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La RATP avance lentement pour réduire la pollution de l’air



La RATP avance lentement pour réduire la pollution de l’air

Accélérer la cadence. Mercredi 8 juin, l’agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a exhorté les régies de métro à mieux mesurer la qualité de l’air souterrain. L’air respiré est en moyenne trois fois plus chargé en particules fines qu’en surface et bien au-delà des seuils fixés par l’OMS, dénonce le rapport. En cause: le frottement avec les voies, notamment au freinage, qui engendre une dispersion régulière de poussière dans l’air après le passage des rames. 7 agglomérations ayant des réseaux souterrains sont visés : Paris, Lille, Lyon, Marseille, Rennes, Rouen et Toulouse. Et plus particulièrement l’Ile-de-France, où est implantée la RATP. La régie, qui compte 624 stations, est l’un des réseaux les plus denses au monde, avec 12 millions de voyageurs par jour. Mais aussi l’un des plus polluants. “Il est très ancien, des déchets se sont accumulés”, confie Olivier Blond, délégué spécial à la lutte contre la pollution de l’air en Ile-de-France. 

La RATP est “très mobilisée” sur ce sujet, affirme Sophie Mazoué, responsable du développement durable du groupe. A ce jour, aucune loi européenne ne régule les émissions de particules dans le métro. Un manque surprenant, alors qu’en juillet 2021, un avis du Conseil d’Etat avait enjoint le gouvernement à légiférer sur la question dans un délai de…6 mois. “On attend toujours”, soupire Olivier Blond. Pas de quoi empêcher la RATP d’être dans un ”axe d’amélioration continu depuis les années”, insiste Sophie Mazoué. En 1997, le groupe a installé des capteurs pour mesurer l’air dans 3 stations : Franklin D. Roosevelt (ligne 1), Châtelet (Ligne 4) et la gare Auber (RER A). Il a en a déployé deux autres fin 2021 sur des quais du RER A, Châtelet-les-Halles et à Nation. Un projet qui a coûté 1, 2 million d’euros à IDF Mobilités, selon la RATP. Les données sont collectées et consultables par le grand public sur un site dédié

Installation de capteurs de particules ultrafines

Fin mai, Ile-de-France Mobilités a toutefois donné un coup d’accélérateur à la lutte. Et validé un plan d’actions pour améliorer la qualité de l’air. Parmi elles, un contrat signé entre la RATP et l’Observatoire spécialisé AirParif prévoit de mesurer les particules ultrafines (PM 0,1), les plus dangereuses pour la santé humaine. ”Elles pénètrent plus facilement dans nos poumons”, explique Tony Renucci, président de l’association Respire. L’installation des capteurs de particules ultrafines coûtera environ 300.000 euros, estime la RATP. À terme, les données récoltées s’ajouteront à celles de la SNCF et seront rassemblées dans un Open data “consultable par tous” sur le site d’IDF Mobilités, se réjouit Olivier Blond. 

“On part de très loin”

Des mesures “qui vont dans la bonne direction” mais qui sont loin d’être suffisantes, selon Tony Renucci.  “On a équipé 5 stations de la RATP en capteurs sur plus de 300 au total. C’est peu, on part de très loin », fait-il remarquer. En 2021, l’association avait porté plainte devant le tribunal judiciaire pour tromperie aggravée en regard de la pollution de l’air dans les enceintes du métro. Ils se sont basés sur leurs propres études, réalisées en 2019 et 2021. Si cette plainte n’a pas encore été reçue par le Parquet, elle a néanmoins “fait bouger les lignes”, rapporte-t-on à IDF Mobilités. “Il y a une vraie évolution depuis un an et demi », explique l’établissement public. Jacques Baudrier, adjoint à la mairie de Paris (PCF) et administrateur d’Île-de-France Mobilités, n’en est pas moins critique : “Cela fait 10 ans que je demande à la RATP de partager ses données et elle nous balade. Elle n’est pas moteur sur un sujet de santé publique.” L’élu a d’ailleurs voté contre le plan d’actions d’IDF Mobilités, qu’il juge “peu ambitieux”.

Traiter la pollution à la source, au freinage 

Dans le deuxième volet de leur stratégie, IDF Mobilités et la RATP vont plus loin que la seule récolte de données. Ils ont investi 57 millions d’euros pour renforcer la ventilation des rames et des stations. Sur les 345 ventilateurs de la RATP, 40 vont être renouvelés ou remplacés d’ici à 2024. “Sachant qu’un ventilateur permet de réduire de 30 à 60% le taux de particules dans l’air, c’est une avancée”, se félicite Sophie Mazoué. Le groupe teste également une solution mise au point par la start-up Bioxegy, qui permettrait d’augmenter le débit des ventilateurs à l’aide d’un dispositif bio-clipsable. 

Dernier pan de la stratégie, la RATP veut traiter le problème à la source, au freinage des trains notamment. D’abord, tous les nouveaux métros et RER mis en service sont équipés d’un “freinage mécanique”, qui pollue moins que les anciens matériaux. À terme, la régie espère aussi installer de nouvelles garnitures de freins dans les rames de métro, le “Green friction”. Une technologie qui réduirait de 90% les émissions de particules d’après l’entreprise américaine qui l’a développée, Wabtec. Après des tests au banc d’essai de 10 mois, deux nouvelles rames de la ligne A ont été équipées à l’été 2021, pour un an d’expérimentation grandeur nature. “On saura à l’été 2022 si la solution fonctionne”, souligne Sophie Mazoué. De son côté, la SNCF teste un dispositif de captation passive des particules, développé la start-up Tallano sur le RER C. De quoi réduire de 50% les émissions de particules, et non 80% comme cela avait été annoncé initialement.

“Expérimenter, mais jusqu’à quand ?”

90% de réduction des particules pour une solution, 50% pour l’autre… Ces chiffres suscitent scepticisme : “Je veux un laboratoire indépendant qui nous donne l’efficacité de ces technologies”, tempête Jacques Baudrier. Et de fustiger le manque de calendrier précis donné par la RATP : “Ils disent envisager de tester un jour alors que le temps presse. Il faudrait équiper dès aujourd’hui toutes les rames”. Pour lui, pas question de lâcher du lest : “Je continuerai de faire pression jusqu’à ce qu’ils nous donnent un calendrier“. Même méfiance chez Tony Renucci, de l’association Respire : “C’est bien d’expérimenter mais jusqu’à quand ? Quel est le plan qui suit ?”. A la RATP, le ton est serein : “Plus on améliore nos connaissances, plus on avance”, souligne Sophie Mazoué.





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