Roland-Garros: Pourquoi la FFT accumule les galères



Roland-Garros: Pourquoi la FFT accumule les galères

Roland-Garros n’avait pas besoin de ça. Lundi dernier, la numéro deux mondiale Naomi Osaka annonçait qu’elle se retirait du tournoi parisien pour préserver sa “santé mentale”. Dimanche, c’est Roger Federer qui a fait faux bond à Roland-Garros. Suite à un match épuisant de plus de 3 heures remporté la veille, le Suisse de 39 ans a décidé de jeter l’éponge. “L’objectif, c’est la saison sur herbe (c’est-à-dire le tournoi de Wimbledon, NDLR)”, a-t-il dit. Le propos a le mérite de la franchise. Mais en se retirant en plein tournoi alors qu’il ne souffre d’aucune blessure, Federer fait une mauvaise manière aux Internationaux de France. Il montre avec une rare cruauté qu’il y a une hiérarchie dans les compétitions du Grand Chelem et que pour lui Roland-Garros n’est qu’une mise en bouche.

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Le tournoi de la Porte d’Auteuil vit une édition 2021 compliquée. Le tennis français a vécu une véritable hécatombe. Pour la première fois depuis les débuts de l’épreuve il y a près d’un siècle, il n’y a plus de joueurs tricolores dès la première semaine de tournoi. A cela s’ajoutent les affres du Covid que les Internationaux subissent pour la deuxième année consécutive. L’an dernier, la

compétition qui avait été décalée à l’automne, a vu son chiffre d’affaires divisé par deux à 140 millions d’euros. Certains droits télé en Amérique et en Asie ont été revus à la baisse. La billetterie a chuté lourdement. Tout comme les hospitalités (le fameux Village). Peugeot, Engie et d’autres sponsors ont renoncé à inviter des clients.

Dernier avatar, en prenant ses quartiers en mars, la nouvelle équipe de la Fédération française de tennis s’est retrouvée face à une mauvaise surprise: un manque à gagner de 7 millions d’euros suite à un plan de soutien et de relance à destination des clubs mal calibré qui avait été initié par la précédente gouvernance. Résultat de ces galères, malgré une baisse de 20% des dotations attribuées aux champions, la très prospère FFT a enregistré une perte historique de 92 millions. « Cette année, on sera à nouveau déficitaire », indique la nouvelle directrice générale Amélie Oudéa-Castera, AOC pour les intimes.

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400 millions d’investissements

La Fédé devrait cependant limiter la casse. Le recul d’une semaine du début de Roland-Garros a permis à la compétition qui se termine dimanche 13 juin de bénéficier d’une jauge plus importante. Avec 118.000 spectateurs accueillis au cours de la quinzaine, le tournoi fait mieux que les 15.000 de l’édition 2020 mais reste encore très en deçà des 500.000 de 2019. Comme tous les grands événements sportifs, il a bénéficié d’un coup de pouce de l’Etat. « Roland-Garros a reçu une aide de 5 millions d’euros au titre des ‘compensations de perte en billetterie’ l’an dernier et devrait recevoir la même somme cette année », indique une porte-parole du ministère des Sports. Mais pour la FFT c’est un cautère sur une jambe de bois. Ces dernières années, elle a engagé 400 millions d’investissements dans l’agrandissement du stade avec notamment la construction d’un troisième central – le court Simonne-Mathieu- et l’édification de toits rétractables sur le Philippe-Chatrier et le Suzanne-Lenglen (prévu en 2024).

Chercher de nouvelles recettes

Les dirigeants de la FFT espèrent que l’édition 2022 redeviendra “normale”. Et que le tournoi retrouvera la marge de 40% qu’il dégage d’habitude. Mais en attendant les jours meilleurs, il faut trouver de nouvelles recettes. AOC mise sur la construction d’un auditorium dévolu aux séminaires d’entreprises, la création d’un restaurant à l’année et l’accueil d’autres événements sportifs (par exemple la boxe). Agée de 43 ans, la directrice générale veut ouvrir davantage le stade en organisant des visites guidées et des concerts à l’occasion de la Fête de la Musique.

Ancienne championne –elle fut 251e mondiale- Amélie Oudéa-Castera connaît Roland-Garros comme sa poche: elle y a joué ses premiers matches à l’âge de 13 ans. Gauchère au revers à une main comme son idole Martina Navratilova, elle est aussi une tête bien faite. Science Po, Essec, ENA, dans la même promo qu’un certain Emmanuel Macron, elle occupa des fonctions importantes dans le digital chez Axa et Carrefour. Pour remettre la FFT sur une trajectoire vertueuse, elle a décidé de geler les recrutements, d’arrêter le live fft.fr (suivi en direct des points) dont l’audience était trop faible, de reporter les dépenses jugées non indispensables comme la réfection du restaurant des joueurs et de davantage internaliser, notamment les prestations de marketing qui étaient trop souvent confiées à des agences extérieures. Issue du monde du CAC 40, AOC veux insuffler à la Fédé et ses 390 permanents une culture de l’efficacité. « Certains projets sont menés sur une durée trop longue avec une attention insuffisante portée au rapport qualité-prix, déplore-t-elle. Il faut travailler différemment en faisant mieux avec moins. » Une véritable révolution culturelle pour la FFT.

 



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