La prolifération littéraire des ministres agace l’Elysée


Le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, et celui de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, tous deux auteurs d’ouvrages récemment publiés, au palais de l’Elysée, le 10 novembre 2021.

Marqués par des crises historiques, ils ont voulu le faire savoir. Il leur fallait faire entendre le choc ressenti par la violence des « gilets jaunes », qui a fait vaciller le pouvoir fin 2018. Faire partager leur trouble né de l’irruption de la pandémie de Covid-19 en mars 2020. Faire valoir, aussi, leur fierté d’avoir été « à la hauteur » pour « servir leur pays ». A cinq mois de l’élection présidentielle, la plupart des ministres et secrétaires d’Etat ont été priés de se taire afin de ne pas polluer, avec leur ego ou leurs maladresses, une campagne dans laquelle Emmanuel Macron jouera, sauf coup de théâtre, sa réélection. Pourtant, ils écrivent. Beaucoup. Beaucoup trop, selon l’Elysée.

Au sommet de l’Etat, on s’agace de livres de politiques qui s’empilent depuis la rentrée dans les librairies. La liste est longue. Dans Ecole ouverte (Gallimard, 112 p., 12 euros), sorti début septembre, le ministre de l’éducation, Jean-Michel Blanquer, vante la stratégie déployée pour maintenir les établissements ouverts pendant la pandémie. « Je voyais que nous avions sauvé les enfants de France d’un naufrage dramatique », écrit M. Blanquer. Dans Envie de France (L’Observatoire, 160 p., 16 euros), la secrétaire d’Etat chargée de la jeunesse, Sarah El Haïry, narre son engagement politique en tant que benjamine du gouvernement (ex aequo avec Gabriel Attal). Dans Bienvenue en politique (Calmann-Lévy, 432 p., 17 euros), la ministre chargée du logement, Emmanuelle Wargon, explique avoir rédigé un « plaidoyer pour la politique » sur fond de crise des « gilets jaunes ». « C’était une démarche personnelle », se défend-elle, assurant n’avoir ressenti aucun agacement de la part d’Emmanuel Macron quand elle l’a informé de son opus.

Le chef de l’Etat n’a pas non plus rechigné à signer la préface de Et après ? Pour un capitalisme citoyen (Le Cherche Midi, « Impact », 144 p., 15 euros), l’ouvrage d’Olivia Grégoire, secrétaire d’Etat chargée de l’économie solidaire. « Il a pris le temps. Peut-être parce que le livre met utilement en perspective tout ce qu’il a impulsé depuis cinq ans », souligne Mme Grégoire, qui assure s’être gardée de tomber dans le narcissisme politicien. « L’humilité est une qualité dans la vie, et dans la vie politique aussi. Ma vie, “la vie de bibi à Bercy”, ça n’intéresse personne », lâche-t-elle.

Le Maire, un cas à part ?

Hormis le livre de la ministre déléguée chargée de la citoyenneté, Marlène Schiappa, Sa façon d’être à moi (Stock, 288 p., 20 euros), qui, par sa forme romanesque, suscite un certain embarras au sein du gouvernement, les récits de ces politiques encensent globalement l’action de leurs auteurs, sans oublier de faire l’éloge du chef de l’Etat. « C’est plutôt mignon. Mais entre défendre son bilan personnel et se mettre en avant, la frontière est ténue », concède Roland Lescure, député des Français de l’étranger pour La République en marche (LRM), qui a lui-même cédé à la tentation de l’écriture, avec Nos totems et nos tabous : dépassons-les ! (L’Aube, 226 p., 20 euros).

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