pourquoi la Nouvelle-Aquitaine est surveillée de près par les autorités


DÉCRYPTAGE – La propagation épidémique dans la région inquiète les autorités sanitaires. Un cluster d’une cinquantaine de cas du variant indien a en outre été identifié dans les Landes.

Alors que les températures avoisinent les 27°C, que les rayons de soleil viennent réchauffer les heureux Aquitains attablés en terrasse, le Covid-19 vient rattraper cette région qui, jusqu’alors, n’avait jamais été envisagée comme l’une des plus problématiques au plan sanitaire. «Des signes d’alerte se font jour dans certains territoires, s’est inquiété Gabriel Attal au retour du conseil des ministres, mercredi 2 juin. Cette évolution défavorable est particulièrement marquée dans les Pyrénées-Atlantiques», où le taux d’incidence a progressé de près de 80% en une semaine. Quelques jours plus tard, un cluster issu du variant indien est repéré dans le département voisin des Landes, qui connaît aussi un rebond épidémique.

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«Il se passe quelque chose». Pour Benoît Elleboode, directeur général de l’ARS Nouvelle-Aquitaine, le taux d’incidence au niveau régional «baisse moins que les semaines précédentes». Contre 20-30% à la mi-mai, il diminue seulement de 5,8% cette semaine voire augmente dans le Gers, les Landes et les Pyrénées-Atlantiques. Ces derniers départements sont les plus touchés de la région par la récente reprise épidémique. En une semaine, le nombre de cas a respectivement augmenté de 13%, 19% et 34%. Le taux de positivité suit lui aussi cette même courbe ascendante.

Évolution du taux d’incidence en France sur 7 jours. CovidTracker

«Nous n’accusons pas une hausse affolante, loin de là, il n’y a pas d’impact sur l’hospitalisation, qui baisse encore», poursuit le directeur général de l’ARS Nouvelle-Aquitaine. «Notre incidence régionale (60 nouvelles contaminations pour 100.000 habitants) est toujours en deçà du taux national (84 pour 100.000), mais c’est la dynamique qui nous questionne.»

Une région moins bien immunisée mais vaccinée

Malgré un taux de vaccination important – 43% de la population régionale a reçu une première dose, faisant de la Nouvelle-Aquitaine la deuxième région avec la couverture vaccinale la plus élevée après la Corse – la circulation du virus semble reprendre. Comment l’expliquer ?

Longtemps épargnée, la région serait moins bien immunisée, selon Benoît Elleboode. «Dans le contexte actuel, compte tenu du fait que la région a été épargnée, elle est plus vulnérable aujourd’hui, analyse-t-il. Et avec le déconfinement… […] C’était prévu, on pouvait s’y attendre.» Une fois libérés des mesures de confinement, les jeunes, particulièrement touchés, selon Laurent Filleul, épidémiologiste à Santé publique France, ont repris toutes leurs relations sociales et participent à la circulation du virus. De plus, contrairement à leurs aînés, ils ne sont pas vaccinés et présentent donc moins d’anticorps et sont plus sujets à être infectés.

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Progression du variant indien

L’apparition du variant indien n’arrange rien. En une semaine, une cinquantaine de cas issus ont été détectés dans les Landes. Avérés ou «estimés», ces derniers peuvent être «regroupés au sein d’une quinzaine de foyers de contamination», notamment familiaux, explique l’ARS, «sous réserve des résultats des investigations encore en cours menées pour croiser les données et remonter les chaînes de contamination». Encore peu présente sur le territoire, la mutation Delta, d’après le nouveau nom défini par l’OMS, avait été repérée dans une famille de l’agglomération de Dax sans que celle-ci n’ait été en lien avec l’Inde ou la Grande-Bretagne. Toutefois, contrairement au Royaume-Uni, où la souche indienne est désormais majoritaire, «il n’y a pas d’inquiétude majeure à ce stade», a estimé Olivier Véran.

Nombre de variants détectés dans les nouvelles contaminations dans les Landes. CovidTracker

De plus, depuis quelques jours, les patients hospitalisés dans les hôpitaux de la région sont plus nombreux. Mais il est encore trop tôt pour affirmer que la virulence accrue de l’épidémie est liée à l’apparition du cluster.

Personnes hospitalisées pour Covid-19 dans les Landes. CovidTracker

Si cette apparition inquiète les autorités sanitaires locales, le ministre de la Santé, interrogé sur BFMTV ce dimanche 6 juin, s’est voulu rassurant. «Nous n’enregistrons pas de diffusion communautaire de ce variant, il n’y a pas d’extension de l’épidémie mais il y a des clusters, comme dans les Landes, avec des transmissions intra-familiales». Pour contenir ces réservoirs de nouvelles contaminations, Olivier Véran a mis en valeur «la traque» contre ce dernier, «un vrai travail d’enquête réalisé par les enquêteurs», qui «remontent les chaînes de contaminations», comme cela avait été fait à Bordeaux, après la découverte d’un cluster d’un variant d’un nouveau type dans le quartier du Bacalan. Des opérations de dépistage et de séquençage massives ont donc été organisées dans le département pour évaluer et maîtriser au mieux la situation sanitaire.

Le variant indien ne laisse pas seulement craindre une hausse des contaminations, mais aussi des cas de réinfection après vaccination, comme observé actuellement Outre-Manche. Les résultats d’une étude britannique montrent en effet que l’efficacité des vaccins, particulièrement dans le cas d’AstraZeneca, est légèrement atteinte par cette mutation, 40% plus contagieuse, selon le ministre de la Santé britannique. Une crainte qui pourrait devenir réalité si sa circulation s’intensifie dans le sud-ouest de la France, où 17,9% de la population a été vaccinée avec AstraZeneca. Le reste a été vacciné à 71,6% avec Pfizer-BioNTech et 9,1% avec Moderna.

L’ARS appelle donc les habitants à se montrer particulièrement prudents, à ne pas relâcher les gestes barrière trop tôt, au risque de voir une quatrième vague, nourrie par le variant indien, déferler sur la France à l’automne. D’autres départements, comme les Pyrénées-Orientales, ont vu le nombre des nouvelles contaminations augmenter de 40% en une semaine. La Corse du Sud, qui est pourtant championne de la vaccination en France, a enregistré une hausse du nombre de cas de 50%. Des évolutions épidémiques particulièrement surveillées par les autorités sanitaires.



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