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Explosion d’une usine Seveso: quelles améliorations depuis Lubrizol?



Explosion d’une usine Seveso: quelles améliorations depuis Lubrizol?

Un blessé grave et sept blessés en « urgence relative », c’est le bilan provisoire de l’explosion d’une poudrerie, classée Seveso, à Bergerac en Dordogne ce mercredi 3 août.

Un accident industriel d’une usine classée Seveso, qui rappelle la tristement célèbre explosion de l’usine Lubrizol en septembre 2019 qui n’avait pas fait de blessé mais avait relâché dans l’air 9.505 tonnes de produits chimiques, et l’explosion de l’usine AZF de Toulouse en 2001 qui avait fait 31 morts et 2.500 blessés. L’usine Manuco de Bergerac qui produit de la nitrocellulose (un composant de la poudre à canon) est un site classé seuil haut, censée dès lors être surveillé. La sécurité des sites Seveso s’est pourtant améliorée depuis 2019, même si « le risque zéro » n’existe pas.

La directive Seveso, un outil encore imparfait

La directive Seveso, mise en place dans l’Union européenne en 1984 puis renforcée en 1999 (Seveso 2) puis en 2012 (Seveso 3) impose aux sites classés d’identifier les risques d’accidents et de prendre des mesures pour limiter ces risques. Chaque site Seveso est soumis à un arrêt préfectoral qui définit des mesures précises et uniques à chaque usine en fonction de ses activités et de ses dangers. Ces usines ont la responsabilité de faire respecter ces mesures et sont soumises à des contrôles par les Directions régionales de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement (DREAL). Pour autant, les accidents ont continué d’arriver malgré le classement de 1.300 sites sous le statut Seveso. Un rapport sénatorial du 26 janvier 2022 s’alarmait sur le fait que « rien n’indiquait une amélioration structurelle de la sécurité dans les établissements Seveso entre 2013 et 2019 [date de l’accident de Lubrizol ndlr] en France ».

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En 2021, le bureau d’analyse des risques et pollutions industrielles, qui dépend du ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires, a recensé 1.571 événements technologiques, dont 250 incidents et accidents dans des établissements Seveso, dont 6 accidents majeurs. Des chiffres en amélioration par rapport à 2018 qui avait connu un pic de 515 incidents et accidents, mais qui ne montre pas d’amélioration significative depuis les années 2010, le nombre d’incidents et d’accidents stagnant autour de 250 à 300 dans les usines Seveso. Un bilan toutefois meilleurs que chez nos voisins. « La France connaît jusqu’à deux fois moins d’accidents par site Seveso que l’Allemagne. […] Une baisse significative des accidents a été constatée en 2020. Je parle là des accidents majeurs et non majeurs », affirmait la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili dans le rapport.

Des progrès depuis l’accident de Lubrizol 

L’incendie de Lubrizol, qui a provoqué l’effroi chez une partie de la population de Rouen où il a eu lieu, a poussé le gouvernement à prendre des mesures pour améliorer le contrôle des sites Seveso. « En 2019, le gouvernement a annoncé l’ouverture de 50 nouveaux postes de contrôleurs de DREAL et a promis des contrôles plus fréquents [sur les 1.231 agents déjà en poste] », assure Alban Bruneau, président de l’Association nationale des collectivités pour la maîtrise des risques technologiques majeurs (Amaris). Et cette promesse semble avoir été tenue. En 2021, 2.197 visites d’inspection ont été conduites sur les 1.300 sites Seveso répartis sur le territoire, précise le ministère de la transition écologique. Un article des Echos mentionne qu’en 2021, les deux cents inspecteurs de la DREAL d’Auvergne-Rhône-Alpes, -l’une des régions les plus industrialisées de France- a procédé à 2.630 contrôles sur des sites Seveso et non Seveso (en hausse de 33% par rapport à 2020, année toutefois marquée par un ralentissement global de l’activité en France due au Covid), dont 358 inopinés. Ces contrôles dans la région ont donné lieu à 315 mises en demeure, 8 amendes, 35 astreintes financières et 80 procès-verbaux.

« Le plan post-Lubrizol, mis en place en octobre 2020 crée toute une série de mesures de renforcement de contrôle des sites Seveso. Pour autant le risque zéro n’existe pas », confie le président d’Amaris. Ce plan prévoit par exemple d’améliorer la prévention des accidents en auditant les bâtiments voisins des sites Seveso pour identifier les risques d’effet domino, et d’approfondir les plans d’urgence internes pour que les usines détaillent les moyens prévus pour mener les premières analyses environnementales en cas d’accident et le nettoyage de l’environnement après un accident majeur. Le gouvernement a aussi insisté sur la communication et les réflexes post-accident en demandant aux usines Seveso d’augmenter le nombre d’exercices de gestion d’un accident industriel et en développant un nouveau dispositif de communication à la population en cas d’accident: FR-Alerte.

L’Amaris salue les efforts du gouvernement mais insiste sur les besoins de formation, alors que la piste privilégiée dans l’enquête sur l’explosion de Bergerac serait celle d’un « accident de manutention », rapporte France info. « Il faut encore mieux former les ouvriers qui sont sur les sites et qui sont les plus à même d’alerter les autorités ou les responsables en cas de problème sur le site. Pour surveiller les sites, il y avait les Comité hygiène sécurité et condition de travail (CHSCP) mais ils ont fusionné avec les Comité d’entreprises (CE) pour former les Comité social et économique (CSE). Cette fusion laisse moins de temps aux salariés auparavant engagés dans les CHSCP pour faire leur travail de surveillance et d’alerte », regrette Alban Bruneau.





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