Le Portugal soulagé par le feu vert de Bruxelles à la restructuration de TAP


Le feu vert accordé mardi soir par la Commission européenne au plan de restructuration de TAP Air Portugal, chiffré à 2,55 milliards d’euros, a été accueilli comme un succès par le gouvernement de Lisbonne ainsi que par les salariés de la compagnie.

« Nos arguments ont été bien reçus, le travail du gouvernement portugais est fait et les résultats sont bons », s’est félicité le ministre des Infrastructures, Pedro Nuno Santos. « On ne nous a pas imposé de nouveaux licenciements, de nouvelles coupes salariales ni une nouvelle réduction de la flotte » de TAP, a-t-il précisé lors d’une conférence de presse.

Lisbonne attendait avec impatience que Bruxelles approuve le plan de restructuration qui lui avait été soumis en décembre 2020, et qui prévoyait déjà d’importantes économies de la part du transporteur, dont les difficultés financières se sont accrues avec la crise sanitaire.

Ce plan « viendra mettre la compagnie sur la voie de sa viabilité à long terme », a considéré la commissaire européenne chargée de la Concurrence, Margrethe Vestager.

La commissaire européenne chargée de la Concurrence, Margrethe Vestager, à Bruxelles, le 10 novembre 2021 (POOL/AFP/Archives - STEPHANIE LECOCQ)

La commissaire européenne chargée de la Concurrence, Margrethe Vestager, à Bruxelles, le 10 novembre 2021 (POOL/AFP/Archives – STEPHANIE LECOCQ)

Concrètement, Bruxelles a accepté que le prêt d’urgence de 1,2 milliard d’euros accordé à TAP l’année dernière soit converti en capitaux propres. L’Etat portugais, qui redeviendra l’actionnaire unique de la compagnie, pourra ensuite faire une nouvelle injection de fonds publics de 990 millions d’euros et se porter garant d’un prêt de 360 millions d’euros.

– « Sacrifices » des salariés –

La Commission a également autorisé le versement de 107,1 millions d’euros supplémentaires pour pertes provoquées par la pandémie de Covid-19, alors que le compagnie avait déjà touché 462 millions d’euros à ce titre.

En contrepartie, TAP devra se scinder de sa filiale Portugalia, se défaire des activités d’entretien qu’elle détient au Brésil et encore céder les parts qu’elle détient dans le bagagiste Groundforce, qui a récemment déposé son bilan, puis dans une société de restauration.

En outre, la compagnie nationale devra libérer des créneaux de décollage et d’atterrissage à l’aéroport de Lisbonne à un concurrent qui sera choisi sur concours. Le transporteur à bas prix Ryanair, qui avait contesté l’aide accordée à TAP devant la justice européenne, avait également réclamé publiquement que la compagnie portugaise mette fin au « blocage artificiel » de ses créneaux.

Lors d'une manifestation de salariés de TAP Air Portugal contre la suppression d'emplois au sein de la compagnie, le 9 décembre 2020 à Lisbonne (AFP/Archives - PATRICIA DE MELO MOREIRA)

Lors d’une manifestation de salariés de TAP Air Portugal contre la suppression d’emplois au sein de la compagnie, le 9 décembre 2020 à Lisbonne (AFP/Archives – PATRICIA DE MELO MOREIRA)

La décision de Bruxelles représente « une victoire de tous les travailleurs de TAP », a néanmoins réagi Henrique Moura Martins au nom du Syndicat du personnel de vol de l’aviation civile (SNPAC), en rappelant « tous les sacrifices qui ont été faits pour assurer l’avenir de la compagnie ».

Depuis fin 2019, TAP a déjà licencié quelque 2.900 salariés et ceux qui sont restés subissent des coupes salariales de 25 à 50%.

– Campagne électorale –

A l’issue de ce plan de restructuration, TAP Air Portugal redeviendra à 100% publique car son actionnaire privé, qui détient par ailleurs le groupe de transport routier et ferroviaire Barraqueiro, ne conservera qu’une participation dans la holding TAP SGPS.

Privatisée à hauteur de 61% en 2015, sous un gouvernement de droite qui a mis en œuvre un vaste programme de rigueur budgétaire, TAP est repassée sous contrôle public dès que la gauche est arrivée au pouvoir l’année suivante.

Le Premier ministre portugais Antonio Costa à son arrivée à Bruxelles pour un sommet européen, le 16 décembre 2021 (POOL/AFP - Kenzo Tribouillard)

Le Premier ministre portugais Antonio Costa à son arrivée à Bruxelles pour un sommet européen, le 16 décembre 2021 (POOL/AFP – Kenzo Tribouillard)

La conclusion de ce dossier épineux arrive à point nommé pour l’exécutif du Premier ministre Antonio Costa, qui briguera un nouveau mandat lors des élections législatives anticipées prévues le 30 janvier.

Le feu vert de Bruxelles « témoigne de la confiance en l’avenir de notre compagnie nationale », a réagi sur Twitter le chef du gouvernement socialiste alors que son rival du centre droit, Rui Rio, cite souvent la gestion de TAP pour critiquer son bilan.

« C’est une mauvaise solution de fermer TAP après les montants élevés qui y ont été enterrés, et c’est une mauvaise solution de la conserver car il faut y mettre encore beaucoup d’argent », a déclaré M. Rio dimanche lors d’un discours qui a clôturé le congrès de son parti et marqué le coup d’envoi de sa campagne électorale.



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