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Pourquoi les valeurs technologiques américaines dévissent en bourse?



Pourquoi les valeurs technologiques américaines dévissent en bourse?

Avis de tempête sur le Nasdaq, la bourse américaine regroupant les 100 grandes valeurs technologiques du pays. L’indice boursier est passé de 16.765 points à son plus haut le 28 décembre 2021 à 11.200 points le 16 juin 2022, avant de remonter à 13.311 points ce 4 août. De véritables montagnes russes qui ont particulièrement touché certaines entreprises comme Meta, la maison mère de Facebook. L’entreprise a perdu 55% de sa valeur en passant de 378 dollars l’action le 10 septembre 2021 à 170 dollars ce 4 août. Idem pour Netflix, qui a décroché de 66% en 9 mois, son action passant de 690 dollars le 21 octobre 2021 à 229 dollars ce 4 août. Mais la plus forte baisse est attribuée à la plateforme de visioconférence Zoom qui est passé de 383 dollars le 6 août 2021 à 112 dollars ce 4 août, ce qui représente une baisse de 70% de sa valeur en 1 an. Décote vertigineuse.

De nombreuses valeurs technologiques sont donc en souffrance depuis la reprise de l’activité économique post-covid et Valentin Nicaud, membre de la cellule infos d’expert chez le courtier Bourse direct nous explique les dessous de cette bérézina boursière.

Challenges: Comment expliquer la grosse chute des cours de bourse de ces sociétés technologiques depuis leurs plus hauts de 2021?

Valentin Nicaud: Il y a un ensemble de circonstances, d’abord la hausse des taux directeurs. Ce n’est pas positif pour les marchés actions en général et ça l’est encore moins pour les sociétés de la tech qui sont souvent très endettées car elles sont jeunes et font beaucoup de recherche et développement. Quand les taux directeurs remontent, le coût de la dette augmente aussi donc cela diminue les cash flow futurs [les perspectives de revenus futurs ndlr]. Or les valeurs technologiques américaines sont chères en bourse, car elles ont de très bonnes perspectives de revenus futurs, donc dès qu’elles déçoivent un peu, ces valeurs dites de croissance sont sanctionnées.

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Le deuxième point qui explique la baisse des valeurs technologiques c’est le développement d’un univers concurrentiel notamment pour certaines entreprises. Meta par exemple n’avait pas anticipé l’arrivée et le succès de TikTok qui menace de prendre des parts de marché à Facebook. 

Enfin, ces sociétés technologiques avaient beaucoup monté pendant le pic du Covid et les périodes de confinement, car le nombre d’utilisateurs de services digitaux a fortement augmenté pendant cette période. Donc elles étaient peut-être devenues un peu trop chères pour les investisseurs. Maintenant, je ne pense pas qu’on puisse dire que c’était une bulle qui a éclaté et qui ne reviendra plus à des prix aussi élevés que pendant le Covid. 

Sur quelles valeurs ou placements se sont réfugiés les investisseurs qui ont fui les valeurs technologiques?

A cause de la peur de l’inflation et du relèvement des taux d’intérêts, nous avons vécu ces derniers mois l’une des plus grosses corrections depuis les années 2000 sur le Nasdaq. Les investisseurs se sont donc beaucoup réfugiés sur les valeurs défensives qui sont par définition plus stables. Parmi ces valeurs, on compte le secteur de l’énergie, qui a bien monté car il a bénéficié de l’inflation sur les coûts des matières premières, on compte aussi le secteur des sociétés bancaires et de la grande distribution avant que l’on se rende compte que l’inflation menaçait leurs marges.

Les investisseurs se sont retranchés sur les placements moins risqués, mais les gérants ont aussi conservé une poche « cash » importante pour pouvoir procéder à des achats sur les dossiers qui leurs semblent avoir anormalement baissé.

« Je ne vois pas les modèles économiques de Facebook, Netflix, Google ou Amazon menacés »

Les derniers résultats de certaines sociétés technologiques ont déçu le marché, révèlent-ils de véritables problèmes dans les modèles économiques de ces sociétés?

Le problème des marchés c’est qu’ils se basent essentiellement sur les anticipations de résultats, mais comme les sociétés technologiques sont très bien valorisées, les investisseurs attendent de très bons résultats. Donc oui Facebook et Netflix ont déçu les marchés. En plus, Facebook avait promis des avancées dans son projet de metaverse mais il ne les a pas tenus donc il a été sanctionné. 

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En revanche, je ne vois pas les modèles économiques de Facebook, Netflix et encore moins ceux de Google et Amazon menacés, mais tant qu’il restera des incertitudes sur la concurrence et la prospérité de ces sociétés, les investisseurs resteront frileux.

Quelles sont vos perspectives pour les prochains mois, concernant les valeurs technologiques?

Ces sociétés sont revenues à des niveaux de cours souvent inférieurs à leurs niveaux d’avant Covid, sauf que ces entreprises ont augmenté leurs revenus, donc elles sont censées valoir plus cher. De plus, certains analystes anticipent déjà des baisses de taux et parlent de revenir sur les valeurs de croissances comme les valeurs technologiques. Donc nous pourrions encore subir une correction de 5%, mais 10% ou plus, je ne pense pas.

Cela étant, il va falloir attendre le pic de l’inflation et une réelle perspective de baisse de taux pour voir les investisseurs revenir sur les valeurs technologiques. A partir de septembre, déjà, beaucoup de gérants jetteront un œil à ces sociétés et regarderont si nous sommes à des points bas et si c’est le moment d’acheter. Mais il restera tout de même la question de la concurrence et des perspectives de croissance pour Meta, Netflix ou Zoom.



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