l’opportunité des milliards d’argent public versés pour moderniser le tissu industriel », s’enthousiasme-t-il.

Jouer le fonds de solidarité…

Aller sur le terrain pour mesurer l’impact de la crise sanitaire, région par région, et en tirer des leçons sur le ciblage des aides publiques, c’est précisément la mission qu’a confiée Matignon à ce député MoDem de 38 ans, élu avec la vague macroniste de 2017. Ce 3 juin, il remettait ses premières conclusions

à Jean Castex en martelant un message: le débranchement des aides comme la relance budgétaire doivent prendre en compte les spécificités locales.

« Les effets de la pandémie sont très variables d’un territoire à l’autre et, par ricochet, sur toutes les entreprises quel que soit leur secteur, analyse-t-il, le coude posé sur les deux cahiers noircis de notes rapportés de son périple. Un vendeur de chaussures n’a pas du tout souffert de la même manière selon qu’il se trouvait dans les Alpes, en Maine-et-Loire ou près de Roissy. »

C’est pour cette raison qu’il défend mordicus la proposition du ministère des Finances de soutenir, à partir de juin, les entreprises au prorata de la chute de leur chiffre d’affaires via le fonds de solidarité, et non plus par une aide d’un montant fixe ou calculée sur une proportion fixe de leur chiffre d’affaires.

… et les reconversions

De son tour de France, Jean-Noël Barrot ramène en effet une cartographie ultraprécise de l’impact de la crise sanitaire sur l’économie. Avec une démarcation nette entre des régions jusqu’alors florissantes qui ont subi de plein fouet la crise, comme Paris, les stations de ski ou la région toulousaine, et celles où le chômage était déjà élevé, qui ont plus ou moins subi les effets du Covid. « La carte des régions les plus frappées ne recouvre pas du tout la carte des ‘gilets jaunes’, résume-t-il. Les métropoles dynamiques ont souvent payé un plus lourd tribut que les zones rurales ou périurbaines. » Avec l’aide des experts de France Stratégie et de deux hauts fonctionnaires de Bercy, cet ancien économiste au MIT a même étudié au plus près l’évolution de l’activité durant les périodes de relâchement des restrictions sanitaires afin d’anticiper dans quelles régions le choc serait le plus durable.

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A l’entendre, il faut s’inspirer des bonnes idées du terrain pour calibrer au mieux les aides de l’Etat. A Marmande, la chambre de commerce et d’industrie a facilité le prêt de main-d’œuvre de CSA Creuzet, une usine de pièces détachées pour les avions, en grande difficulté, vers l’entreprise d’agroalimentaire Lucien Georgelin, en développement. A Béthune, Groupe Atlantic, un fabricant de pompes à chaleur, a bénéficié des crédits du plan de relance pour embaucher quelque 50 ouvriers de Bridgestone, dont le site a fermé en mai. A Toulouse, le cabinet d’ingénierie Akka Technologies, sinistré par la chute du secteur aéronautique, va mettre à disposition une quarantaine de ses collaborateurs dans Aura Aero, start-up d’avions à propulsion électrique, en plein boom. « Tous ces exemples démontrent que la reconversion de travailleurs est possible , relève Jean-Noël Barrot. Charge au gouvernement de simplifier les règles pour favoriser les passages de main-d’œuvre d’un secteur à l’autre. »

Utiliser le « carry back » fiscal

Lui qui n’a eu de cesse de défendre l’expérimentation et l’évaluation des politiques publiques au palais Bourbon est plus convaincu que jamais des apports de la recherche universitaire dans les décisions gouvernementales. « Les Français ne supportent plus que l’argent public soit dépensé à l’aveugle, pointe-t-il, et que les politiques s’en tiennent à des postures sans regarder concrètement les effets de leurs actions. »

Et à tous ceux qui tentent de le cantonner dans la position du chercheur hors-sol, le député rétorque qu’il avait proposé dès l’été 2020 de déplafonner le « carry back », ce dispositif fiscal qui permet aux entreprises essuyant des pertes de récupérer une partie des impôts qu’elles avaient versés sur leurs bénéfices l’année précédente. « C’est typiquement le genre de mécanisme imaginé par les économistes pour soutenir les entreprises qui étaient en bonne santé avant la crise et pas les entreprises zombies », analyse-t-il. Or, la mesure a finalement été reprise par Bercy dans le projet de loi de finances rectificative présenté le 2 juin.

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Making of

De retour d’un déplacement dans le Vaucluse effectué dans le cadre de sa mission sur la sortie de crise, le député Jean-Noël Barrot nous reçoit le 27 mai au siège du MoDem, dans le VIIe arrondissement de Paris, où les consignes sanitaires sont moins strictes qu’à l’Assemblée nationale..



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