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Vaccins chinois: comment Pékin cible les pays émergents



Vaccins chinois: comment Pékin cible les pays émergents

C’est un énorme pavé dans la mare de la diplomatie chinoise qu’a jeté Gao Fu ce 10 avril 2021. En affirmant que les vaccins anti-Covid made in China « n’ont pas un taux de protection élevé », le directeur du puissant Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies a mis en porte-à-faux Pékin, qui a fait du vaccin un vecteur d’influence depuis le début de la pandémie. La polémique a pris une telle ampleur que cet éminent virologue a été contraint, vingt-quatre heures plus tard, de se rétracter dans les colonnes du quotidien nationaliste Global Times. « Ces propos s’éloignaient trop du récit de l’Etat sur l’efficacité des vaccins chinois face à ceux des Occidentaux », observe Huang Yan-zhong, responsable des questions de santé internationales au Council on Foreign Relations (CFR).

Forte de ses deux conglomérats publics, Sinopharm et Sinovac, la Chine fournit ses sérums contre le Covid-19 à environ 70 pays – Sino-pharm est même le quatrième exportateur mondial derrière Astra Zeneca, Pfizer et Moderna. Bénéficiant de lignes de production colossales, les deux mastodontes souffrent toutefois d’un déficit technologique par rapport aux Big Pharma et biotechs occidentales. « Au vu des données dont nous disposons, ces vaccins inactivés (ils utilisent une technique qui consiste à tuer des particules virales

du virus) sont corrects, mais moins sophistiqués que ceux à ARN messager de Pfizer ou de Moderna, dont l’efficacité dépasse les 90 % », juge l’épidémiologiste française Catherine Hill.

Résultats encourageants

Selon différentes études, celle-ci serait au maximum de 79 %. Mais cela pourrait aussi être nettement moins. Le taux d’efficacité du CoronaVac de Sinovac a été évalué au Brésil à 50,04 %, soit juste au-dessus du seuil acceptable pour commercialiser un vaccin. Pire, au Chili, alors que 36 % de la population avait reçu au moins une dose du même CoronaVac, le pays a été submergé en avril par une vague épidémique qui a fait naître des doutes sur son efficacité. Dans la même veine, aux Emirats arabes unis, les autorités ont laissé entendre que le sérum de Sinopharm nécessitait l’administration d’une troisième dose pour être réellement efficace.

Sous pression, Pékin a lâché du lest ces dernières semaines en publiant des résultats encourageants. Cela a conduit l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à homologuer le 7 mai le vaccin de Sinopharm et le 1er juin celui de Sinovac. De son côté, l’Agence européenne du médicament examine actuellement les deux antidotes, même si, comme l’a souligné le commissaire européen au Marché intérieur, Thierry Breton, l’UE n’achètera a priori pas de vaccins chinois pour des raisons aussi scientifiques que géopolitiques.

Communication musclée

« L’objectif principal de la Chine n’est pas forcément de concurrencer les Big Pharma et de cibler l’Europe, analyse Antoine Bondaz, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique. Sa priorité est de s’implanter durablement dans les pays en développement ou émergents, qui représentent des marchés en devenir et de potentiels alliés diplomatiques. La Chine veut aussi apparaître comme le sauveur des laissés-pour-compte. »

Cette guerre de l’image est savamment mise en scène par les « loups combattants » nom des nouveaux diplomates chinois qui n’hésitent pas à défendre l’idée que les vaccins locaux sont pour le monde quand ceux de Pfizer ou Moderna ne profiteraient qu’aux riches. A l’appui de cette communication musclée, Pékin a décidé à l’automne de participer au dispositif de l’OMS, Covax, qui vise à garantir un accès aux vaccins aux pays pauvres.

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