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Pourquoi le déclin des classes moyennes, celles qui ont le sentiment de « payer pour tout le monde », est un puissant levier politique


Une villa de construction récente à Cessac (Lot), le 2 juin 2022.

Pour qui croit aux symboles, celui-ci est éloquent : le constructeur Maisons Phénix, incarnation du rêve pavillonnaire français et de l’accession à la propriété des classes moyennes dans l’après-guerre, objet d’étude pour le sociologue Pierre Bourdieu, a mis la clé sous la porte, le 1er juillet. La pandémie de Covid-19, l’inflation du prix des matières premières… et aussi, peut-être, la fin d’un certain âge d’or pour les classes moyennes, cette France du milieu, cœur d’une puissante mythologie qui structure encore aujourd’hui l’imaginaire collectif.

L’angoisse du pouvoir d’achat, du reste à vivre et des fins de mois rendues difficiles par le retour de l’inflation a ravivé la question des classes moyennes et celle de leur déclin supposé. Ces dernières seraient toujours celles qui « trinquent », étouffées par des prélèvements obligatoires trop élevés mais trop riches pour toucher les subsides de l’Etat. La mondialisation, en favorisant l’essor d’une classe moyenne de consommateurs dans les pays émergents, aurait aussi laminé ces catégories dans nos contrées. La civilisation héritée des « trente glorieuses », cette société du salariat ayant foi en la mobilité sociale, la croissance et le progrès, serait-elle menacée ?

La difficulté à mesurer les transformations subies par les classes moyennes tient à l’impossibilité de les définir de façon satisfaisante, ces dernières l’étant souvent « en creux ». Elles agrègent des groupes sociaux très divers (salariés, artisans, commerçants, petits patrons, fonctionnaires de catégorie B, professeurs des écoles, techniciens…) qui ont en commun d’avoir un capital « de diplômes, de revenus, de patrimoine ou de logement » auquel « s’accrocher », selon les sociologue et économiste Dominique Goux et Eric Maurin.

Les économistes raisonnent volontiers en matière de revenus : l’OCDE retient ainsi les personnes dont les revenus sont compris entre deux tiers et deux fois le revenu médian (1 837 euros en France, soit entre 1 300 et 3 500 euros). L’Insee s’intéresse plutôt aux « emplois intermédiaires », ceux qui sont typiquement « entre les cadres et les agents d’exécution ». Les sociologues utilisent, de leur côté, le diplôme (bac + 2 ou bac + 3), qui est relié au métier et à la catégorie sociale. « Dans l’idéal, il faudrait aussi tenir compte du territoire où l’on vit, et du patrimoine reçu en héritage, ajoute le sociologue Camille Peugny. Un couple qui gagne deux fois 2 000 euros fera partie de la classe moyenne, sauf s’il a reçu un logement en héritage. »

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