La Bulgarie, laminée par le Covid-19, vote pour la troisième fois


Les Bulgares votent dimanche pour les troisièmes législatives de l’année, partagés entre lassitude et mince espérance d’un avenir meilleur. Les élections se déroulent en pleine quatrième vague de Covid-19, dans le pays le moins vacciné de l’UE. «J’espère que nous aurons enfin un nouveau gouvernement pour une meilleure vie», confie Stanka Lenkova, une retraitée de 73 ans, dans un bureau de la banlieue de Sofia. Mais d’autres, avant de glisser leur bulletin dans l’urne, craignaient «que ce soit en vain».

De nombreux Bulgares ne se sont même pas déplacés: le taux de participation était de moins de 26% à 16h (15h en France) selon la Commission électorale, le plus faible des élections de cette année.

Après l’échec des deux précédents scrutins, en avril puis juillet 2021, faute d’accord de coalition entre les partis, cette fois sera-t-elle la bonne ? À l’unisson, les différents responsables politiques ont dit leur détermination à sortir de l’impasse, inédite depuis la fin du régime communiste. «La Bulgarie a besoin d’un gouvernement qui fonctionne normalement», a plaidé Kiril Petkov, l’une des stars du scrutin, après avoir voté dans la capitale, entouré d’une nuée de photographes et caméras.

«Sentiment de chaos»

Parmi les sujets urgents à traiter, la gestion de la crise sanitaire. Car le cabinet intérimaire apparaît impuissant face à la dégradation de la situation. Les hôpitaux sont débordés par les cas de coronavirus et près de 200 personnes succombent chaque jour, dans ce pays des Balkans où moins d’un quart des 6,9 millions d’habitants est complètement vacciné.

Le taux de mortalité y est un des plus élevés au monde, sur fond de vétusté du système de santé. Trois patients sont décédés ce week-end dans l’incendie d’un établissement hospitalier. «Dans la société, il y a le sentiment d’une situation chaotique», souligne Antony Todorov, professeur à la Nouvelle Université bulgare.

Le parti conservateur Gerb de Boïko Borissov «en joue d’ailleurs très bien», placardant dans la ville des affiches électorales «Contre le désordre». Crédité de la première place dans les sondages, l’ex-Premier ministre, accusé de corruption par ses détracteurs, est désormais jugé «infréquentable». Et de l’avis du politologue, il est peu probable que sa formation parvienne à revenir au pouvoir.

Soif de changement

Il y a une soif «d’alternance», assure Boriana Dimitrova, directrice de l’institut de sondages Alpha Research. Au sein d’un Parlement qui s’annonce de nouveau «fragmenté», alors que pas moins de 27 partis se présentent, les enquêtes d’opinion placent en bonne position deux «nouveaux visages».

Kiril Petkov et son acolyte Assen Vassilev, rencontré sur les bancs d’Harvard, détonnent dans le paysage politique bulgare. Ces entrepreneurs quadragénaires, ex-ministres du cabinet intérimaire, ont bousculé la course en lançant en septembre un mouvement centriste, «Continuons le changement». Leur objectif : «éradiquer la corruption», dans ce pays dernier du classement au sein de l’UE. Les deux hommes se sont dits prêts au «compromis» pour mettre sur pied une coalition.

«Ils sont très enthousiastes» mais ont peu d’expérience, prévient Mme Dimitrova, qui pronostique une coalition «instable» du fait des divergences d’idées. «Gauche, centre ou droite, peu importe», rétorque Kiril Petkov. «Si nous pouvons stopper» la corruption «et redistribuer l’argent pour le bien-être des contribuables, alors nous devrions pouvoir nous entendre avec de nombreux partis». Parallèlement aux législatives, les Bulgares élisent aussi dimanche leur président.

Roumen Radev, candidat à sa succession, fait figure de favori parmi les 23 candidats même s’il lui faudra sans doute attendre le second tour prévu le 21 novembre pour s’imposer face au recteur de l’université de Sofia Anastas Gerdjikov, appuyé par Gerb. Roumen Radev, ancien pilote de chasse et chef des forces armées, a rappelé «l’énorme enjeu» de ces élections pour «poursuivre l’assainissement» du pays, entamé depuis la chute en avril de Boïko Borissov, son ennemi juré. Les bureaux ferment à 20h (19h en France), quand des estimations de sortie des urnes seront dévoilées.



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