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Le baccalauréat au défi d’une inflation « irrépressible » des notes


Des élèves de terminale découvrent les sujets de l’épreuve de philosophie du baccalauréat général, au lycée Paul-Eluard, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), le 15 juin 2022.

C’était une vieille antienne, c’est devenu une réelle inquiétude. Le baccalauréat a-t-il moins de valeur qu’auparavant, voire plus du tout ? A la faveur des deux années d’épidémie de Covid-19, 98,4 % des candidats ont été admis au bac général en 2020 – une année où aucune épreuve n’a pu se tenir – et 97,5 % ont été reçus en 2021, avec, cette fois, une épreuve de philosophie et un grand oral.

Mais ce qui devait être une exception est peut-être en train de devenir une habitude : le week-end des 11 et 12 juin, des correcteurs d’épreuves de spécialité ont eu la surprise de voir leurs notes rehaussées jusqu’à deux points dans le logiciel de correction et de transmission des notes, Santorin, alors qu’ils avaient verrouillé leurs saisies. Selon nos informations, cette pratique a plus ou moins été observée dans toutes les spécialités, mais à des degrés divers, touchant plus volontiers les sciences humaines.

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L’éducation nationale a reconnu un « défaut de communication » qui a pu donner aux correcteurs le sentiment de notes modifiées dans leur dos. L’institution a confirmé qu’une « harmonisation », selon le terme consacré, avait bien été opérée pour égaliser les notes de spécialité, sans qu’une consigne nationale de rehaussement des résultats n’ait été donnée. Rien d’anormal, assure-t-on. De même, si certains correcteurs ont été surpris de voir leurs notes remonter dans le logiciel, c’est parce qu’ils ne sont pas tous convoqués dans ces commissions « composées d’inspecteurs d’académie-inspecteurs pédagogiques régionaux et de correcteurs », indique la direction générale de l’enseignement scolaire. En outre, depuis cette année, l’outil permet de « voir » physiquement ses notes remonter dans le logiciel. « Seul l’outil change », assure l’éducation nationale.

Mais les correcteurs ne l’entendent pas de cette oreille. D’abord parce que cette « égalisation purement statistique », selon le mot de certains d’entre eux, n’a que peu à voir avec « l’harmonisation » traditionnelle des notes du baccalauréat. Pour eux, celle-ci aurait été réalisée en l’absence de correcteurs, qui auraient pu comparer les méthodes de notation sur des bases objectives. « Aucun correcteur autour de moi n’a été convoqué dans une quelconque commission », s’alarme Céline Portejoie, professeure d’anglais à Lyon, qui a vu la moyenne de son lot de copies basculer de 13,25/20 à 15,66/20.

« Dérive inquiétante »

Selon nos informations, les modifications ont parfois été faites par des inspecteurs, à qui l’éducation nationale avait fait connaître la possibilité technique de retoucher les notes dans le logiciel, dans un souci d’homogénéisation des résultats – et ce, dans certains cas, sans rouvrir les copies. « Les inspecteurs ont cru bien faire, il ne s’agit pas de leur jeter la pierre, remarque Eric Nicollet, président du syndicat d’inspecteurs SUI-FSU. Simplement, la pratique pose question. » Le syndicat a dénoncé ce phénomène dans un communiqué, diffusé le 15 juin, en alertant sur une « dérive inquiétante ».

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