Le cafetier breton qui ne voulait pas contrôler le « pass sanitaire »



Le cafetier breton qui ne voulait pas contrôler le "pass sanitaire"

par Elizabeth Pineau

TRÉDREZ-LOCQUÉMEAU, Côtes-d’Armor (Reuters) – Dans son café champêtre niché au coeur de la Bretagne, Denis Coursol accueille tout le monde depuis toujours, y compris depuis l’entrée en vigueur du « pass sanitaire » qu’il refuse de vérifier, estimant que cette surveillance n’est pas de son ressort.

Gaillard moustachu de 62 ans aux mèches grises et bretelles écarlates, il est depuis 14 ans à la tête du café Théodore – ainsi baptisé en hommage à l’explorateur Théodore Monod -, ancienne ferme où l’on peut aussi bien boire une bolée de cidre local que jouer aux cartes, écouter un concert et même regarder un film dans la salle de cinéma d’une vingtaine de places.

Des habitués parlent breton autour d’un petit noir le matin, les vacanciers passent en soirée après une journée à la plage, à un kilomètre à vol de mouette.   

    Ici comme partout, l’épidémie de COVID-19 a changé les habitudes, comme en témoignent le gel hydroalcoolique proposé à l’entrée et les masques portés par serveurs et clients. Depuis le 9 août, les responsables de bars et restaurants sont tenus de demander aux chalands le « pass sanitaire » justifiant qu’ils sont vaccinés ou détenteurs d’un test récent.

Une obligation légale – sous peine de fermeture temporaire, voire d’amende et de prison en cas de récidive – à laquelle Denis Coursol refuse de se soumettre.

« Beaucoup nous appellent pour vérifier si on contrôle ou pas. Je réponds ce que dit la loi : le ‘pass sanitaire’ est obligatoire. Par contre je précise que je ne contrôle pas les entrées », explique-t-il. « Ce n’est pas notre travail, ce n’est pas notre éthique. »

    Avec une quarantaine de cafetiers, Denis Coursol a signé début août une pétition contre une opération qui menace selon eux « l’âme des cafés », lieux d’accueil par excellence.

    « Nous ne sommes pas des agents d’une police sanitaire », dit-il. « Je n’ai jamais vérifié qui que ce soit dans le café et ce n’est pas maintenant qu’on va le faire ».

    Denis Coursol, qui ne cache pas sa position, inscrite sur le site internet du café, a échappé aux contrôles des autorités. Pour l’instant.      

« JE PRENDS LE RISQUE »  

    « Je prends le risque d’une fermeture administrative », reconnaît-il. « Si jamais la police vient nous demander d’appliquer ce règlement, nous fermerons notre établissement ».

    Un choix également assumé par le président de l’association Tohu Bohu responsable de la programmation culturelle, Yann Levrel. « On pense que les gens sont responsables et prennent leurs responsabilités quand ils viennent nous voir », dit-il.

En visite jeudi dans le Pays basque, le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire a prévenu tous les récalcitrants : « Ceux qui ne veulent pas jouer le jeu du ‘pass sanitaire’ dans les restaurants n’auront accès à aucune aide de l’Etat. »

Du côté des clients du café Théodore, installés dans le jardin arboré où gambadent les chiens et les enfants dans la fraîcheur bretonne, le choix du propriétaire, connu par la plupart, est apprécié.

    Fernando Martinez, Espagnol qui vit en Bretagne depuis un an et demi, avoue ne pas être vacciné, ce qui devrait théoriquement l’empêcher de venir au café.

    « Pour moi c’est un geste démocratique d’accepter les personnes sans discriminer, qu’elles soient vaccinées ou non », dit-il. 

    Julie Salou, en vacances en famille, juge la démarche du bistrotier plutôt courageuse.

    « Lui, au moins, affiche la couleur. Il y a sûrement plein d’établissements qui ne vérifient pas le pass sans le dire. Pendant nos vacances en Bretagne, on ne nous l’a demandé que dans les musées », témoigne-t-elle.    

    A la table voisine, Magalie Renon est venue en connaissance de cause : bien que vaccinée une première fois, elle reste opposée au « pass sanitaire », à l’image des centaines de milliers de personnes qui manifestent chaque semaine en France depuis un mois et demi.

    « Vivre ensemble, pour moi, c’est quelque chose d’important », dit-elle.

    Un verre de vin blanc à la main, Louna Clozel, 20 ans, savoure ce moment de liberté après deux années plombées par les restrictions liées à la crise du COVID-19.  

    « C’est comme une petit oasis, c’est agréable de ne pas avoir son pass à montrer, (…) de faire quelque chose de spontané, comme avant, ça fait du bien. »  

(Reportage Elizabeth Pineau, avec la contribution de Noémie Olive, Leigh Thomas et Caroline Pailliez, édité par Blandine Hénault)



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