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Sylvie Pierre-Brossolette: rendre les budgets publics égalitaires



Sylvie Pierre-Brossolette: rendre les budgets publics égalitaires

Dans ses bureaux de la rue de Grenelle, à Paris, Sylvie Pierre-Brossolette reconnaît qu’elle piaffait un peu depuis sa nomination, début 2022. Entre la campagne pour la présidentielle et les élections législatives, la nouvelle présidente du Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes (HCE) était en manque d’interlocuteurs. Voilà enfin le moment venu de pouvoir interpeller le gouvernement nouvellement formé et les futurs députés. Le 7 juin, elle a publié un livret dont le titre ira droit au coeur de Bruno Le Maire, le ministre de l’Economie: Pas d’argent public sans égalité. Plaidoyer pour un financement public au service de l’égalité.

« Trois solutions pour s’attaquer au problème »  

« Les finances publiques ne sont pas neutres », plaide-t-elle dans ce document. On y lit que sur les 470 milliards d’euros du plan de soutien décrété pendant la crise du Covid-19 et les 100 milliards du plan de relance, seule une part minime a bénéficié aux femmes. Or, elles ont été les premières impactées par la crise sanitaire, travaillant souvent en première ligne, et elles sont à 70% les premières concernées par la réduction tendancielle de la dépense publique, indique l’étude du HCE. « Il y a eu beaucoup de promesses pendant la campagne, nous proposons maintenant trois solutions pour s’attaquer au problème », souligne Sylvie Pierre-Brossolette.   

Cette journaliste présente un profil bien différent de la haute fonctionnaire Brigitte Grésy à qui elle succède. Diplômée de Sciences Po Paris, elle a été rédactrice en chef adjointe à L’Express, rédactrice en chef au Figaro magazine et directrice adjointe au Point. Elle a aussi animé des émissions de radio et de télévision. Femme engagée, elle s’est investie pour la cause des femmes tout au long de son parcours professionnel. Membre du cabinet de Françoise Giroud, première secrétaire d’Etat à la Condition féminine sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, elle a présidé pendant six ans le comité « droits des femmes » au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA). Déjà membre du HCE avant d’en devenir la présidente, elle était aussi active auprès de la Fondation des Femmes et présidait le comité d’orientation de la Cité Audacieuse, lieu d’accueil de nombreuses associations féministes, depuis sa création en mars 2020.

Les vertus de l’éga-conditionnalité

Pour son premier combat en tant que présidente du HCE, Sylvie Pierre-Brossolette a donc choisi de taper dans le dur:  les finances publiques, loin d’avoir été exemplaires tout au long de la crise du Covid. « Plus un euro d’argent public ne doit être dépensé sans une contrepartie en matière d’égalité femmes-hommes, explique la journaliste, pour qui il existe trois manières d’orienter les finances ».

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L’éga-conditionnalité est le premier axe figurant dans ses recommandations. Ce système permettrait d’accorder des aides publiques, au niveau de l’Etat comme à ceux des collectivités locales, en contrepartie de dispositions en faveur de l’égalité. L’idée, défendue par le HCE depuis longtemps, n’est pas totalement nouvelle. Mais elle a le mérite d’avoir déjà été testée, avec succès, par le Centre national du cinéma et le Centre national de la musique. « Dans ces domaines d’activité, aucun projet ne peut obtenir de financement public sans inclure un dispositif anti-harcèlement sexuel », souligne Sylvie Pierre-Brossolette.

Des primes pour les acteurs les plus engagés

Dans son plaidoyer, le HCE propose deux autres leviers. La « prime égalité » est un système incitatif, par lequel la puissance publique accepte de majorer les aides aux acteurs les plus vertueux. Un dispositif déjà utilisé pour soutenir certains secteurs, comme l’économie sociale et solidaire, domaine dans lequel les entreprises les plus engagées peuvent bénéficier d’avantages fiscaux et sociaux. Le troisième levier est le « budget sensible au genre », permettant de prévoir une distribution équitable des ressources, après avoir étudié l’impact des mesures budgétaires sur l’égalité. Un sujet sur lequel ONU Femmes et la Commission européenne travaillent depuis plus de vingt ans. Il est plus que temps que la France s’en empare.



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