Cette caravane offre des soins visuels à des enfants et ados précaires


A quelques mètres du foyer Nazareth, un centre d’hébergement de la Fondation de l’Armée du Salut dans le 15e arrondissement de Paris, une drôle de caravane arrondie campe au milieu d’un parking municipal en ce samedi matin frais et humide. D’un blanc laiteux parsemé de pastilles colorées, cette petite capsule arbore fièrement les logos de la Fondation Optic 2000-Lissac-Audio 2000 et de l’Armée du Salut. Voici la Navette Solidaire, un dispositif mobile qui propose gratuitement à des enfants et adolescents en situation de précarité une consultation médicale ophtalmologique avec un bilan complet et, lorsqu’un besoin est identifié, une paire de lunettes de vue directement montée sur place. Ce matin-là, une délégation de représentants des partenaires du projet – du directeur général d’Optic 2000, Benoît Jaubert, au porte-parole de la Fondation de l’Armée du Salut, Samuel Coppens, entre autres – savoure le bon déroulement de l’opération. Car ce 11 décembre, la Navette Solidaire célèbre à la fois son deuxième anniversaire et… son grand retour.

Cette caravane offre des soins visuels à des enfants et ados précaires

La Navette Solidaire sur un parking dans le 15e arrondissement de Paris, le samedi 11 décembre 2021. Crédit: Isabelle de Foucaud/Challenges

Lancé initialement en décembre 2019 par la fondation d’entreprise du groupe d’optique et d’audition, l’association de lutte contre l’exclusion et l’Association nationale des jeunes ophtalmologistes (ANJO), ce programme a été chahuté par le Covid-19. La Navette Solidaire devait sillonner la France à raison d’une opération de dépistage par mois. « En 2020, malheureusement, la pandémie l’a arrêtée dans son élan », explique Sandrine Ladoux, directrice de la communication externe, de la santé et de l’innovation d’Optic 2000. Mais cette année, la caravane aura tout de même réalisé huit étapes à travers le pays: Mulhouse, Saint-Priest (deux fois), Mazamet, Paris (deux fois), Reims et Marseille. « Notre objectif est d’en réaliser au moins dix par an. » La fondation de l’enseigne d’opticiens a investi 80.000 euros pour s’offrir cette caravane et le projet est doté d’un budget de fonctionnement annuel d’environ 130.000 euros.

Un parcours complet de soins

Derrière la porte coulissante de la navette, les jeunes patients sont accueillis dans un espace de pré-consultation, où des premiers tests de vue sont réalisés par un orthoptiste ou un opticien, selon les disponibilités des bénévoles. Ce samedi, c’est Johanne Guillot, opticienne depuis deux ans et demi au siège d’Optic 2000 et auparavant en boutique, qui s’est portée volontaire. Et la tâche n’est pas toujours simple avec de jeunes enfants et ados qui, pour beaucoup, ne maîtrisent pas le français. « La barrière de la langue n’est pas infranchissable. Sur les tests de lecture, on les aide en leur proposant des mots de deux ou trois lettres », relativise l’opticienne. Pour ce petit garçon de huit ans, assis sur la banquette bleu nuit, ce sera sa mère qui lui servira d’interprète, debout à côté du panneau lumineux où défilent les lettres. Une fois cette étape franchie, direction la salle de consultation dotée d’un matériel d’examen ophtalmologique dernier cri. Le docteur Eve Durbant prend le relais. Présidente de l’ANJO quand le projet s’est monté, elle reste très mobilisée pour aider à faire tourner la Navette Solidaire. « J’ai été tout de suite emballée par cette idée de donner de mon temps, le samedi et le dimanche, pour faire du dépistage visuel auprès de jeunes qui ne sont pas intégrés dans le parcours de soins français« , témoigne-t-elle.

Cette caravane offre des soins visuels à des enfants et ados précaires

Le docteur Eve Durbant était présidente de l’ANJO lorsque le projet de navette solidaire a été lancé. Crédit: Fondation Optic 2000 

Déjà que dans le système de soins classique, obtenir un rendez-vous médical relève de plus en plus du parcours du combattant… Selon une étude d’Ipsos, menée fin 2019, le délai moyen pour obtenir un créneau de consultation chez un ophtalmologiste est de 80,6 jours pour un adulte et de … 96,4 jours pour un enfant! « Les enfants que l’on accueille ici sont cabossés par leur histoire et leur exil. Or un enfant bien dépisté va grandir avec plus de chances que les autres », relève Samuel Coppens, le porte-parole de l’Armée du Salut, dont le rôle est d’informer les familles résidant dans leurs foyers et de les aiguiller vers la navette lors de ces opérations. « Si les parents sont sensibilisés par ce biais aux problèmes de vue de leurs enfants, cela peut aussi les amener à consulter pour d’autres besoins de soins », espère-t-il.

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Détection des urgences

C’est aussi pour faciliter ce parcours de soins que tout est prévu dans la caravane pour fabriquer les lunettes sur place. « L’idée étant de faciliter l’accès aux soins de ces familles précaires, nous voulons les accompagner de bout en bout du processus, car les laisser partir avec une ordonnance pour qu’ils aillent eux-mêmes chercher leurs lunettes pourrait être une étape supplémentaire difficile pour eux », ajoute Sandrine Ladoux. A l’intérieur de la caravane, un monteur lunettier s’active devant deux machines permettant de tailler, centrer et monter les verres. Ce week-end-là, à Paris, 34 enfants et adolescents ont ainsi pu être examinés. Parmi eux, trois jeunes (deux adolescents de 17 ans et un garçon de 4 ans) sont chacun reparti avec un équipement de lunettes. Avant cela, sur les huit étapes réalisées par la Navette Solidaire, 238 enfants ont pu bénéficier du parcours de soins proposé, 107 paires de lunettes ont été offertes et onze urgences (du type lésion palpétorale, amblyopies, cataractes, pathologies de la rétine, strabisme divergent…) à prendre en charge rapidement ont été détectées.

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Le monteur-lunettier taille, centre et ajuste les verres à la monture. Crédit: Isabelle de Foucaud/Challenges



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