Dans les écoles de théâtre, la génération Covid-19 entre espoir et inquiétude


Dans les écoles de théâtre, la génération Covid-19 entre espoir et inquiétude

C’est un mercredi après-midi presque ordinaire à l’école du Théâtre national de Strasbourg (TNS). Douze élèves, en jogging et pieds nus, tissent une immense toile d’araignée autour de chaises d’écolier. Chacun a choisi la couleur de sa pelote de laine, achetée le matin même au marché par le danseur et chorégraphe Thierry Thieû Niang. « Vous êtes des tisserands, soyez curieux de l’espace, dansez à l’intérieur, expérimentez la résistance, l’élasticité… », entonne l’intervenant, qui dirige un atelier de recherche autour du mouvement pour ces jeunes comédiens du groupe 46 – le numéro de la promotion.

A force de ramper, glisser, sauter, déambuler, tous finissent par constituer un maillage solide, un cocon hors du temps et protecteur. A l’image de leur précieuse formation, au sein de laquelle 25 élèves sont recrutés deux années sur trois, par le biais d’un concours ultra-sélectif (en section jeu, on compte en moyenne 950 candidats pour douze places). Dans chaque promotion – deux seulement cohabitent en même temps au TNS –, six acteurs et six actrices, deux metteurs en scène, un dramaturge, quatre scénographes costumiers et six régisseurs créateurs s’exercent en trois ans aux différents métiers du spectacle vivant.

Lire l’enquête : Article réservé à nos abonnés Le difficile retour à une vie culturelle normale

Un cadre et des anges

Covid-19 oblige, le groupe 46 ne sortira pas en juin prochain comme prévu, mais en décembre 2022. Une manière de rattraper le temps perdu à cause des confinements et des fermetures de théâtres, tout en évitant d’arriver sur le marché du travail en plein embouteillage de spectacles. Le saut dans le grand bain devrait être amorti par quelques derniers filets de sécurité.

« C’est vrai que ça fait très peur, observe Emilie Lehuraux, 22 ans, en section jeu. Le monde du travail n’était déjà pas glorieux, mais là il est tremblant. » Rassurée de jouer les prolongations, cette fille de vétérinaires, qui a grandi dans un milieu rural en Bourgogne, dit aussi sa « confiance aveugle dans l’école » : « On a plein de petits anges qui nous accompagnent pour la suite, on a un territoire de recherche immense, un cadre et beaucoup de moyens mis à notre disposition… c’est très confortable. »

« A la roulette de la vie, j’ai pris le métier qui avait l’air le plus cool. On fantasme sur un premier rôle de Racine, mais on est souvent engagés sur des petites partitions. » Emilie Lehuraux, 22 ans

Comme les douze autres écoles nationales supérieures d’art dramatique en France, celle du TNS prépare notamment au diplôme national supérieur professionnel de comédien (DNSPC), reconnu par le ministère de la culture. Elle fait aussi partie des six écoles abritées dans des théâtres nationaux ou des centres dramatiques nationaux (CDN) – avec les écoles de Lille, Rennes, Bordeaux, Limoges et Saint-Etienne – qui cultivent une porosité salutaire avec ces lieux de création pour des élèves en quête de premiers cachets.

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