Pécresse, Zemmour, petites phrases, «gilets jaunes», réforme des retraites… Ce qu’il faut retenir de l’interview de Macron


COMPTE RENDU – Le président de la République s’est exprimé durant près de deux heures, mercredi soir, sur TF1 et LCI. Voici le résumé.

Lever les malentendus, purger les conflits passés, et repartir du bon pied avant 2022. À moins de quatre mois du premier tour de l’élection présidentielle, Emmanuel Macron s’est longuement exprimé sur TF1 et LCI ce mercredi soir.

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Une interview de plus de deux heures, enregistrée dimanche à l’Élysée, dont le principal objectif était de revenir sur les différentes crises qui ont émaillé le quinquennat – qu’elles soient sociales ou sanitaires -, défendre le bilan de l’exécutif, et exposer une vision d’avenir pour le pays.

Comme une sorte de pré-déclaration de candidature, donc, pour un chef de l’État qui arrive en fin de mandat. Et dont l’intention de briguer sa succession au printemps prochain ne fait plus guère de doute, y compris chez ses futurs adversaires.

● Bien que «souhaitable», la vaccination des enfants ne sera pas obligatoire

Une perspective «souhaitable», mais pas obligatoire. Alors que les autorités sanitaires ont émis un avis favorable à la vaccination des 5-11 ans, Emmanuel Macron a indiqué que cette hypothèse resterait «le choix des parents». «On sait qu’ils tournent très vite chez (les enfants). Ils ont rarement des formes graves même si ces dernières semaines, on a eu malheureusement plusieurs cas d’enfants, parfois jeunes, à l’hôpital avec des cas graves», a-t-il détaillé.

● L’obligation vaccinale pour les adultes est une hypothèse «tout à fait possible»

Interrogé sur le scénario d’une obligation vaccinale, Emmanuel Macron a répondu : «C’est tout à fait possible. Cette hypothèse existe, bien sûr». Le président a indiqué qu’il examinera «dans les prochaines semaines» cette piste, soutenue notamment par les socialistes et les centristes du MoDem. Il estime toutefois que la France est déjà «quasiment» dans cette situation, compte tenu des 91% de majeurs doublement vaccinés.

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● Une ambition pour la France qui va «d’évidence» au-delà d’avril 2022

Une ambition pour la France qui, «d’évidence», va «au-delà du mois d’avril prochain». Selon Emmanuel Macron, le moment d’entrer en campagne n’est pas encore venu, même s’il a lui-même des fourmis dans les jambes. «Si j’étais aujourd’hui un candidat comme les autres, je ne pourrai pas prendre des décisions que je dois prendre en compte tenu la situation sanitaire», a-t-il affirmé. «Il faut aussi qu’en mon for intérieur, in petto, (cette décision) se consolide (…) avant de donner une réponse sincère et ferme», a-t-il également indiqué.

● Pas d’annonce de candidature, mais une volonté de «projeter le pays à dix ans»

Un pas de plus vers le grand saut. S’il n’a pas encore officiellement annoncé sa candidature à la présidentielle de 2022, Emmanuel Macron a expliqué qu’il voulait «projeter le pays à dix ans». Soit au terme d’un second quinquennat. «Je ne pense pas, je n’ai jamais pensé, qu’on pouvait transformer un pays en cinq ans. Donc j’essaie de me projeter», a-t-il insisté, tout en précisant qu’il «agirait jusqu’au dernier quart d’heure». «Les (autres) candidats font de la politique», a-t-il enfin glissé, estimant que cela n’était pas son rôle.

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● Un quinquennat pour «mieux aimer» les Français, et aimer «follement» la France

Le président a beau ne pas être officiellement candidat à sa succession, il a livré une déclaration d’amour aux Français. Interrogé sur ce qu’il aurait appris à leurs «côtés» pendant près de cinq ans, il a répondu : «Sans doute à mieux les aimer». «Avec plus d’indulgence et de bienveillance», a-t-il précisé, concédant avoir «parfois» été «dur». Il a ajouté plus tard : «Quand j’ai été élu, j’aimais la France. Et là je peux vous dire : je l’aime encore plus follement». Avant de louer les «ressorts extraordinaires» d’un peuple qui «peut faire confiance à un jeune homme de 39 ans», l’âge auquel il a été élu en 2017.

● Une attaque voilée à Pécresse sur les finances publiques et les fonctionnaires

Les attaquer, sans les nommer. L’annulation de la dette publique défendue par la gauche radicale – une proposition «irresponsable» -, et les réductions drastiques des dépenses avancées par la droite – une «option père Fouettard» -, ont toutes deux été ciblées. Emmanuel Macron a également contesté toute suppression massive de postes de fonctionnaires, alors que la candidate LR Valérie Pécresse propose d’en retirer 150.000 dans l’«administration administrante». «Lesquels ? Où ? Il faut du sérieux», a-t-il asséné, en défendant une diminution «appropriée», qui préserve les militaires, enseignants, magistrats et policiers.

● L’immigration zéro, défendue par Zemmour, jugée comme une «absurdité»

Emmanuel Macron a sèchement répondu à Éric Zemmour. Évoquant la théorie d’un «grand remplacement» de la civilisation européenne, menacée de bascule par la culture arabo-musulmane, le président a affirmé : «Je ne crois pas au grand remplacement». Le chef de l’État a également jugé que «l’immigration zéro» défendue par le candidat nationaliste représentait une «absurdité». «Il n’y a jamais eu d’immigration zéro», a-t-il souligné. Le président a jugé qu’il fallait avant tout poursuivre «le travail d’intégration», considérant que «ces dernières années, nous n’avons bien intégré».

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● Un mea culpa sur les petites phrases «inacceptables», qui ont pu «blesser»

Il a «appris». Souvent critiqué pour ses «petites phrases», Emmanuel Macron a déploré la «décontextualisation» de certains de ses propos, comme lorsqu’il a conseillé à un jeune chômeur de «traverser la rue» pour trouver un emploi en 2018. Mais le président a reconnu avoir pu «blesser des gens», prenant en exemple ses mots de 2017 sur ceux «qui réussissent et ceux qui ne sont rien». «On ne peut pas dire ça», a-t-il admis, reconnaissant une sortie «inacceptable». «Je pense qu’on peut bouger les choses sans blesser des gens», a-t-il estimé.

● Ses «erreurs» font qu’il n’est pas «pour rien» dans la crise des «gilets jaunes»

Être au pouvoir confère des responsabilités. «Je ne vais pas vous dire que je ne suis pour rien dans la crise des “gilets jaunes” », a admis Emmanuel Macron, estimant «qu’il y a eu des erreurs qui ont été faites». Reconnaissant une accumulation de mesures qui, mises bout à bout, a favorisé l’apparition de cette crise, le président a défendu le bien-fondé des 80km/h, «une bonne décision pour la sécurité routière». «Simplement, c’est arrivé à un moment où nos compatriotes n’ont pas compris cette décision», a-t-il conclu.

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● Favorable à ce que «trois grands régimes» remplacent les régimes spéciaux

Sans le Covid, la réforme aurait vu le jour. Désormais, bien qu’il y ait toujours «besoin de (la) conduire», c’est un autre texte qui est en préparation. S’il «est maintenant clair qu’il nous faudra travailler plus longtemps», il faut, selon Emmanuel Macron, «adapter le temps de vie au travail aux difficultés de certaines tâches» et «repenser le travail des seniors». Autre point essentiel : «Simplifier nos règles et aller vers une sortie des régimes spéciaux», détaille encore le président qui veut «pour la fonction publique, les salariés et les indépendants, trois grands régimes».

«On a parlé d’une affaire d’État», or l’affaire Benalla «fut une affaire d’été»

Le temps a passé, mais sa vision reste la même. «On a parlé d’une affaire d’État, ce fut plutôt sans doute une affaire d’été», a considéré Emmanuel Macron au sujet de l’affaire Benalla, car l’«État lui-même» n’a pas été «mis en cause» selon lui. «Qu’est-ce qu’il en est sorti ? Ça a fait pschitt», a-t-il enchéri. S’il reconnaît un «moment très pénible», il assure que son ex-collaborateur «n’a pas été protégé au-delà ce qui devait être». Alexandre Benalla a été condamné en novembre à trois ans de prison dont un ferme pour avoir notamment frappé en 2018 un manifestant à Paris, grimé en policier – il a fait appel.



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