« Les espaces de coworking explosent » selon Mehdi Drizi (Ubiq)



"Les espaces de coworking explosent" selon Mehdi Drizi (Ubiq)

Challenges- Multiplication des espaces de travail collaboratif, flexibilité… Quels sont les nouveaux usages qui ont émergé pendant la crise du Covid-19? 

Mehdi Drizi- Conséquence de la crise sanitaire, la demande de bureaux flexibles explose et se démocratise en 2021. Le bail 369 (lorsque le propriétaire peut résilier son bail au bout de 3, 6 ou 9 ans), qui constitue la formule la plus courante du bail commercial ne correspond plus aux besoins de toutes les entreprises, à la recherche de plus de flexibilité. Après une année creuse en 2020 en raison du Covid-19, la demande d’espaces de coworking explose depuis le début de l’année, en hausse de 60% depuis 2019. On en recense aujourd’hui 2.787, contre 1.700 en 2019. Ces espaces séduisent des structures de plus en plus diverses, à savoir des start-ups, des TPE/PME mais aussi de grands groupes, des organisations publiques ou des sociétés de conseil. La demande bondit également en région. Certains acteurs en font même leur stratégie, à l’instar du groupe Startway, avec 11 sites en région, Flex-0, Hiptown, ou Babel. On note ainsi un rééquilibrage dans la répartition de ces espaces entre l’Ile-de-France et le reste de la France: Paris totalise aujourd’hui 18% des offres, contre 23% il y a deux ans. Le bureau opéré, espace collaboratif opéré par un tiers, est également en forte croissance: on recense aujourd’hui 250 offres de ce type dans la capitale. Inspiré du coworking, cette solution permet aux entreprises de s’installer dans un espace privé et indépendant, avec un contrat unique qui inclut le bail, le nettoyage, internet…Enfin, le marché de la sous-location s’est considérablement développé ces derniers mois, passant de 13% à 30% entre 2019 à 2021. Cette solution est intéressante parce qu’elle permet de louer à prix coutant, et de disposer d’un espace à soi, sans les contraintes de l’engagement d’un bail locatif.

Pour vous, ces modèles flexibles traduisent de nouveaux modes d’organisation au travail…

Avec les bureaux qui se sont vidés l’an dernier et la généralisation du télétravail, de nouveaux besoins ont émergé dans les entreprises. Le rapport au bureau a été profondément modifié. La norme aujourd’hui dans les entreprises est de deux ou trois jours de télétravail par semaine, ce qui signifie que les groupes ont besoin de moins de bureaux. Par ailleurs, les collaborateurs travaillent de partout en France, et certains sont en distanciel 100% du temps. 4% des demandes reçues par Ubiq au cours des derniers mois, concernent d’ailleurs des entreprises qui souhaitent donner accès à leurs collaborateurs à des espaces près de chez eux pour télétravailler dans de bonnes conditions. Désormais, les salariés veulent avoir le choix et les employeurs comprennent que les offres peuvent être personnalisées en fonction des besoins de chacun. 

A cela s’ajoute la volonté accrue des directions de réduire les surfaces louées. Pour elles, le bureau flexible présente de grands avantages puisqu’il permet par exemple de doubler la surface de bureau d’une année à l’autre en s’engageant sur douze mois. Par ailleurs, cette offre permet d’optimiser l’utilisation des bureaux en réduisant le parc immobilier pris à bail, et d’ainsi faire des économies. À ce titre, la France suit avec quelques années de retard l’évolution qui s’est opérée à Londres, ou le parc immobilier d’offres de bureau flexible est passé de 0,5% à 6% entre 2015 et 2019. 

En quoi ces transformations impactent l’ensemble du secteur immobilier? 

Les gestionnaires de parcs immobiliers sont encore bloqués par des modèles économiques qui tournent mais une transformation en profondeur est en cours. Le marché du bureau flexible est en train de prendre un part considérable du marché et impacte l’intégralité de la chaîne de valeur, qui se transforme jusqu’à la gestion immobilière et l’investissement. C’est l’ensemble du secteur qui doit désormais travailler à co-construire la nouvelle valeur augmentée des m2 de bureaux. Cette révolution permettra également au marché immobilier d’enfin opérer sa transformation numérique, pour l’adapter aux nouveaux usages. Le réaménagement de l’offre de bureaux va ouvrir la voie par exemple à des usages autour du bâtiment connecté ou des systèmes digitaux dédiés aux occupants comme l’accueil, la gestion des accès, la réservation de places et de salles de réunions…



Lire la suite
www.challenges.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *