« On ne transforme pas un pays en cinq ans »


Emmanuel Macron répond aux questions des journalistes Audrey Crespo-Mara et Darius Rochebin depuis l’Elysée, lors d’une émission diffusée mercredi 15 décembre 2021.

Simple bilan de son quinquennat selon l’exécutif, nouvel acte d’une campagne officieuse pour sa réélection d’après les oppositions : une longue interview d’Emmanuel Macron, intitulée « Où va la France ? », a été diffusée mercredi 15 décembre sur TF1 et LCI, quelques jours après son enregistrement dans les conditions du direct.

Principale annonce de la soirée : Emmanuel Macron a indirectement confirmé l’abandon de la réforme des retraites, qui visait à mettre en place un régime universel, avant l’élection présidentielle. Il s’est en effet dit être toujours en faveur d’une « sortie des régimes spéciaux » au profit de « trois grands régimes » – un pour la fonction publique, un pour les salariés du privé et un pour les indépendants.

En faire un seul, « ce qui était mon projet initial, je crois que c’est trop anxiogène », a-t-il expliqué. « Nous avons besoin de conduire cette réforme », mais « je ne pense pas qu’il faille exactement faire la même réforme que celle qui était envisagée » et qui, « s’il n’y avait pas eu l’épidémie » de Covid-19 en 2020, « serait allée à son terme, c’est évident », a-t-il souligné. Par ailleurs, « on doit être préparés à l’idée qu’il faut travailler plus longtemps », même si placer le curseur doit être « le fruit d’un débat démocratique », et même si « ça ne signifie pas la même réalité pour tout un chacun », a insisté le président de la République.

Interrogé sur son éventuelle candidature à sa réélection en 2022, notamment pour mener à bien sa réforme des retraites, le chef de l’Etat a esquivé, expliquant qu’il agirait « jusqu’au dernier quart d’heure ». Et d’ajouter : « On ne transforme pas un pays en cinq ans, donc je continuerai à me projeter et j’essaie d’avoir l’esprit sérieux. » « Certains sont en campagne, mais votre serviteur : non », a-t-il assuré, adressant tout de même des piques à des candidats déjà déclarés comme Valérie Pécresse (Les Républicains) et Eric Zemmour, sans jamais les nommer. Relancé à plusieurs reprises sur son éventuelle candidature, il a assuré ne pas être « aujourd’hui dans la situation de répondre à cette question, à la fois compte tenu du pays (et) compte tenu de moi-même ».

« Une volonté de bousculer »

La soirée avait commencé avec le sujet qui occupe l’actualité depuis près de deux ans : le coronavirus. Interrogé par les journalistes Audrey Crespo-Mara et Darius Rochebin sur l’obligation vaccinale des adultes, le chef de l’Etat a estimé qu’elle était « tout à fait possible », considérant que, comme pour la grippe, « il est vraisemblable qu’on aille vers [un rappel vaccinal annuel] ». Quant à la vaccination des enfants âgés de 5 à 11 ans, Emmanuel Macron a déclaré qu’elle était « souhaitable » mais qu’elle ne serait « pas obligatoire ».

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Le chef de l’Etat a ensuite vigoureusement rejeté l’image de « président des riches » qui lui colle à la peau, demandant « le droit de ne pas être la caricature dans laquelle on veut [l’]enfermer ». Interrogé sur ses petites phrases qui ont pu marquer les citoyennes et les citoyens – « Du travail, je traverse la rue et je vous en trouve », « Les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien », etc. –, M. Macron a affirmé qu’il ne redirait « certainement pas » cela, reconnaissant avoir « blessé des gens » et ajoutant :

« Je pense que je suis arrivé avec une volonté de bousculer, de ne pas suivre les règles. Mais nous sommes dans une société de décontextualisation (…). Vous dites deux mots, on les sort du contexte et ils paraissent affreux. »

Selon lui « les Françaises et les Français m’ont choisi [en 2017] et je n’étais pas connu. Nous avons appris à nous connaître, je n’étais pas familier de nos compatriotes », a reconnu le jeune président, qui fêtera ses 44 ans mardi prochain.

Le chef de l’Etat est par ailleurs revenu sur les violences exercées le 1er mai 2018 par l’un de ses collaborateurs à l’Elysée, Alexandre Benalla, lors d’une manifestation à Paris. « On a parlé d’affaire d’Etat, ce fut plutôt sans doute une affaire d’été », a-t-il déclaré, reprenant les éléments de langage diffusés alors par l’exécutif. Le président de la République s’est défendu d’avoir protégé M. Benalla, expliquant qu’il avait été « sanctionné administrativement, puis exclu de l’Elysée ». Une chronologie trompeuse, puisque ce n’est qu’après la révélation de l’affaire par Le Monde, le 18 juillet, que l’Elysée a décidé de licencier Alexandre Benalla – qui n’avait jusqu’alors subi qu’une mise à pied de quinze jours.

Une interview très critiquée par l’opposition

Le principe de cet entretien, qui survient à quatre mois de l’élection présidentielle, avait été très critiqué par les oppositions dès son annonce. La candidate des Républicains, Valérie Pécresse, et celui des écologistes, Yannick Jadot, ont ainsi fait savoir qu’ils avaient saisi le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) au nom de l’« équité » dans la répartition du temps de parole.

« Pour la dernière prestation télévisuelle qu’[Emmanuel Macron] a faite, on a [distingué] dans ses propos le temps de parole strictement régalien, quand il a parlé de la pandémie, de la vaccination », a déclaré en réponse le président du CSA, Roch-Olivier Maistre. A l’inverse, « quand il est rentré plus dans le débat politique national, on l’a comptabilisé. Mercredi soir, on fera pareil », a-t-il encore assuré.

A la suite de l’interview du chef de l’Etat, plusieurs personnalités politiques ont également condamné sa tenue et son contenu. Eric Ciotti invité sur le plateau de TF1 pour débriefer l’entretien, a décrié « une émission de propagande de la part d’un candidat », où, selon lui, « il n’y avait pas grand-chose, aucune proposition, pas beaucoup de visions ».

Réagissant en duplex, le candidat d’extrême droite à l’élection présidentielle Eric Zemmour a quant à lui asséné qu’Emmanuel « Macron a passé son temps à dire qu’il ne faisait pas de politique » alors qu’il est, selon lui, « l’homme du « grand remplacement » et du grand déclassement ».

A gauche, Jean-Luc Mélenchon a fustigé dans un tweet l’intervention de M. Macron « sans un mot sur la catastrophe en cours en Outre-mer. Sans un mot sérieux sur les crises écologiques et sociales. Ni la paix dans le monde, ni la guerre du Mali », qualifiant cet entretien de « bavardage hors-sol ».

Delphine Batho, porte-parole de Yannick Jadot, candidat d’Europe-Ecologie-Les Verts (EELV), a elle aussi réagi en publiant sur Twitter un communiqué décriant le vide et surtout l’absence d’échanges sur « le climat et le vivant » durant cette heure et demie d’interview.

Emmanuel Macron devrait de nouveau prendre la parole vendredi en étant interrogé par des enfants de 8 à 11 ans pour l’émission « Ils refont la France » sur RTL, selon Le Point.

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Le Monde





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