faut-il réinstaurer la gratuité des tests de dépistage ?


Jean-Luc Mélenchon l’a suggéré mercredi sur TF1, arguant qu’il s’agissait d’une nécessité pour «la qualité des fêtes de fin d’année».

LA QUESTION. «Pour la qualité de nos fêtes de fin d’année, il faut rétablir le test gratuit». Invité de TF1 ce mercredi, le candidat de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, a ardemment plaidé pour la réinstauration de la gratuité du dépistage, devenu payant pour les personnes non-vaccinées depuis le 15 octobre. «On s’en fout de savoir qui est vacciné ou pas, ce qu’on veut savoir, c’est qui est malade ou pas», a argué le député des Bouches-du-Rhône, à l’heure où une cinquième vague épidémique inquiète les autorités sanitaires. Un avis partagé par plusieurs scientifiques. «C’est quelque chose qu’il faut probablement reconsidérer», a estimé Dominique Costagliola, directrice de recherches à l’Inserm, sur BFMTV. De même que le professeur Gilles Pialoux, invité sur la même chaîne. «C’est un outil de plus pour détecter plus tôt, pour isoler», a-t-il justifié, avançant notamment l’augmentation des symptômes du Covid en période hivernale.

Jeudi matin pourtant, le gouvernement a écarté cette perspective : «Ce n’est pas prévu aujourd’hui», a assuré le porte-parole Gabriel Attal. «Il n’y a pas de raison que les Français, avec leurs impôts, financent des tests qui visent à aller au restaurant, qui visent à aller au concert, qui visent à aller au cinéma»​, a asséné le porte-voix de l’exécutif. À l’heure où l’on parle plutôt de possible durcissement des mesures pour les non-vaccinés, la gratuité des tests est-elle une bonne idée ?

VÉRIFIONS. Les bénéfices du dépistage massif ne sont plus à prouver : vaccin ou pas, plus tôt les personnes savent qu’elles sont contagieuses, plus tôt elles s’isolent, et, partant, limitent la propagation du virus. «Celui qui se sait positif n’a pas le même comportement», appuie le professeur Gilles Pialoux. D’autant que la période hivernale est toujours propice à un regain épidémique, sans compter les réunions autour des fêtes, période propice aux rassemblements, y compris des personnes fragiles. L’année passée, l’arrivée de Noël avait été l’occasion d’une campagne assidue des autorités sanitaires pour inciter au port du masque, à un nombre restreint de convives, jusqu’à mettre «papy et mamie à la cuisine». La semaine de Noël, les Français avaient ainsi pris d’assaut les laboratoires de dépistage.

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Or, les prix désormais en vigueur pour les tests (minimum 43,89 € pour un PCR et 22 € pour un antigénique) sont incontestablement dissuasifs. En témoignent les chiffres de l’Assurance maladie : malgré un rebond la semaine passée, le dépistage a connu, depuis la fin de sa gratuité, une baisse générale de 23%. Pourtant, sur les 3,4 millions de tests antigéniques effectués entre le 15 octobre et le 4 novembre, 1,7 million, soit environ 50%, ont été remboursés par l’Assurance maladie. Pour les PCR, sur la même période, la «quasi-totalité» des tests ont fait l’objet d’une prise en charge, indique encore au Figaro la direction générale de la Santé. Outre les vaccinés, les mineurs, détenteurs d’une prescription médicale, et les cas contacts, sont exempts de payer.

Si baisse il y a, ce sont donc les non-vaccinés non-détenteurs de prescription médicale qui en sont le principal facteur. Un constat confirmé par le graphe ci-dessous, où la courbe orange représente les personnes non vaccinées asymptomatiques.

Évolution du nombre de tests effectués entre le 20 septembre et le 1er novembre 2021. AMELI

Ceci étant, l’idée de la gratuité des tests pour limiter le regain épidémique est-elle réellement pertinente ? Cette courbe orange ne représentant qu’une infime partie de la population, l’efficacité d’une telle mesure ne serait-elle pas limitée ?

Favoriser le dépistage

«L’idée essentielle, derrière, est d’encourager le dépistage», argue de son côté le professeur Gilles Pialoux. De fait, la France est actuellement mauvaise élève dans ce domaine : dans son dernier bulletin, Santé Publique France révélait que le délai entre l’apparition des symptômes et le dépistage est de 2,5 jours, le plus long niveau jamais atteint. Un constat qui contrarie le professeur. «Les décisions politiques autour du Covid-19 sont souvent fondées sur le critère du taux d’incidence. Prenez la saga des masques à l’école : ces dernières semaines, les départements l’enlevaient ou le remettaient en fonction du nombre de cas pour 100.000 habitants. Or, celui-ci est calculé sur la base même des dépistages !», rappelle-t-il. «Depuis l’apparition du vaccin, l’exécutif a relégué le message du dépistage au second plan et c’est fort dommage. La gratuité des tests serait un excellent moyen de les remettre au centre de la stratégie anti-Covid».

L’ensemble des scientifiques contactés par Le Figaro sont unanimes : la question est davantage politique qu’épidémiologique. Le non-remboursement, de fait, avait été décidé avant tout pour son aspect coercitif, afin de pousser à la vaccination. Les rendre de nouveau gratuits ne risque-t-il pas d’être contre-productif pour la courbe des vaccinations ? «Savoir les tests payants a forcément une incidence sur l’énergie à aller se faire tester», objecte pour sa part Christian Rabaud, infectiologue au CHRU de Nancy. «Il faudrait qu’il n’y ait aucune hésitation possible, afin que nul ne tergiverse au prétexte qu’il faut sortir le porte-monnaie», plaide-t-il.

Et l’épidémiologiste d’aller plus loin. «Noël ou pas, le suivi épidémiologique nécessite un dépistage en masse. Tant que l’épidémie était en voie de régression, l’importance des chiffres était relative. Maintenant que les courbes remontent, on a de nouveau besoin de données les plus précises et fiables possibles». Pour un département, une région, une ville ou même une école, le taux d’incidence peut valoir ainsi un retour au port du masque, un couvre-feu voire un confinement. C’est donc sans attendre, selon l’épidémiologiste, qu’il faut réinstaurer la gratuité des tests. «Quitte à réajuster après Noël».

En résumé, l’immense majorité des tests sont toujours gratuits puisque seules les personnes non-vaccinées ne disposant pas d’une prescription médicale doivent les payer. Malgré tout, les épidémiologistes estiment que les rendre gratuits pourrait politiquement replacer le dépistage au cœur de la lutte contre la pandémie, une nécessité alors que le pays connaît une cinquième vague épidémique. Pouvoir en mesurer la progression, au plus proche de la réalité, est essentiel.



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