Les chasseurs, cible prioritaire des candidats à l’élection présidentielle


Un chasseur vient d’abattre un sanglier, à Hirsingue (Haut-Rhin), le 8 novembre 2020.

C’est inattendu. La chasse redevient un élément du clivage politique à cinq mois de l’élection présidentielle. Les récents accidents ont mis un coup de projecteur sur une pratique qui rassemble un peu plus d’un million de personnes, détentrices du permis de chasse ; même si ce chiffre, donné par la Fédération nationale des chasseurs, est celui d’avant la pandémie de Covid-19, il montre qu’elle reste populaire en France. Mais qu’elle rencontre aussi une franche opposition : vendredi 12 novembre, la pétition « Morts, violences et abus liés à la chasse : plus jamais ça ! », mise en ligne le 10 septembre sur le site du Sénat, a dépassé les 100 000 signatures.

Alors que le morcellement de l’offre politique voit plusieurs candidats dans un mouchoir de poche – à l’extrême droite, Marine Le Pen et Eric Zemmour, mais aussi potentiellement celui ou celle qui représentera Les Républicains (LR) –, les chasseurs sont une « cible » prioritaire, pouvant faire gagner les quelques points nécessaires à la qualification au second tour.

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D’autant plus qu’ils ne devraient pas avoir de candidat issu de leurs rangs. Le patron des chasseurs, Willy Schraen, a bien hésité à sauter le pas avant de passer son tour. « La chasse, comme l’écologie, ne devrait pas donner naissance à un parti politique. Mais si les attaques continuent à être aussi violentes, c’est tout l’électorat rural qui va se mobiliser contre les extrémistes de l’écologie radicale », a-t-il expliqué, le 14 novembre, dans Le Journal du dimanche. Contacté, il n’a pas donné suite à nos sollicitations.

L’Hexagone a une spécificité : un parti issu du monde de la chasse. Chasse, pêche, nature et traditions (CPNT) – devenu Le Mouvement de la ruralité, en 2019 – a même présenté des candidats en 2002 et 2007. Lors de ce premier scrutin, Jean Saint-Josse avait créé la surprise, avec 4,23 % des suffrages. Son successeur, Frédéric Nihous, fera beaucoup moins bien, cinq ans plus tard, avec 1,15 % des voix. Depuis, la petite formation s’est alliée d’abord au mouvement de Philippe de Villiers, puis à l’UMP (ancêtre de LR), et a peu à peu disparu, permettant aux autres partis de s’approprier cette thématique.

Clivage dans toutes les familles politiques

Faut-il croire, pour autant, que les chasseurs sont une réserve de voix pour la droite ? « Pas forcément », répond Jérôme Fourquet, directeur du département opinion de l’IFOP. L’institut a analysé, en 2020, le profil et le vote des chasseurs en France en se basant notamment sur le vote à la présidentielle de 2017. Il y a certes une « prime » pour le candidat LR de l’époque, François Fillon (24,7 % contre 20,01 % pour l’ensemble des électeurs), et pour Marine Le Pen (26 % contre 21,3 %). Mais il y a également un survote pour Emmanuel Macron (25 % contre 24,01 %). Jean-Luc Mélenchon a tout même convaincu 16,7 % des chasseurs, pour un score global de 19,6 %. L’idée que les chasseurs seraient forcément de droite ou d’extrême droite est donc battue en brèche.

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