Dans les écoles d’ingénieurs aéronautiques, la « déprime existentielle » des étudiants


Dans les écoles d’ingénieurs aéronautiques, la « déprime existentielle » des étudiants

C’est un jeune homme au regard déterminé, qui mène ses combats avec énergie et idéalisme. « J’ai baigné dans le récit aéronautique dès mon enfance. Je jouais avec des hélicoptères, je regardais des films où les héros pilotaient des avions », raconte Nicolas Bourdeaud. Intégrer la prestigieuse ISAE-Supaéro, l’école d’ingénieurs qui forme les bataillons de l’industrie aéronautique française et européenne, était un « rêve ». « Depuis deux ans, j’envisage de quitter l’école. Mais je me dis qu’en restant, je serai mieux armé pour changer le secteur de l’intérieur », dit l’étudiant limousin de 24 ans qui souligne que 1 % de la population mondiale est responsable de la moitié des émissions de CO2 de l’aérien. Un chiffre tiré d’une étude parue en 2020 dans la revue scientifique Global Environmental Change.

Son cas est loin d’être isolé parmi les jeunes ingénieurs en aéronautique appartenant à la génération qui a inventé le mot « flygskam » pour désigner la honte de voler. « Certains de mes camarades ne prennent plus l’avion. On fait ces études pour être acteurs d’une transition : l’aéronautique est vouée à se métamorphoser », abonde Léo Beaugrand, étudiant en 2e année de la même école. Signal faible de cette tendance : en 2020, 710 étudiants du secteur de l’aéronautique, dont 335 de l’ISAE-Supaéro, ont publié une tribune plaidant en faveur de reconversions industrielles et d’une réduction du trafic aérien.

« Moment de bascule »

Le secteur de l’aviation a plongé en chute libre avec le Covid-19. Ses tableaux de bord s’affolent face à l’explosion des vidéoconférences et la montée en puissance de la crise climatique. Pour Tom Semblanet, étudiant en 3e année à l’ISAE-Supaéro, la pandémie a été « un moment de bascule » : « Avant, les problématiques environnementales n’étaient qu’un bruit sourd. Avec les confinements, j’ai eu du temps pour me documenter, j’ai pris conscience de l’ampleur du phénomène. »

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Dans le cadre d’un stage, le jeune homme de 23 ans a travaillé sur l’envoi de sondes sur Mars. « J’ai pris du recul : on est en train de détruire la Terre, et tout ce qu’on fait, c’est déployer des sommes astronomiques pour explorer une planète à des millions de kilomètres ? C’est passionnant, certes, mais nous devrions plutôt mobiliser nos énergies sur des problèmes plus urgents », avance l’étudiant, qui envisage de se reconvertir dans les énergies renouvelables.

« Le débat est particulièrement clivant, avec des questionnements brutaux remettant en cause l’existence même du secteur », résume Mathy Gonon, directeur des études de l’ENAC

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