Mexique: des têtes tranchées pour décourager les électeurs



Mexique: des têtes tranchées pour décourager les électeurs

C’est une publicité dont la ville de Tijuana se serait bien passée. Alors que les bureaux de vote étaient ouverts depuis un peu plus d’une heure, hier dimanche, un homme s’est approché et a jeté une tête humaine à l’intérieur. C’est ce que rapporte le bureau du procureur de l’État de Basse-Californie, qui s’est vu contraint d’interrompre momentanément le défilé des électeurs. Quelques heures plus tard, dans un bureau de vote de la même zone, un homme s’est approché et a laissé une autre tête, ainsi que des restes humains démembrés dans une boîte en bois, placée juste à côté de l’urne.

Toujours dans la même circonscription électorale de Tijuana, des sacs contenant des restes humains ont également été découverts, à proximité d’un autre bureau de vote. Il y a quelques années, un corps nu avait été retrouvé pendu à un pont, les doigts et la langue coupés, cousus ensemble et placés autour de son cou.

La veille du scrutin, cinq responsables d’un bureau de vote ont perdu la vie, lorsque des hommes armés ont tendu une embuscade à un groupe de personnes qui transportaient du matériel électoral dans une camionnette, dans une localité de l’État du Chiapas, dans le sud du pays.

Climat très lourd, pour les élections législatives au Mexique

Selon les chiffres officiels, plus de 300.000 personnes ont été tuées au Mexique depuis 2006, année où le gouvernement fédéral a lancé une opération militaire d’envergure contre les cartels de la drogue. Cette violence endémique devait fatalement teinter de rouge la campagne pour le renouvellement de 500 sièges de la Chambre des députés et l’élection de plus de 20.000 responsables locaux. Depuis septembre, pas moins de 91 politiciens ont été tués, dont 36 candidats ou pré-candidats, selon le cabinet de conseil Etellekt.

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Sur ces cinq cents sièges, la formation du président n’en disposera qu’entre 190 et 203, selon les estimations données par l’Institut national électoral (INE). Si cela devait se vérifier, le parti du président perdrait la majorité absolue (la moitié plus un) et la majorité qualifiée (deux tiers des sièges) dont il jouissait avec ses trois partis alliés. Cette majorité qualifiée est nécessaire pour faire passer les réformes constitutionnelles que préconise le président de gauche, Andres Manuel Lopez Obrador.

Par ailleurs, le Parti d’action nationale (PAN), le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) et le Parti de la révolution démocratique, qui se sont présentés en coalition, totaliseront entre 181 et 213 sièges, selon l’INE. Contre 139 députés actuellement.

« Les résultats définitifs émergeront des dépouillements qui débuteront mercredi prochain », a déclaré le président de l’INE, Lorenzo Córdova, lors d’une allocution à la presse.Les élections législatives de dimanche avaient pris la forme d’un test à mi-mandat pour le président mexicain. 

Vingt bureaux de vote n’ont pu ouvrir, sous les menaces

Quelque 95 millions de Mexicains avaient été conviés à ce scrutin aux allures de referendum pour AMLO, l’acronyme du président de gauche élu pour 6 ans en 2018.

Dans ce climat de grande violence, la secrétaire à la sécurité publique, Rosa Icela Rodriguez, a affirmé que des zones de violence avaient été identifiées pendant la journée électorale. À Guerrero (sud), l’un des États les plus violents du pays, des membres de la police civile communautaire ont patrouillé toute la journée.

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« Les membres du crime organisé viennent pour diviser les gens, ils ne les laissent pas voter librement », a averti Isaías Posotema, un des responsables de cette police à Chilapa, une zone gangrénée par les gangs. L’INE a indiqué qu’en raison de troubles de l’ordre public, 20 bureaux de vote sur un total de 162.000 n’ont pu être installés.

« L’enjeu n’est ni plus ni moins que l’avenir du Mexique », estime Pamela Star, professeur à l’Université Southern California en soulignant que « les électeurs vont devoir choisir entre deux visions d’avenir pour le Mexique : celle des réformes d’AMLO ou un retour à une politique plus ancienne ».

La crise sanitaire n’a que peu d’impact sur la popularité du président mexicain

Bien que le Mexique soit l’un des pays les plus durement touchés par le coronavirus, la perspective d’un vote sanction semble s’éloigner avec le recul des indicateurs de la crise sanitaire, selon plusieurs sondages. « Ils n’ont jamais eu de plan, et ils n’en ont toujours pas« , s’indigne Claudia Cervantes, 49 ans, qui travaille dans un hôpital public et vient de voter à Anahuac, un quartier populaire de Mexico.

Jorge Hernandez, un serveur de 52 ans, constate à l’inverse que « les gouvernements précédents n’ont pas été confrontés à une pandémie. Tout le monde voit les mauvaises choses et ignore les bonnes ». De fait, AMLO maintenait jusque là une cote de popularité de plus de 60 % et devrait conserver une majorité confortable.

Le Mexique, pays de 126 millions d’habitants, comptabilise près de 229.000 décès consécutifs au Covid-19. Le taux de mortalité est le quatrième au monde en chiffres absolus et le 19e pour 100.000 habitants.

L’économie mexicaine, la deuxième d’Amérique latine, s’est contractée de 8,5 % en 2020 dans un contexte de contrôle strict des dépenses par le gouvernement, qui, avec la banque centrale autonome, prévoit un rebond de 6 à 7 pc cette année.

(Avec AFP).



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