En Guadeloupe, Mélenchon salue ceux « qui ne se laissent pas mater »


« Ici c’est la Guadeloupe, les gens ne se laissent pas mater! » Un Jean-Luc Mélenchon en campagne pour renforcer son assise dans les Outre-mer est venu soutenir les soignants menacés de suspension pour leur refus du vaccin contre le Covid, mercredi devant l’hôpital de Pointe-à-Pitre.

Lors de la dernière présidentielle, l’Insoumis avait obtenu 24% des voix au premier tour en Guadeloupe, seulement devancé par Emmanuel Macron (30%).

Convaincu qu’il peut désormais passer devant le chef de l’Etat, il est venu montrer qu’il est en phase avec la défiance de nombreux Guadeloupéens contre la politique sanitaire du gouvernement.

D’autant que le territoire sort tout juste de plusieurs semaines de troubles sociaux nés du refus de l’obligation vaccinale pour les soignants et les pompiers.

« Un tiers des soignants de l’hôpital sont menacés de suspension au 31 décembre », a résumé un syndicaliste en accueillant Jean-Luc Mélenchon, accompagné de la présidente du groupe des députés LFI Mathilde Panot et de l’eurodéputé Manuel Bompard, sur le piquet de grève autour de l’hôpital.

« Moi qui suis expérimenté de la gestion publique, c’est la première fois que je vois un tel chaos, un refus aussi obstiné et irresponsable » de la part des autorités, a rétorqué l’Insoumis.

M. Mélenchon a échangé avec plusieurs soignants en cheminant au milieu des stands des grévistes. Catherine, cadre administrative, lui a par exemple confié son désarroi devant les réclamations du Trésor public sur son salaire d’octobre.

Jean-Luc Mélenchon le 15 décembre 2021 sur le piquet de grève devant l'hôpital de Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe (AFP - Christophe ARCHAMBAULT)

Jean-Luc Mélenchon le 15 décembre 2021 sur le piquet de grève devant l’hôpital de Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe (AFP – Christophe ARCHAMBAULT)

Plusieurs d’entre eux ont aussi raconté leur méfiance vis-à-vis du vaccin, nourrie par le scandale sanitaire du chlordécone. Le pesticide avait été interdit en France en 1990 mais a continué à être autorisé dans les champs de bananes de Martinique et de Guadeloupe par dérogation ministérielle jusqu’en 1993, contaminant plus de 90% de la population adulte en Guadeloupe et Martinique.

– Précautions –

« Depuis toujours l’Etat nous ment, sur la gestion de l’eau, sur le chlordécone, sur les sargasses », des algues toxiques, a dénoncé Elie Domota, porte-parole du collectif LKP.

M. Domota avait fait partie de la délégation mardi qui devait parlementer avec des élus, en vain. « Je vous remercie d’être venus, de prendre des notes. Hier on avait rendez-vous avec des députés, sénateurs, élus, et ils se sont tous débinés », a-t-il déploré.

Le candidat Insoumis a pris nombre de « précautions » assumées. « Ce n’est pas à moi de vous dire ce qu’il faut faire, je sais les précautions qu’il faut vis-à-vis d’un mouvement de masse », a-t-il dit.

Jean-Luc Mélenchon discute avec Elie Domota, porte-parole du collectif LKP, le 15 décembre 2021 sur le piquet de grève devant l'hôpital de Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe (AFP - Christophe ARCHAMBAULT)

Jean-Luc Mélenchon discute avec Elie Domota, porte-parole du collectif LKP, le 15 décembre 2021 sur le piquet de grève devant l’hôpital de Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe (AFP – Christophe ARCHAMBAULT)

« Je ne vais pas vous raconter d’histoires, je suis vacciné », a-t-il aussi déclaré. Auprès des journalistes, Jean-Luc Mélenchon s’est bien gardé de flatter certaines théories infondées sur les vaccins: « On peut le déplorer mais on n’administre par les gens comme des choses. »

Selon lui, « l’origine de la défiance c’est le chlordécone, le mensonge (des autorités) est dans le corps des gens. Convaincre est donc plus difficile, il ne faut pas y aller à coup de chicote (fouet, NDLR). Ici c’est la Guadeloupe, les gens ne se laissent pas mater », s’est-il exclamé, déclenchant l’approbation hilare d’une infirmière.

Pour Mathilde Panot, la problématique sanitaire se surajoute aux problèmes de moyens dans l’école, l’hôpital, les réseaux d’eau et d’assainissement, etc.

Une autre fonctionnaire a dit être heurtée qu’on « associe notre défiance à la superstition ». « Ca s’appelle l’esprit colonial! », a cinglé Jean-Luc Mélenchon.

« Je suis contente de sa venue, je me rends compte que c’est lui et ses équipes qui nous défendent le mieux, qui connaissent le mieux nos problématiques », a expliqué à l’AFP Catherine, la cadre administrative.

« C’est le seul qui ouvre sa bouche. Il nous faut un candidat qui écoute les masses populaires », a abondé Véronique Courtois, agent hospitalier.

« J’hésite à voter pour lui, il s’exprime bien… Mais ça ne serait pas un chèque en blanc, comme on a un peu fait avec Macron », a expliqué une autre gréviste.

Jean-Luc Mélenchon a promis que sa venue avait un sens concret: « Je m’organise en fonction de la victoire, pour pouvoir agir dès le lendemain de mon élection et pas juste commencer à réfléchir ».



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