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Benoît Potier, le patron d’Air liquide, croit en l’hydrogène vert


Ces deux dernières années, il s’était senti frustré. En raison de la crise sanitaire, l’assemblée générale d’Air liquide (23,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires) s’était tenue par écrans interposés et Benoît Potier avait été privé de rencontres avec les actionnaires. Mais ce mercredi 4 mai, au diable le Covid, le PDG du géant des gaz industriels a retrouvé ses chères têtes grises au Palais des Congrès de Paris. Petite différence avec les autres années, le boss n’est pas seul à la tribune. Il est accompagné du directeur général adjoint François Jackow. Ce dernier, pur produit maison et très proche du PDG, prendra la direction générale le 1er juin. Benoît Potier occupera alors le poste de président. Une succession en douceur, sans bruit, à l’image d’Air liquide. A l’image de Benoît Potier.

Héros de Le Maire

A la tête du groupe depuis plus de vingt ans, ce centralien, père de trois filles, grand-père de deux petites filles, est un des patrons les plus discrets du CAC 40. Il y a deux mois pourtant, alors qu’il lançait en Seine-Maritime la plus grande unité du monde de production d’hydrogène vert, Benoît Potier est passé, à son corps défendant, de l’ombre à la lumière. La faute à Bruno Le Maire. Dans un discours, devant les officiels, le ministre de l’Economie et de la Relance a trahi un secret connu des seuls initiés: « En tête de tous ces salariés qui ont cru à cette stratégie hydrogène, je voudrais citer un homme en particulier sans lequel nous ne serions pas là et sans lequel cette stratégie européenne d’hydrogène décarboné serait restée lettre morte, c’est le PDG d’Air liquide Benoît Potier. Applaudissez-le. » Assis au premier rang, l’intéressé n’a pas cillé.

Masquer ses émotions, il sait faire. Dans une vie précédente, il fut comédien. Aujourd’hui, il se produit dans des cercles de réflexion très pointus (Le Siècle, France Industrie, Conseil de l’innovation, European Round Table…). Mais c’est tout. Soucieux de l’allocation de son temps, il évite de se disperser. S’afficher dans les colloques, mettre son nom au bas d’une pétition (il a récemment refusé de signer celle de Challenges sur les mathématiques), donner son avis sur la marche du monde, très peu pour lui. « Je préfère être dans la substance plutôt que dans la forme », dit-il. « J’ai demandé à Benoît Potier de communiquer davantage, indique Agnès Pannier-Runacher, ministre de l’Industrie. Il m’a répondu que ce n’était pas dans la culture d’Air liquide. »

Défi à sa mesure

Air liquide, l’entreprise de sa vie. Le PDG y a passé plus de quarante ans. Un groupe qui, depuis sa cotation en 1913, n’a pas connu de pertes et assure à ses actionnaires des rendements réguliers: 11,4% par an sur vingt ans, 12,3% sur dix ans, 14,8% sur cinq ans, quels que soient les aléas de la conjoncture (récession, crise sanitaire, guerre). Verdict de Xavier Regnard, analyste chez Bryan, Garnier & Co: « Air liquide ne fait pas d’étincelles, mais, sur le long terme, l’entreprise surperforme. C’est propre, tranquille, presque ennuyeux. » Il y a cinq ans, la beauté discrète s’est réveillée. La nécessité de décarboner et l’essor de l’hydrogène vert l’ont placée aux premières loges de la transition énergétique. Benoît Potier est alors sorti de sa réserve. Il a pris son bâton de pèlerin et fait campagne auprès des industriels et des pouvoirs publics. Ces derniers ont d’abord fait la sourde oreille puis se sont laissé con vaincre. Le plan hydrogène qui était de 100 millions d’euros en 2018 est passé à 7 milliards. « Sur ce sujet, Benoît Potier a trouvé un défi à sa mesure », commente Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies.

Carrière artistique avortée

Fils d’un cadre de la BNP, le PDG d’Air liquide est le troisième d’une famille de six enfants. Il reçoit une éducation stricte où prédomine bien sûr la valeur travail. En contrepartie du labeur exigé, le jeune Potier bénéficie d’une grande liberté: « Une fois le bagage acquis, on pouvait faire ce que l’on voulait. » Fan des Beatles et des Rolling Stones, il gratte de la guitare électrique et se produit par ailleurs dans une troupe de théâtre. Au festival off d’Avignon, il joue dans une pièce inspirée de Tchekhov puis rejoint la Compagnie dramatique d’Aquitaine où il reste un an.

Comme Boris Vian et le chanteur Antoine, eux aussi diplômés de Centrale, il songe un moment à embrasser une carrière artistique. Mais l’échec au concours de l’Ecole nationale supérieure des arts et techniques du théâtre de la rue Blanche à Paris le fait changer de voie. En 1981, il intègre donc Air liquide où il avait déjà effectué un stage: « Le centre de recherche était tout près de chez moi. » Aux Loges-en-Josas, dans les Yvelines. De quoi s’occupe-t-il?



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