en Martinique, les autorités face à l’épidémie de fausses nouvelles


FOCUS – La préfecture a créé un comité citoyen de transparence pour essayer de rétablir la confiance des Martiniquais envers les autorités.

Des stocks d’ivermectine confisqués par l’ARS ? En Martinique, la nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre : pour empêcher les médecins de prescrire, les autorités sanitaires auraient réquisitionné tous les stocks de cet antiparasitaire controversé, considéré par certains comme un remède miracle contre le Covid-19. Vite démentie par l’AES et la préfecture, la fausse nouvelle continue de circuler sur les groupes What’s App et les réseaux sociaux.

Pendant que la situation sanitaire en Martinique se dégrade, conduisant les autorités à prolonger de trois semaines le confinement, le virus de la défiance se répand à toute vitesse, partagé en masse sur les réseaux sociaux et les chaînes WhatsApp. Tentant tant bien que mal de renouer le contact avec la population et d’endiguer la propagation des fausses nouvelles, la préfecture a créé un Comité Citoyen de Transparence. Sept citoyens issus de la société civile chargés de faire remonter les questions de la population martiniquaise. «On entend que le virus n’est pas si dangereux et qu’on nous ment sur les chiffres de la mortalité. Il y a aussi beaucoup de rumeurs sur des soignants venus en renfort de la métropole, qui, non-vaccinés, auraient contaminé des patients à l’hôpital», énumère l’avocate Danielle Marceline, originaire de Fort-de-France et membre du comité citoyen sur la transparence. Sans parler du vaccin qui aurait été créé avec une souche du sida pour empoisonner les malades, et la rumeur concernant les évacuations en métropole qui ne seraient pas remboursées par la sécurité sociale. «Pour comprendre la place des fake news en Martinique, il faut comprendre la place des réseaux sociaux et des groupes locaux, qui sont la principale source d’information sur ce qui se passe sur l’île», poursuit-elle.

Rumeurs et fausses nouvelles

Même constat à l’hôpital : «Je suis frappé par la persistance des fausses nouvelles dans un contexte de drame sanitaire. C’est un lavage de cerveau», soupire André Cabié, chef du service des maladies infectieuses au CHU de Fort-de-France. «Même les personnes hospitalisées continuent à nous montrer les informations qu’ils ont reçues sur leur portable. Les familles endeuillées refusent toujours de se faire vacciner», poursuit-il. Résultat, à peine 20% de la population est vaccinée en Martinique, contre plus de 60% à l’échelle nationale, et la gravité de la situation sanitaire est largement sous-estimée.

D’où vient une telle défiance ? «La Martinique n’a pas l’exclusivité des fausses nouvelles, mais il y a une vraie rupture vis-à-vis des autorités sanitaires», nuance le sociologue André Lucrèce, qui fait partie du comité de transparence. «Cette défiance a des racines politiques : il y a un refus d’obéir aux règles de la métropole, alimenté par une méfiance de longue date envers l’État et des revendications identitaires», poursuit-il. Le scandale de la chlordécone, ce pesticide nocif qui a contaminé les sols et les eaux de l’île dans les années 1990, nourrit également le ressentiment envers les autorités sanitaires. «Chlordécone, vaccin : même combat !», twitte une internaute. Sur l’île, le recours à la médecine traditionnelle, comme l’herbe à pic, est souvent privilégié comme remède au Covid-19, au détriment de la vaccination.

Répondre aux questions

Face au doute, le comité citoyen de transparence doit apporter des réponses en travaillant «en toute indépendance». Le 9 août, ils ont visité les services de réanimation du CHU Fort-de-France et rencontré les principaux chefs de service. «Nous avons également une rencontre avec Santé Publique France pour communiquer les questions qui remontent et les réponses reçues. Nous allons leur demander comment est calculée la couverture vaccinale, si l’approvisionnement en oxygène est suffisant, si les renforts qui arrivent dans nos hôpitaux sont bel et bien vaccinés», poursuit Danielle Marcella.



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