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« J’ai toujours été investie, mais je n’ai pas trouvé la conviction pour faire le nécessaire cette année », paroles d’électeurs lors du second tour


A Paris, « j’ai voté Nupes la mort dans l’âme », confie Paul, 76 ans

Paul, 76 ans, devant le bureau de vote installé dans l’école Renard dans le 4e arrondissement de Paris, le 19 juin 2022.

Juste en face du Centre Beaubourg, en plein cœur de Paris, Paul et Edith sortent presque en même temps de l’isoloir. L’un et l’autre ont longuement fait la queue pour glisser dans l’urne un bulletin portant un nom… qu’ils n’aiment guère. Mais pas le même.

« Au premier tour, on choisit, au second, on élimine, explique Paul. Moi, j’aurais volontiers éliminé les deux ! Mais j’ai finalement voté Nupes, la mort dans l’âme. » Cet ancien consultant de 76 ans ne porte pas dans son cœur le rassemblement de la gauche, porté ici par l’avocate Caroline Mecary, dans la 7e circonscription de Paris. « C’est une union de pure façade », dit-il. Il s’est interrogé : « Est-ce que je prendrais Mélenchon comme baby-sitter ? Est-ce que je lui prêterais ma mobylette ? Non, jamais ! » Cependant, il se montre encore plus critique avec la majorité présidentielle, représentée par Clément Beaune, le ministre délégué chargé de l’Europe.

« En ancien sous-officier des hussards, j’ai une certaine admiration pour l’ambition, dit en souriant l’homme à la chemise à fleurs. Mais l’ambition ne suffit pas. Il faut un projet. Or, sur des sujets aussi stratégiques que l’éducation ou la santé, le président n’a pas de projet, pas de vision. Il laisse abîmer le modèle social français. » Edith, qui préfère elle aussi rester anonyme, tient un discours assez symétrique. « Je suis de gauche, et Macron n’est vraiment pas ma tasse de thé, confie cette femme, la cinquantaine, qui écrit et traduit des livres. Je n’ai aucune affection particulière pour le jeune homme pour qui j’ai voté, Clément Baune. Mais ma gauche est celle de Blum et de Jaurès. Pas celle de Jules Guesde. »

Si elle s’est résolue à choisir le candidat macroniste, c’est donc avant tout pour s’opposer à Jean-Luc Mélenchon et Caroline Mecary. « Ils représentent une gauche communautariste, qui fractionne la société en s’adressant successivement à des électorats différents, juge-t-elle. C’est l’inverse du message laïque et universaliste pour lequel je me bats tous les jours. »

Thien, 50 ans, devant le bureau de vote installé dans l’école Renard dans le 4e arrondissement de Paris, le 19 juin 2022.

Quelques minutes plus tard, Thien sort à son tour du bureau de vote. Lui a voté pour le candidat de la majorité présidentielle actuelle avec beaucoup moins de réticences. « Entre les grèves, la réforme de la SNCF, le Covid, la guerre, Macron n’a pas eu un mandat facile, et il a plutôt bien géré le pays », estime ce cadre de direction de La Poste. Il ajoute en riant : « Avec la réforme des retraites en vue, la suite va être difficile aussi. Si j’avais été à sa place, je ne me serais pas représenté. »

Dans cette 7e circonscription de Paris, Caroline Mecary est arrivée en tête du premier tour des législatives, avec 41,40 % des voix. Marcheur historique, proche du chef de l’Etat, Clément Beaune (35,81 %) espère néanmoins rattraper son retard, conserver cette circonscription dans le giron de la majorité présidentielle et, du même coup, garder sa place au sein du gouvernement.

Denis Cosnard



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