« La baisse de la mobilisation et la hausse de la demande des hôpitaux nous amènent à un seuil inquiétant »


Un donneur de sang à la Maison du don, gérée par l’Etablissement français du sang, à Paris, le 6 juillet 2012.

Comme l’an dernier au mois de juin, l’Etablissement français du sang (EFS) lance un appel à la mobilisation : les réserves de sang atteignent un « seuil inquiétant ». L’établissement public chargé de collecter et distribuer les produits sanguins labiles (sang, plasma, plaquettes) en France en vue de leur transfusion, constate une chute de la fréquentation de ses collectes.

Avec moins de 85 000 poches de globules rouges, les réserves de sang sont désormais trop basses et la situation est fragile, en particulier sur les groupes sanguins O et B, alerte l’EFS.

A l’occasion de la Journée mondiale des donneurs de sang, qui a lieu lundi 14 juin, François Toujas, président de l’EFS depuis 2012, explique au Monde en quoi « le renouvellement des donneurs est essentiel pour la continuité de la transfusion en France ».

Ces dernières années, qu’est-ce qui fait que vous êtes souvent à la limite de la rupture de stock au début du mois de juin ? Pourquoi atteignez-vous à nouveau ce seuil d’alerte aujourd’hui ?

François Toujas : Nous sommes en permanence conduits à renouveler les stocks afin de pouvoir disposer de produits sanguins convenables car ils ont une durée de vie limitée. Concernant le concentré de globules rouges (qui peut être conservé jusqu’à quarante-deux jours) et le plasma thérapeutique (qui peut être congelé jusqu’à un an), le temps est déjà compté. Mais les plaquettes sanguines ne se gardent que sept jours, il n’y a donc pas de notion de stock, c’est du flux tendu.

Chaque année, il y a moins de mobilisation pendant le mois de mai, à cause des jours fériés et des ponts, et les grandes vacances sont des périodes généralement moins favorables pour le don. Il faut ajouter à cela l’ensemble des conséquences liées à l’épidémie de Covid-19 et aux confinements. Avec les fermetures des entreprises, des universités, des écoles, et l’émergence du télétravail pendant les confinements, l’offre de dons n’a pas pu se faire pendant plusieurs mois dans ces lieux. Cette « offre mobile » représente 25 à 30 % de l’offre de collecte globale au printemps. C’est dire son importance pour nous lorsqu’elle est perturbée.

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La consommation de produits sanguins par les hôpitaux a aussi très fortement augmenté ces dernières semaines. Il y a un phénomène de rattrapage lié à des opérations qui n’ont pas pu avoir lieu l’an dernier, qui avaient été reportées à cause de l’épidémie et qui peuvent enfin se tenir aujourd’hui. Mais cela a des conséquences : la première semaine de juin, on a consommé environ 48 000 produits sanguins, alors qu’en temps normal, on en consomme 42 000. Cela fait donc une augmentation de près de 10 %.

L’« effet ciseau » dû à une moindre mobilisation et une hausse de la demande des hôpitaux nous amènent à un seuil inquiétant, car nous sommes en dessous de 85 000 produits sanguins en stock alors que l’on vise 100 000, voire 120 000 début juillet, pour aborder tranquillement les grandes vacances.

Tout le monde peut-il donner son sang ? Doit-on être vacciné ? Où doit-on se rendre ?

On peut donner son sang de 18 à 70 ans. Il faut être en bonne santé, peser plus de 50 kg, et espacer chaque don d’au moins huit semaines.

Beaucoup de fausses nouvelles circulent à propos du Covid. Il n’y a eu aucun cas de transmission par transfusion sanguine. Vous pouvez aussi donner votre sang après avoir eu le Covid (il faut simplement attendre au moins quatorze jours après les symptômes) et juste après avoir été vacciné (que ce soit la première ou la deuxième dose).

Les conditions pour faire un don du sang sont simples

Les conditions pour faire un don du sang sont simples même s’il y a des restrictions pour la sécurité des donneurs, comme des bénéficiaires. Pendant les quatre derniers mois, il ne faut pas avoir changé de partenaire sexuel, avoir voyagé dans des pays dans lesquels sévit le paludisme, s’être fait un tatouage ou un piercing. Si vous avez eu une petite intervention chez le dentiste, cela vous empêche de donner pendant sept jours.

Mais donner est très facile. Il suffit de prendre rendez-vous sur notre site Internet ou sur notre application – cela permet de limiter l’attente. Nous avons réorganisé 6 000 points de collecte en France et il y aura des collectes estivales en bord de mer, pour que les Français qui partent en vacances dans l’Hexagone puissent donner eux aussi.

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A quoi servent les dons, et qui en bénéficie ?

On imagine souvent que le don de sang permet de prendre en charge les accidents et les attentats, c’est vrai, mais il faut rappeler que 60 % des transfusions de sang sont programmées à l’hôpital. Elles sont destinées aux personnes atteintes de cancers, de maladies du sang (drépanocytose, leucopénie), durant les opérations de greffes d’organes ; ou des hémorragies de la délivrance. Ces produits sanguins sont non substituables à 99 %, c’est dire s’ils sont essentiels.

Ce don anonyme, gratuit, et volontaire, est un produit extrêmement précieux, nous en sommes conscients. D’ailleurs, notre objectif est qu’il n’y ait pas de don gâché. Le taux de péremption est seulement de 0,05 %, c’est l’une des démonstrations de l’efficacité du système.

Nous recherchons l’autosuffisance quantitative, mais également qualitative, car il faut administrer le produit le plus adapté aux patients. Le don du sang doit refléter la diversité de notre pays. Il y a des sous-groupes sanguins qui sont plus rares, à l’image du R0r, qui est très présent chez les Français des Antilles ou d’Afrique subsaharienne, une population qui est davantage touchée par la drépanocytose. On peut transfuser une fois avec un O négatif, mais pour des personnes qui ont des besoins réguliers, il faut trouver le groupe sanguin absolument identique, sans quoi on risque de se trouver dans une impasse transfusionnelle.

Est-ce qu’il y a un renouvellement de vos donneurs ?

Le renouvellement des donneurs est essentiel pour la continuité de la transfusion en France. Nous avons 1,7 million de donneurs actifs par an mais, parmi eux, 170 000 sortent de nos fichiers chaque année faute de conditions d’éligibilité. Il faut donc renouveler chaque année 10 % des donneurs !

Les moins de 30 ans représentent 30 % des donneurs, ils sont essentiels et nous devons les fidéliser. C’est d’ailleurs pour ça que nous nous adressons à eux à travers des campagnes de communication qui se déploient sur les réseaux sociaux.

A chaque fois qu’il y a un événement grave, on constate une énorme mobilisation citoyenne en faveur du don de sang ; on l’avait vu au moment des attentats, ou pendant l’épidémie de Covid-19. Mais on ne peut pas compter que sur le don du sang « par émotion », il faut l’ancrer dans une vie citoyenne, ce qui fait que l’on prend l’habitude de donner régulièrement pour être solidaires.





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