Le plaidoyer d’un président Macron presque-candidat


Editorial du « Monde ». Un œil sur le Covid-19, l’autre sur la campagne présidentielle, Emmanuel Macron s’est livré, mercredi 15 décembre, sur TF1 et LCI, à un très long plaidoyer. Avant même d’être délivré, l’exercice avait mis les nerfs de ses adversaires à vif, et pour cause : le président n’est pas encore candidat mais il est déjà de plain-pied dans la campagne. Refusant de se laisser engluer dans la gestion de la crise sanitaire, il pare les coups et mène l’offensive sans jamais désigner nommément ses adversaires mais en en ciblant une en particulier, Valérie Pécresse, la candidate Les Républicains (LR), devenue la plus dangereuse depuis sa victoire à la primaire.

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A moins de quatre mois de l’élection présidentielle, le plus jeune président de la République française ne veut pas se laisser dérober par la droite le Graal du mouvement et de la transformation. Il doit pour cela argumenter, prouver que son mandat, marqué par une singulière rupture – la politique du « quoi qu’il en coûte » après la libéralisation de l’économie – n’a pas été un « quinquennat pour rien », comme l’affirme la présidente de la région Ile-de-France. Les bons résultats économiques de l’année – forte croissance et chute du chômage – plaident pour lui.

Face au procès en immobilisme, il peut opposer à la droite la réforme de la haute fonction publique et celle de l’assurance-chômage. Mais un gros manque ternit le bilan : la retraite par points, annoncée il y a quatre ans et non réalisée. Pour combler le vide, le président candidat élargit le spectre, en enjambant l’échéance d’avril 2022. Il dessine une nouvelle réforme des retraites qui ne ressemble plus que de très loin à celle de 2017. Il y ajoute le financement de la dépendance, autre chantier en déshérence. Il assure aussi vouloir changer la gouvernance de l’hôpital, projette des innovations dans la gestion de l’éducation et de la formation qui continueront d’être la grande priorité. Ce faisant, il pose ses thèmes de campagne avec, en filigrane, ce message : puisque « quelque chose est en train de changer », à quoi bon changer de pilote ?

Le moteur d’une transformation intime

Sa posture reste, comme en 2017, celle d’un transformateur qui veut réhabiliter le succès, le mérite et la responsabilité. Le réveil de la droite ne lui fait cependant pas oublier que ce sont des électeurs de gauche qui l’ont fait élire il y a quatre ans. En récusant l’attitude de « père Fouettard » face à la dette, en condamnant la brutalité de la candidate LR qui veut tailler « à la hache » dans les effectifs de la fonction publique, en louant les valeurs « d’entraide » et « de solidarité », il donne des gages aux sociaux-démocrates.

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Reste le plus dur, corriger son image pour atténuer le niveau de rejet que son nom suscite dans plusieurs strates électorales. Le spectre de Valéry Giscard d’Estaing, autre modernisateur mal-aimé des Français, battu en 1981, rôde. Pour l’éloigner, Emmanuel Macron use de tous les registres : le mea culpa après les phrases malheureuses du début de mandat, mais aussi le plaidoyer lorsqu’il affirme que ses « valeurs ne sont pas celles d’un président des riches ».

Le président sortant tente surtout de faire valoir que les crises traversées au côté des Français ont été le moteur d’une transformation intime : il serait moins fougueux, plus humain. L’insistance à vouloir le dire montre cependant que là est bien son talon d’Achille.

Le Monde



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