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ce que l’on sait sur les centaines de plaintes, les enquêtes et l’absence de substances toxiques


Les témoignages se comptent par centaines sur les réseaux sociaux et dans la presse. Le phénomène des « piqûres en soirée » a pris une ampleur nationale avec la multiplication des récits et des plaintes déposées dans toute la France depuis plusieurs mois.

Le scénario est toujours le même : des personnes qui affirment avoir remarqué des traces de piqûre sur leur jambe, leur bras ou leur cou lors d’un concert, un festival, une soirée dans un bar ou dans une discothèque. Puis des étourdissements, des nausées, des malaises pour certaines ; rien pour d’autres, mais toujours beaucoup d’inquiétude.

Rima Abdul-Malak, ministre de la culture, appelant à éviter la « psychose », a déclaré mardi 21 juin sur France Inter :

« Cela reste quand même une énigme cette histoire de piqûres, puisqu’il n’y a ni contamination ni produits qui sont prélevés, ni agression à l’issue de ces piqûres. Mais elles existent vraiment. »

Le point sur ce que l’on sait sur ce phénomène, plusieurs mois après les premiers témoignages.

Plus de 800 plaintes partout en France

Des cas de piqûres survenues lors de moments festifs ont été rapportés à Lille, Béziers, Nantes, Rennes, Strasbourg, Grenoble, Nancy, Lyon, Bastia, Besançon, Valence ou encore Toulouse. Très récemment, des cas ont aussi été mis en évidence au Hellfest, l’un des plus importants festivals de musique en France, organisé à Clisson, en Loire-Atlantique. D’autres victimes se sont signalées mardi soir, lors de la Fête de la musique, comme à Roanne, dans la Loire. Même les habitants de Pexiora (Aude) ont été confrontés au phénomène lors de la fête de ce petit village de 1 256 habitants.

Plus de 800 plaintes ont été déposées en France et 1 098 témoignages ont été recensés au 16 juin, a fait savoir la Direction générale de la police nationale (DGPN).

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Une note de synthèse de la DGPN datée du 7 juin et consultée par l’Agence France-Presse évoque « un mode opérateur » ne faisant pas de distinction entre les hommes et les femmes. Les marques de piqûres se situent sur « les bras », « les fesses », « le dos », sans que les victimes ne voient leur agresseur.

Cette note décrit « des effets immédiats » mais aussi des « effets retardés », avec parfois des « marques de bleus » autour du point rouge caractérisant la piqûre. Les symptômes sont variés et vont « des maux de tête » aux « bouffées de chaleur » en passant par des « vertiges » voire une « perte de connaissance ».

Des recherches de substances toxiques négatives

L’Office anti-stupéfiants (Ofast) est chargé, depuis quelques semaines, de centraliser « le nombre de faits et les éléments qualitatifs ». Si des investigations devaient conduire à la mise en lumière d’un trafic organisé, l’office saisirait les juridictions interrégionales spécialisées concernées.

Pour l’heure, aucun élément probant n’a cependant été mis en évidence par les enquêteurs pour expliquer le phénomène. « Lorsque les actes sont signalés, des prélèvements sont réalisés en priorité » avant même le dépôt de plainte, selon la DGPN.

Jusqu’à présent, les analyses n’ont relevé « aucune trace de GHB », surnommé la « drogue du viol », et les victimes n’ont pas fait état d’actes « d’agression sexuelle ou de vol consécutifs à la piqûre », assure la DGPN. Les analyses toxicologiques ont parfois révélé « une alcoolémie » ou des « traces de cannabis », dont la victime avait reconnu la consommation.

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Le seul cas de détection d’une potentielle substance injectée a eu lieu à Châlons-en-Champagne, dans la Marne, où « un examen est revenu avec une trace de médicament courant, type anxiolytique léger, non consommé par la victime », selon le parquet.

Ces affaires ne sont pas sans rappeler celles qui inquiètent le Royaume-Uni depuis l’automne, après une vague de témoignages d’étudiantes droguées à leur insu par injection en boîtes de nuit. Dans un rapport parlementaire, publié fin avril, les députés britanniques font état de 1 382 cas recensés entre septembre 2021 et janvier 2022, mais les analyses toxicologiques n’ont pas été plus probantes qu’en France et personne n’a été inculpé. Les parlementaires ont appelé à accentuer la sécurité à l’entrée des lieux de fête, à renforcer les moyens de dépistage pour mieux cerner le phénomène et à mieux accompagner ceux qui se déclarent victimes. Le rapport souligne que moins d’un tiers d’entre eux ont porté plainte.

Trois mises en examen à Toulon

Les enquêtes en cours ont, pour l’heure, abouti à la mise en examen de trois personnes dans deux affaires distinctes à Toulon.

Le premier est un homme de 20 ans mis en examen et placé en détention provisoire, le 6 juin, dans le cadre d’une information judiciaire ouverte après qu’une vingtaine de spectateurs qui assistaient à l’enregistrement d’une émission de TF1 sur une plage du Var ont affirmé avoir été victimes de piqûres. Une agente de sûreté qui travaillait sur le site a été hospitalisée. « Elle a été victime d’un malaise mais nous n’avons pas pu encore déterminer si ce malaise était lié à une substance nuisible introduite dans la seringue où à la situation de stress qu’elle venait de connaître », a précisé le procureur de Toulon, Samuel Finielz, début juin.

Dans une deuxième affaire, concernant une jeune femme qui a affirmé avoir été piquée lors d’une soirée en boîte de nuit à Sanary-sur-Mer (Var), deux hommes ont été mis en examen et écroués le 20 juin. La jeune femme avait fait des malaises « immédiatement après les faits et dans la semaine qui a suivi », selon le procureur. Des affections médicales confirmées par un médecin légiste, « ce qui laisse quand même à penser qu’il y a eu une administration de substances nuisibles », a poursuivi le procureur. Les résultats des examens toxicologiques sont toujours attendus.

La victime avait dénoncé deux individus et l’exploitation des bandes de vidéosurveillance de la boîte de nuit a « permis de repérer les agissements de deux personnes conformes à ce que décrivait la victime », selon le procureur de Toulon. Chez le second suspect, les enquêteurs ont trouvé quatre seringues, deux aiguilles et des ampoules injectables contenant un médicament délivré uniquement sur ordonnance.

A l’inverse, à Orléans, une enquête pour « dénonciation calomnieuse » a été ouverte début juin après la plainte d’une jeune femme de 19 ans qui assurait avoir été piquée lors d’une soirée en discothèque. Selon le parquet, elle disait avoir « ressenti une vive sensation de brûlure dans l’avant-bras, s’être affaiblie au point de ne plus être en mesure de bouger et de perdre connaissance » et elle « présentait une trace rougeâtre s’apparentant à une trace de piqûre ». Les investigations menées par les gendarmes et les auditions de la victime, de ses amis et des videurs de la discothèque ont finalement « établi que les allégations de la plaignante n’étaient pas vraisemblables », selon la procureure Emmanuelle Bochenek-Puren.

Quelles sont les pistes d’explication ?

La recherche de toxiques est compliquée par les délais. Certaines substances, et notamment le GHB, disparaissent de l’organisme en quelques heures. C’est pourquoi le CHU de Dijon conseille à ceux qui pensent être victimes d’une piqûre de « ne surtout pas uriner avant prise en charge » et de « rejoindre un service d’urgences le plus rapidement possible ».

Autre hypothèse : les substances injectées sont déjà naturellement présentes car sécrétées par le corps humain, comme l’insuline ou l’adrénaline. Elles passeraient donc inaperçues dans les analyses.

Il est aussi possible que rien n’ait été injecté aux victimes lors de ces piqûres, souvent décrites comme très rapides, voire que ces dernières n’aient même pas été réalisées avec des seringues.

Lors de la Feria de Nîmes, début juin, 47 cas ont par exemple été recensés par la Croix-Rouge. « Mais ça ne veut pas dire que 47 personnes ont été volontairement piquées, même par des imbéciles qui jouent à faire peur. C’est simplement des personnes qui croient avoir été piquées et qui peuvent avoir été griffées ou qui ont été prises de malaise sans qu’il y ait un lien avec des piqûres », a expliqué à l’Agence France-Presse Mounir Benslima, chef de l’unité de médecine légale du centre hospitalier universitaire.

Les effets de panique sont, eux, bien réels, et ils préoccupent le monde de la nuit et celui de la culture, déjà fragilisés par des baisses de fréquentation depuis le début de la pandémie de Covid-19.

Le Monde avec AFP



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