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La révolution post-Covid des immeubles de bureaux


Il est 7h00 au Plaza Washington, au 42, rue Washington dans le 8ème arrondissement de Paris. Le grand immeuble, un des plus grands ensembles de bureaux d’un seul bloc du centre de la capitale avec ses 43.000 m², est la propriété de SFL, une foncière spécialisée dans le bureau haut-de-gamme. Construit à l’origine (dans les années 1920) pour la compagnie pétrolière Shell, inspiré des buildings de Manhattan et Chicago, c’est aujourd’hui le siège de Candriam, la filiale de gestion du Crédit agricole, de la fintech Finastra, de la medtech Mylan Medical, du moteur de recherche d’emploi Indeed, de la plateforme de vins Lavinia et de beaucoup d’autres (Liberty, Infravia, Mizuho, Capital Guidance, 3i Europe, Canaccord, Louis Capital Markets, Aberdeen, MSCI, ENR CERT, Harmonie technologie, Constellium, VTG, Akamai et SFL).

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En ce matin nuageux, le bâtiment s’éveille tout doucement. Deux femmes de ménages s’affairent au rez-de-chaussée, des ouvriers passent avec une échelle, des livreurs arrivent avec des cartons, les premiers employés commencent à passer les portes. Il y a 1.800 à 2.000 postes de travail sur place. Mais depuis le début de la pandémie, l’immeuble n’a jamais fait le plein. « Il y a toujours eu du monde, nous

n’avons jamais totalement fermé. On a toujours eu au moins 10% de présents, et pour eux nous avons continué d’assurer le ménage et plusieurs services de base, dont une restauration, même si elle était forcément plus limitée », explique Aude Grant. Mais la montée du télétravail, et les derniers sondages sur les sentiments des salariés par rapport à leur bureau ont poussé le foncière à entamer une réflexion de fond sur les usages de ses immeubles.

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Le dernier baromètre Paris Workplace, publié en décembre, montre deux choses: la première, c’est que la localisation des bureaux est un facteur essentiel dans le choix de rejoindre une entreprise (c’est essentiel pour la moitié des moins de 35 ans. La majorité accepteraient même une baisse de salaire de 5% pour pouvoir travailler à moins de 20 minutes de chez eux). Le deuxième constat, c’est que plus de 50% des salariés, surtout les jeunes, attendent davantage de leur séjour au bureau. Ils veulent des services sur place ou à proximité, pouvoir recevoir un colis, faire du sport…

La révolution post-Covid des immeubles de bureaux

Le Washington 42, le café créé dans l’immeuble ©SFL

Comment adapter l’immeuble à ces nouveaux besoins? Une réflexion a été menée pendant toute l’année dernière, pour essayer d’adapter l’offre aux nouveaux besoins des utilisateurs. Le Washington Plaza n’a pas peur des travaux: il est né d’une restructuration, entre 2012 et 2014 de cinq gros immeubles, reliés par une voie privée qui a été recouverte et complétée d’une galerie marchande. La rénovation a aussi été l’occasion d’améliorer encore l’impact environnemental de l’immeuble: ajout de bornes de recharge électriques mutualisées pour véhicules, gestion exemplaire des déchets, récupération des eaux pluviales…

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Suivre les besoins des salariés

« Notre premier problème a été de trouver de la place pour de nouvelles activités. On en a finalement trouvé et créé un centre de fitness, puis un parking à vélo. A terme, il fera 400 places », explique Aude Grant, directrice générale adjointe de SFL. Le projet doit être livré dans quelques mois. Il a pris la place d’emplacement de voitures mais aussi d’archives et il comprendra une station de gonflage et des douches. Par ailleurs, pendant la crise, une grande partie des espaces a été adaptée aux nouveaux modes de travail et aux mutations des cultures d’entreprises, avec l’aide de l’architecte d’intérieure Ana Moussinet. Le propriétaire a ainsi mis en service un auditorium de 100 places qui vient d’ouvrir, des salles de réunions modulables et mutualisées, une conciergerie haut de gamme et un community manager qui anime la vie de l’immeuble. Tous ces services sont désormais accessibles à travers une appli qui permettra de les réserver en direct. « Contrairement à ce qu’on pourrait penser, ces services sont complexes à mettre en place et découragent souvent les propriétaires d’immeubles. Pas nous », explique Alexia Abtan directrice adjointe asset management et gestion clients de SFL.

La révolution post-Covid des immeubles de bureaux

Fruit de l’évolution de la demande des salariés, un parking à vélos de 400 places a été créé, avec douches et station de gonflage ©SFL

Concurrencer Deliveroo et Uber Eats…

Mais le morceau de choix est le restaurant. L’immeuble était en effet équipé d’un énorme restaurant interentreprises, un RIE, de 1.200 places. Avec les nouvelles règles sanitaires, et aussi les demandes des salariés soucieux d’éviter les risques, il a fallu tout repenser. Le prestataire, Arpège, s’est en effet trouvé en concurrence directe avec les entreprises de livraison de repas, qui étaient beaucoup moins présentes jusqu’ici, mais qui offrent l’avantage de proposer un repas individuel. « Nous avons travaillé avec Arpège sur le sourcing alimentaire pour proposer une nourriture plus raisonnée, mieux sourcée, car il faut à la fois rassurer et faire envie. Et le prestataire a mis en place un click & collect pour les repas. Sur ce point, on a gagné, grâce à cette crise, entre 2 et 4 ans… », explique Aude Grant.

Les entreprises locataires, elles aussi, ont dû faire des efforts. La fin du fléchage au sol et des sens de circulation a satisfait tout le monde. Mais les préoccupations liées à la santé sont nettement montées d’un cran. Un salarié témoigne: « nous avons aussi été très attentifs à la qualité de l’air, c’est une question qui a été abordée par notre CSE. » Enfin, ces dernières semaines, au Washington Plaza, des dizaines d’ouvriers sont venus installer des cloisons, fermer les bureaux et reconstituer des unités de 6 à 8 personnes au maximum. Ici comme dans beaucoup de grande immeubles de bureaux parisiens, l’open space n’aura pas survécu à la crise sanitaire!



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