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A Reichshoffen, la normalisation de l’extrême droite sur fond de lassitude des électeurs


La ligne d’assemblage des wagons du RER B dans l’usine Alstom de Reichshoffen (Alscace), le 4 octobre 2019.

En 2020, le village de Reichshoffen, dans le Bas-Rhin, avait été placé, bien malgré lui, sous les feux des projecteurs, à la suite de la décision du groupe Alstom de se séparer de son site d’assemblage des trains régionaux. Une usine employant 740 salariés, « considérée comme la plus adaptable du groupe, avec un état d’esprit de travail et de disponibilité important. Les ouvriers avaient alors le sentiment de ne pas être considérés par le siège à leur juste valeur », se rappelle Hubert Walter, le maire (divers droite) de la commune de 5 400 habitants. L’histoire, finalement, se termine bien, avec la reprise à venir de l’usine par le groupe espagnol CAF, acteur de poids sur le marché du train régional. Mais l’épisode aura marqué les esprits. Faut-il y voir un lien ? Le 24 avril, 54,44 % des électeurs de Reichshoffen ont placé Marine Le Pen en tête lors du second tour de l’élection présidentielle.

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Pour Frédéric Reiss, député (Les Républicains) de la circonscription, c’est avant tout le signe que, dans la région, le vote ouvrier est devenu un vote Le Pen. Le phénomène n’est pas nouveau. Cela fait longtemps que le Front national, désormais Rassemblement national (RN), s’est ancré dans ce territoire du nord de l’Alsace. Avec moins de 8 % d’habitants vivant sous le seuil de pauvreté, le bassin d’emploi de Reichshoffen ne fait pourtant pas partie des secteurs les plus pauvres. Le taux de chômage (4,8 %) y est bien inférieur à la moyenne départementale. L’activité y est dynamique, les difficultés de recrutement de plus en plus prégnantes. Mais le taux d’équipement de ce territoire à la fois rural et industriel est inférieur à la moyenne nationale. « Les crises inflationnistes et autres handicapent beaucoup plus les ruraux que les citadins, confirme Hubert Walter. Les gens ont aujourd’hui du mal à joindre les deux bouts, ils ont le sentiment d’être des citoyens de seconde zone. Nous-mêmes, élus ruraux, nous devons nous battre pour avoir une écoute à certains niveaux. »

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Le Pen considérée comme moins extrême

A Reichshoffen, le RN est ainsi entré dans les mœurs. Les scores enregistrés par l’extrême droite n’émeuvent plus que quelques rares électeurs de gauche. C’est le cas de Julie, sage-femme à l’hôpital de Strasbourg-Hautepierre : « Mon triste constat aujourd’hui, c’est qu’il n’y a plus de gauche. Tout ce qu’on nous propose face à Macron, ce sont les extrêmes. Au premier tour, j’ai peut-être donné ma voix au PS pour la dernière fois ! » « Les électeurs du RN, ce ne sont pas des racistes comme avant, relativise, quant à lui, Okan Cakir, 31 ans, gérant du döner kebab du village. Je connais même des Turcs qui ont voté pour le RN, parce qu’ils ne sont pas contents de Macron. Moi-même, je n’ai rien à lui reprocher, il a beaucoup aidé les restaurateurs pendant le Covid. Mais la politique, ça ne fait jamais l’objet de discussions ici. » A table, un trentenaire confirme : « Je suis d’origine turque et j’ai voté Le Pen, pour qu’il y ait du changement. »

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