Missègle, ses pulls « intemporels » et ses « chaussettes solides », profite de l’intérêt pour le « Made in France »


A l’entreprise Atelier Joly - Missegle de Burlats, dans le Tarn, une seule salariée travaille encore à la production de chaussettes, le 4 mai 2020.

Carine Mourante a expédié « 500 colis, hier ». Bientôt ce sera « 1 000 par jour ». Cette ancienne guichetière au bureau de poste de Castres est chargée de l’envoi des commandes de Missègle. Depuis l’entrepôt attenant à l’atelier de cette PME du Tarn, le rythme s’accélère ce 4 novembre, avant le pic attendu des ventes de Noël. Il promet d’être fort.

Car Missègle, marque de pulls, chaussettes et couvertures fabriqués à Burlats (Tarn) depuis sa création en 1994, fait partie des fabricants français dont les ventes ont le vent en poupe. A tel point que, cette année, après huit ans d’absence, la PME a fait son retour au MIF Expo, foire parisienne du « Made in France », qui se tenait jusqu’au 14 novembre, où les producteurs de shampooings et de bottes en caoutchouc côtoient les chocolatiers. La manifestation, annulée en 2020 à cause du Covid, a battu des records de fréquentation : 100 000 visiteurs en quatre jours. La mode « Made in France » fait vendre. De nouveau. « Et ça va durer. C’est le sens de l’histoire », veut croire Myriam Joly, qui a fondé cette marque.

Lire l’enquête : Article réservé à nos abonnés Vendre avant de fabriquer : quand la précommande bouscule la mode

« J’ai ramé pendant vingt-cinq ans, jusqu’en 2008 », se rappelle-t-elle. Depuis, les ventes progressent de 10 % par an. Et, en 2020, à la faveur de l’envolée des ventes en ligne et du regain d’intérêt des consommateurs pour les vêtements fabriqués en France, le chiffre d’affaires a atteint 8,5 millions d’euros. Quant à sa marge nette, elle a flirté avec les 15 %. Du jamais-vu.

Ingéniosité « paysanne »

La marque vient de signer une extension, la dixième depuis son installation dans un ancien atelier de granit. Mme Joly a confié à la designeuse Matali Crasset le soin de concevoir ce bâtiment de bois. Ses 900 mètres carrés au sol dominent un vallon et la ferme de Missègle, où, pendant dix ans, jusqu’en 1994, Mme Joly a élevé des chèvres angoras pour leur laine de mohair.

Le résultat reflète l’ingéniosité « paysanne » et les convictions de l’entrepreneuse : le bois est du pin Douglas issu de scieries du Tarn, le granit du revêtement de sol extérieur provient du plateau du Sidobre, montagne locale, des panneaux photovoltaïques sur la toiture couvrent 60 % des besoins en électricité de l’atelier et une salle de sport a été aménagée pour les 60 salariés de l’entreprise. L’ensemble − l’investissement atteint 1 million d’euros − a été inauguré en octobre.

Sous des références dépourvues de toute fantaisie, l’entreprise vend des pulls chauds « intemporels » et des « chaussettes solides »

D’autres améliorations sont en cours. Avec deux de ses trois fils, Gaëtan et Olivier Billant, codirigeants de Missègle depuis une dizaine d’années, l’entrepreneuse de 63 ans a décidé d’étendre son parc de machines. Depuis peu, les chaussettes sont formées à la vapeur sur un automate, sans recours au lavage qui consomme de l’eau. Une autre enveloppe de 1 million d’euros, avec l’aide de la région Occitanie, est consacrée à l’installation de métiers à tricoter automatiques, linéaires et tubulaires, pour respectivement fabriquer pulls et chaussettes, en réduisant la main-d’œuvre aux seules opérations de remaillage et de coupes de fils. Les fibres sont naturelles : laine mohair, duvet de chameau, mérinos d’Australie ou laine de yacks mongols. Rares sont les fournisseurs de laine à être français. « Faute de volumes et de qualité suffisants », précise M. Billant, l’entreprise achète ses fils de laine principalement en Italie.

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