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l’alerte des gériatres sur les soins aux personnes âgées


Catherine Pflieger, 45 ans, appartient à cette génération d’infirmières pour lesquelles « entrer à l’hôpital public était un grand honneur ». Elle le dit avec une belle fierté. C’était il y a vingt ans et cela ressemble à un autre siècle, alors que le service public et ses agents traversent une crise historique et existentielle. « A cette époque, il y avait plus de candidats que de places. Sur cent personnes, on prenait cinq infirmières ! » Les temps ont changé, et Catherine Pflieger, devenue cadre de santé, parcourt les couloirs du pôle gériatrique du centre hospitalier de Mulhouse en décrivant des difficultés qui semblent insurmontables, désormais, pour recruter des soignants découragés, désabusés et, pour certains, en souffrance.

En théorie, dans les différents services gériatriques, il devrait y avoir au moins 180 infirmières pour les 1 200 lits destinés aux personnes âgées malades ou dépendantes, hospitalisées ou hébergées sur les hauteurs de l’agglomération de 275 000 habitants. Mais le « chiffre cible », comme on dit dans l’administration, est devenu inaccessible, et tout le monde sourit tristement lorsque Catherine Pflieger l’évoque dans une salle de réunion de l’hôpital. « On compte aujourd’hui trente-sept postes vacants parmi les infirmières. Et cela va s’aggraver : nous aurons au moins quarante-trois postes non pourvus en janvier 2023. »

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Nathalie, 59 ans, aide-soignante au pôle de gériatrie du GHR de Mulhouse et Sud-Alsace, fait le lit d'un résident, le 18 juillet 2022. Elle travaille au sein du service depuis quinze ans.

S’ajoute l’absentéisme, avec 14 % des infirmières actuellement en arrêt maladie, un chiffre élevé, signe de l’épuisement des troupes après la bataille du Covid, particulièrement difficile dans une région en première ligne de la première vague, en 2020. « Cela signifie qu’il manque pratiquement un tiers de nos ressources humaines. Jusqu’à 50 % dans certains Ehpad plus éloignés », se désole l’infirmière en chef, obligée de jongler et de bricoler pour assurer la continuité des soins.

Les conséquences sont à la fois immédiates, graves et durables : faute de soignants, la direction a dû condamner provisoirement une trentaine de lits au sein du pôle de gériatrie. Plus alarmant, sur l’ensemble du secteur de Mulhouse, 177 lits de soins de suite et de rééducation (SSR) sont désormais fermés, sur un total de 603 – autant de patients qui ne pourront pas être pris en charge, alors que les médecins le souhaiteraient.

Manque d’anticipation politique

Yves Passadori, chef du pôle de gériatrie du groupe hospitalier de la région de Mulhouse, le 18 juillet 2022.

Dans la petite salle de réunion, une affiche en lettres gothiques rappelle que la « maison médicale pour personnes âgées » avait été inaugurée en 1973 par Michel Poniatowski, alors « ministre de la santé publique et de la Sécurité sociale ». Le ministre est mort depuis vingt ans, les murs ont été repeints, mais les chambres sont restées les mêmes, froides l’hiver, chaudes l’été – au 4e étage, sous les toits, la température dépasse les 30 °C en période de canicule et les stocks de ventilateurs chinois qui brassent de l’air dans les couloirs n’y font rien. Yves Passadori, 66 ans, un des grands anciens de la gériatrie française, chef de service dans le Haut-Rhin depuis vingt ans, écoute la cadre de santé décliner les chiffres de l’impuissance publique. Le médecin ne masque pas son émotion : « Je n’ai jamais connu une telle situation. C’est très préoccupant. On n’arrive plus à colmater les brèches, et tous les centres ferment des lits. »

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