fbpx

une étude décrit les caractéristiques de cas survenus au Royaume-Uni entre 2018 et 2021 – Réalités Biomédicales


une étude décrit les caractéristiques de cas survenus au Royaume-Uni entre 2018 et 2021 – Réalités Biomédicales
Lésions cutanées lors d’une infection par le virus monkeypox, communément appelé virus de la variole du singe. © UK Health Security Agency (UKHSA)

Publiée le 24 mai 2022 dans la revue The Lancet Infectious Diseases, une étude rapporte les caractéristiques cliniques, des données de cinétique virale et la réponse à des traitements antiviraux expérimentaux, provenant de sept patients infectés par le virus de la variole du singe (monkeypox, en anglais). Ces sept patients, cinq jeunes adultes et un enfant de moins de deux ans, ne présentaient pas de comorbidités. Le diagnostic de monkeypox humain avait été établi au Royaume-Uni, entre le 15 août 2018 et le 10 septembre 2021.

Ces sept patients, pris en charge dans des hôpitaux de Liverpool, Londres et Newcastle, ne sont donc pas des cas actuellement observés outre-Manche [1]. Il s’agit néanmoins de cas provoqués par un groupe (clade) du virus monkeypox circulant en Afrique de l’Ouest (West African clade). Une étude phylogénétique réalisée par des chercheurs portugais et publiée le 20 mai sur le site virological.org, précise que le virus du monkeypox de 2022 appartient au clade ouest-africain et qu’il est étroitement apparenté au virus provenant du Nigeria qui avait fait une incursion en 2018 et 2019 dans plusieurs pays (Royaume-Uni, Israël, Singapour).

Le virus monkeypox a été isolé fortuitement en 1958 chez des macaques asiatiques (Macaca fascicularis) importés au Danemark pour les besoins de l’Institut national du sérum de Copenhague, à une époque où l’on utilisait beaucoup de singes et leurs tissus pour étudier l’innocuité des vaccins vivants et inactivés contre le poliovirus. L’enquête sur une épidémie d’éruptions vésiculo-pustuleuses généralisées dans une colonie de singes en captivité au State Serum Institute de Copenhague avait conduit à l’identification de ce virus dans les lésions de ces primates non-humains.

Le virus du monkeypox est un orthopoxvirus dont le génome est composé d’ADN. Il est génétiquement proche du virus de la vaccine et, à un moindre degré, du virus de la variole. Il existe deux groupes génomiques distincts dont le pouvoir pathogène est différent. Une souche est présente dans en Afrique de l’Ouest, tandis que l’autre, beaucoup plus agressive pour l’homme, circule dans le centre de l’Afrique. Cette souche dite « du bassin du Congo » est associée à des formes cliniques plus sévères et a une létalité de 10 %.

La transmission entre individus se produit principalement via des gouttelettes respiratoires et nécessite en général un contact face-à-face. Elle peut également résulter de contacts étroits avec les lésions cutanées d’un sujet infecté, voire par des objets (drap, serviettes de toilette, vêtement, surfaces) récemment contaminés par les lésions d’un patient infecté.

une étude décrit les caractéristiques de cas survenus au Royaume-Uni entre 2018 et 2021 – Réalités Biomédicales
Lésions associées au monkeypox humain. A et D : lésions vésiculeuses ou pustuleuses. B et C : macules (lésions surélevées) touchant les paumes et les plantes des pieds. D et E : lésion sous-unguéale (sous l’ongle). F et G : papules discrètes et petites vésicules. H : la flèche montre un abcès profond. Image obtenue sous échographie pendant le drainage (évacuation du pus).

Mais revenons aux sept patients atteints de monkeypox humain pris en charge en Angleterre d’août 2018 à septembre 2021 qui font l’objet de l’étude observationelle rétrospective conduite par Hugh Adler et ses collègues de l’unité des maladies infectieuses et tropicales de l’université de Liverpool, en association avec l’équipe de Nicholas Price (Guy’s and Thomas’ NHS Foundation Trust). Parmi ces sept patients, quatre ont contracté le monkeypox en dehors du Royaume-Uni, alors que trois ont été infectés dans le pays. Quatre cas sont survenus entre 2018 et 2019. Trois autres sont apparus dans une même famille.

Deux patients (patients 1 et 2) ont été diagnostiqués peu de temps après leur retour du Nigeria. Dans ce pays d’Afrique de l’Ouest, le monkeypox a récemment été responsable de flambées épidémiques et a été associé à une mortalité globale inférieure à 3 %. La plupart des décès ont été rapportés chez les enfants et des adultes jeunes, avec un risque de formes sévères chez des personnes immunodéprimées.

Un troisième patient était un personnel de santé qui a développé une éruption, des céphalées et un mal de gorge 18 jours après avoir été en contact avec le patient 2 alors qu’il ne portait pas de tenue de protection personnelle et qu’il avait reçu six jours après exposition une dose de vaccin contre la variole (vaccin Imvanex, produit par Bavarian Nordic, Danemark) [2].

Ces sept patients ont tous présenté de multiples lésions cutanées : papules (lésion cutanée de quelques millimètres, bien délimitée, en relief), vésicules (bouton avec liquide à l’intérieur), pustules (petite cavité remplie de pus), lésions ulcérées, pustules avec ombilication (présence d’une dépression au milieu d’une pustule) et croûtes, croûtes. Toutes ces lésions ont été trouvées positives pour l’ADN du virus monkeypox par PCR. L’ADN viral a été détecté dans les prélèvements respiratoires des sept patients, dans l’urine de six d’entre eux et dans l’urine de quatre patients.

Les trois premiers patients ont été traités par voie orale par brincidofovir, un médicament antiviral approuvé aux États-Unis dans le traitement de la variole dans la perspective d’une éventuelle attaque bioterroriste. Ce traitement a débuté environ 7 jours après le début des symptômes cutanés. Mais ces trois patients ont vu leur taux de transaminases (enzymes hépatiques) fortement augmenter et aucun n’a finalement terminé le traitement prévu (200 mg trois fois par semaine) par mesure de précaution. Il n’a pas été observé que le brincidofovir confère un quelconque avantage clinique et qu’il a été associé à une anomalie de la fonction hépatique dans tous les cas, résument les auteurs.

Le patient 1 (en 2018) et le patient 4 (en 2019) ont présenté pendant leur hospitalisation des lésions ulcérées au niveau de l’aine et des bourses qui ont été trouvées positives pour le virus monkeypox par la PCR, et ce plusieurs semaines après que le virus n’était plus détectable dans le sang et cicatrisation de toutes les autres lésions. Ces patients sont restés hospitalisés jusqu’à complète disparition des signes cutanés.

Concernant les patients 2 et 3, l’éruption cutanée a totalement disparu en deux semaines, alors que l’ADN du monkeypox restait détectable dans le sang et les voies respiratoires supérieures. Chez le patient 2, l’ADN viral a été détecté dans le sang jusqu’à ce qu’un abcès à la cuisse soit drainé. Chez la patiente 3, les prélèvements respiratoires ont été positifs pendant une longue période. Après sa sortie de l’hôpital au 39e jour, cette femme a été placée en isolement chez elle. Les résultats des prélèvements ne sont revenus négatifs qu’aux 45e et 48e jour de la maladie.

Présence de l’ADN viral dans les voies respiratoires après disparition des lésions cutanées

Il apparaît donc que chez certains patients, la présence de l’ADN viral dans le sang peut être prolongée et que les prélèvements respiratoires peuvent rester positifs après que les lésions cutanées deviennent croûteuses. Les auteurs de l’étude rapportent l’excrétion de l’ADN du virus monkeypox dans les prélèvements respiratoires pendant au moins trois semaines chez trois patients, dont deux étaient traités par brincidofovir.

La contagiosité des patients ayant un prélèvement respiratoire supérieur positif en PCR tout en ayant des lésions cutanées croûteuses reste à déterminer [3]. Il s’agit là d’un important thème de recherches, estiment les auteurs.

Chez le patient 4, une augmentation de volume des ganglions lymphatiques a été observée au niveau de l’aine, alors que l’éruption cutanée avait disparu. Chez cet homme quadragénaire, une lymphadénopathie est apparue à la suite d’une relation sexuelle, environ 6 semaines après sa sortie d’hôpital. Cette augmentation de volume des ganglions est associée à des lésions localisées, pustuleuses et légèrement ulcérées. La PCR recherchant le monkeypox était positive sur ces lésions cutanées ainsi que sur les prélèvements respiratoires.

L’association temporelle entre rapports sexuels, augmentation de volume des ganglions inguinaux et rechute de l’éruption cutanée pourrait suggérer l’existence d’un réservoir génital du virus monkeypox, comme cela a été rapporté pour d’autres virus émergents. Cela dit, cette théorie nécessite d’être confirmée par des recherches supplémentaires, estiment les auteurs.

En 2021, les médecins britanniques rapportent avoir pris en charge une famille dont trois membres ont présenté une infection par le virus monkeypox. Cette famille (le père, la mère, quatre enfants de moins de 10 ans), revenait du Nigeria. Après une période d’auto-confinement après un voyage à l’étranger pour cause de Covid-19, le père a progressivement développé une éruption vésiculeuse qu’il a attribuée à la varicelle. Admis à l’hôpital à la fin de la période de quarantaine obligatoire, il a été diagnostiqué positif pour le virus monkeypox au vu des résultats de la PCR sur le liquide des vésicules. L’ADN viral n’était plus détectable 48 heures plus tard, probablement du fait qu’il avait déclaré la maladie depuis une longue période.

Lorsque le plus jeune enfant (une fillette âgée de moins de 2 ans) a peu de temps après présenté de la fièvre et une éruption cutanée, toute la famille a été admise dans le même service hospitalier. Le père et les trois autres enfants ont quitté l’hôpital de Liverpool après y être restés 21 jours en isolement.

La mère tenait absolument à être présente près de sa petite fille hospitalisée  (patient 6). L’enfant fut alors exceptionnellement transférée dans une unité de soins pour adultes afin que sa mère puisse rester à ses côtés. Les médecins ont un temps envisagé de traiter la fillette par tecovirimat, mais ont renoncé à cette idée du fait que ce médicament antiviral n’est pas approuvé pour un usage pédiatrique et que la dose n’est pas standardisée pour les enfants de moins de 13 kg. Toutes les lésions ont cicatrisé et formé des croûtes au bout de 12 jours. La PCR est restée cependant positive dans les prélèvements respiratoires pendant 20 jours.

Infection nosocomiale et transmission intrafamiliale

Quatorze jours après le début de la maladie de sa petite fille, la mère est tombée malade (patient 7). Elle fait un malaise, a mal à la tête et présente une pharyngite ainsi que des vésicules sur le thorax. Ces lésions sont trouvées positives pour l’ADN du monkeypox à la PCR. Les prélèvements sanguins et respiratoires sont devenus positifs quatre jours plus tard.

Il n’était pas pratique pour la maman de porter 24 heures sur 24 une tenue de protection individuelle tout en restant au chevet de son enfant. C’est la première fois que l’on rapporte une infection nosocomiale à virus monkeypox et une transmission intrafamiliale par ce virus en dehors du continent africain, soulignent les auteurs de l’article.

La maman est restée à l’isolement (à l’hôpital puis à domicile) pendant 35 jours. Les médecins ont décidé de lui proposer un traitement par tecovirimat (600 mg deux fois par semaine) afin de prévenir des complications et /ou raccourcir la durée de l’hospitalisation. Au 7e jour de traitement, la patiente quadragénaire est sortie de l’hôpital et a continué de prendre l’antiviral à domicile. Les médecins apprendront que les trois autres enfants du couple avaient présenté une éruption cutanée vésiculeuse quand ils se trouvaient au Nigeria.

En résumé, cette étude britannique illustre l’importance de maintenir en alerte un réseau de centres collaboratifs pour la détection du monkeypox et montre également que la prise en charge de ces patients mobilise d’importantes ressources hospitalières. Elle souligne également la nécessité de développer des antiviraux pour lutter contre cette maladie tropicale négligée.

Une dernière chose : un moral en berne a été observé chez de nombreux patients. Un trouble de l’humeur qui pourrait n’être qu’une « réaction appropriée et prévisible » à un isolement prolongé de plusieurs semaines sans aucune visite à l’hôpital pour d’évidentes raisons de contrôle des infections, selon les auteurs. Et de conclure qu’ « une anxiété ou une dépression a affecté plus du quart des patients hospitalisés par une infection au virus monkeypox au Nigeria en 2018 ».

Marc Gozlan (Suivez-moi sur Twitter, Facebook, LinkedIn, et sur mon nouveau blog ‘Le diabète dans tous états’, consacré aux mille et une facettes du diabète. Déjà 9 billets) 

[1] En date du 26 mai 2022, l’Agence britannique de sécurité sanitaire (UKHSA) a détecté 8 nouveaux cas de monkeypox en Angleterre. Ces derniers cas portent à 85 le nombre total de cas confirmés en Angleterre depuis le 7 mai. Public Health Scotland a confirmé avoir identifié 3 cas de monkeypox, ce qui porte à 90 le nombre total de cas identifiés au Royaume-Uni. Une proportion notable des cas identifiés à ce jour concerne des personnes homosexuelles, bisexuelles et des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH), précise l’UKHSA.

[2] Ce vaccin, dit de troisième génération, dispose d’une autorisation de mise sur le marché aux États-Unis dans la prévention de la variole et du monkeypox. Deux doses sont administrées par voie sous-cutanée à un intervalle d’au moins 28 jours.

[3] Il est à noter que les auteurs n’ont pas procédé à des cultures virales à partir des prélèvements positifs par PCR afin de démontrer la viabilité des virus excrétés.

Pour en savoir plus :

Adler H, Gould S, Hine P, et al. Clinical features and management of human monkeypox: a retrospective observational study in the UK. Lancet Infect Dis. Published:May 24, 2022. doi : 10.1016/S1473-3099(22)00228-6

Isidro J, Borges V, Miguel Pinto M, et al. First draft genome sequence of Monkeypox virus associated with the suspected multi-country outbreak, May 2022 (confirmed case in Portugal). Virological.org. 2022, May 20.

Hobson G, Adamson J, Adler H, et al. Family cluster of three cases of monkeypox imported from Nigeria to the United Kingdom, May 2021. Euro Surveill. 2021 Aug;26(32):2100745. doi: 10.2807/1560-7917

Grosenbach DW, Honeychurch K, Rose EA, et al. Oral Tecovirimat for the Treatment of Smallpox. N Engl J Med. 2018 Jul 5;379(1):44-53. doi: 10.1056/NEJMoa1705688

Sur le web :

Orthopoxvirose simienne (OMS) 

Monkeypox : vacciner les adultes et professionnels de santé après une exposition à la maladie (HAS) 

Variole du singe : « Cette circulation de la maladie est complètement nouvelle »  (The Conversation)





Lire la suite
www.lemonde.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.