Pourquoi l’Europe fait face à un regain de l’épidémie


Couverture vaccinale, mesures sanitaires et météo expliquent en partie les différences observées entre pays.

Est-ce un signe d’alerte? Si l’Europe méditerranéenne semble encore échapper à cette nouvelle vague hivernale, l’épidémie de coronavirus a repris avec force en Europe centrale, de l’Est et du Nord. Une situation épidémiologique «inquiétante» ou «très inquiétante», «caractérisée par une hausse rapide et importante des cas», est maintenant observée dans la plupart des pays de l’Union, par le Centre européen de contrôle des maladies (ECDC), dans sa dernière évaluation des risques datant du 12 novembre.

La circulation du coronavirus est particulièrement active en Slovénie, en Croatie, en Autriche, en Slovaquie et en République tchèque, qui enregistrent entre 1000 et 1500 contaminations par millions d’habitants et par jour (sur une semaine glissante). Les hospitalisations en soins intensifs et la mortalité augmentent aussi de façon alarmante. La Bulgarie, dont seulement 20% des habitants ont reçu deux injections de vaccin, déclare un record de 24 morts par million d’habitants par jour, tandis que la Roumanie (30% de vaccinés) en déplore 17 par million chaque jour. «Le pic des contaminations semble atteint en Bulgarie et en Roumanie, ce qui pourrait bientôt amener une éclaircie dans le tableau», nuance le professeur de santé publique à Genève, Antoine Flahault.

Cette nouvelle vague atteint désormais les pays du Nord. Tout en restant à des niveaux moins élevés qu’à l’Est, le nombre de cas par million d’habitants monte ainsi en flèche au Danemark (500 par jour), en Belgique (860), aux Pays-Bas (785), en Irlande (830) et en Allemagne (450). Plus au sud, l’Italie, l’Espagne et la France voient l’épidémie repartir bien plus doucement. Dans le Bassin méditerranéen, seule la Grèce se distingue avec 650 cas par million d’habitants et par jour et une forte mortalité. Le Royaume-Uni est toujours dans une situation singulière, avec un niveau de circulation de virus stable, mais très haut, depuis deux mois.

Ces différences d’intensité et de gravité de l’épidémie entre les pays sont au moins en partie liées à de grands écarts dans la couverture vaccinale. «Les pays du Sud et d’Europe occidentale comme le Portugal, l’Espagne, l’Italie, la France et le Royaume-Uni ont une couverture vaccinale parmi les meilleures. Les pays de l’Est ont parfois dix points d’écart de vaccination», fait remarquer Pierre Parneix, médecin hygiéniste et de santé publique au CHU de Bordeaux, et membre de la mission d’évaluation de la gestion de la crise du Covid. Il existe une disparité similaire entre l’ouest et l’est de l’Allemagne qui se traduit par des niveaux de gravité différents entre les deux moitiés du pays.

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La météo un facteur aggravant

Mais d’autres paramètres entrent manifestement en jeu. En Belgique et aux Pays-Bas, dont les populations sont pourtant largement immunisées, l’épidémie connaît ainsi une évolution jugée «très inquiétante» par l’ECDC. Chez nos voisins, les courbes des patients hospitalisés en réanimation et des morts sont même en hausse. «Un taux élevé de vaccination de la population ne suffira pas à prémunir les hôpitaux de la saturation due à une cinquième vague hivernale, en conclut l’épidémiologiste Antoine Flahault. L’augmentation du nombre d’infections se traduira arithmétiquement par la hausse des cas graves – même si le risque est réduit chez les vaccinés.»

Un autre facteur pourrait expliquer une partie des différences observées en Europe: la météo. «La manière dont la vague se répand correspond aussi à la façon dont les conditions climatiques changent et deviennent plus favorables au maintien en suspension des aérosols qui portent le virus», souligne Alix Roumagnac, directeur de Predict Services, filiale de Météo France. Le Covid suit la vague de froid qui se propage d’est en ouest… et arrive tout juste en France.

Mais si la météo est très probablement un facteur aggravant, elle ne fait pas tout. Elle peut notamment être compensée par des mesures de restrictions plus ou moins sévères. Le Dr Pierre Parneix invite ainsi à observer le stringency index (index de sévérité), qui reflète la dureté des stratégies mises en place pour contrer la diffusion du Sars-CoV-2. L’index prend en compte neuf indicateurs (fermetures d’école, des lieux de travail, restrictions de voyages, etc.) et classe les pays sur une échelle de 0 à 100. Le résultat est sans appel: entre mi-octobre et mi-novembre, l’index de sévérité est par exemple bien plus élevé en France et en Italie qu’en Allemagne, en Pologne, et dans d’autres pays d’Europe de l’Est et du Nord. Les pays les plus stricts semblent donc les moins touchés, même si un léger renforcement des mesures est survenu en novembre partout en Europe.

Plus difficile à mesurer, faute de données, le respect des gestes barrières peut aussi contribuer à contenir les cas. Une étude de l’Ifop d’octobre 2021 montre ainsi que le taux d’observance des consignes en matière de lavage des mains est plus faible dans les pays du Nord (Allemagne, Royaume-Uni). Dans les semaines qui viennent, «la couverture vaccinale, les gestes barrières et le port du masque sont plus que jamais des mesures clés pour contrer l’effet du climat sur la transmission», souligne Alix Roumagnac. Une autre parade devrait être mise en place en urgence, selon Antoine Flahault: «Rendre obligatoire la mesure continue du CO2 et ventiler en conséquence permettrait de faire chuter le nombre de contaminations.»

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