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Titres de séjour métiers en tension:une « mesurette » pour l’hôtellerie



Titres de séjour métiers en tension:une "mesurette" pour l’hôtellerie

L’hôtellerie-restauration pousse un soupir de soulagement. A l’aune du projet de loi “immigration” qui doit être examiné début 2023, le ministre du Travail Olivier Dussopt et de l’Intérieur Gérald Darmanin ont annoncé vouloir créer un titre de séjour métier en tension pour les étrangers en situation irrégulière. La durée du visa est d’un an renouvelable. “Cela représente plusieurs dizaines de milliers de personnes”, a précisé ce jeudi 3 novembre Olivier Dussopt sur franceinfo. 

L’objectif est de faciliter le recrutement dans les secteurs en manque de bras, l’hôtellerie-restauration notamment. Un secteur où la crise de la main-d’œuvre, loin d’être nouvelle, a atteint des sommets cet été. La profession a déjà perdu 237.000 employés pendant le Covid-19 et peine à embaucher. La création d’un titre de séjour métiers en tension est donc une “très bonne nouvelle” pour Laurent Duc, président de l’Umih, premier syndicat patronal du secteur. La mesure doit néanmoins s’accompagner de plus de moyens dans la formation, détaille-t-il à Challenges.

Challenges – Quelle est la part de travailleurs étrangers dans les salariés de l’hôtellerie-restauration ? 

Laurent Duc – Aujourd’hui, 21% des salariés travaillant dans l’hôtellerie-restauration sont étrangers, (soit 210.000 salariés environ ndlr). Il est difficile de connaître le nombre exact de salariés sans-papiers parmi eux mais ils sont minoritaires. La création d’un titre de séjour pour les travailleurs étrangers répond ainsi à une véritable demande. Depuis plus de trois ans, nous demandons d’ailleurs au gouvernement de faciliter la venue de talents étrangers en France. Il vient seulement d’y répondre et de comprendre qu’on n’arriverait pas à répondre à la demande en faisant appel aux Français uniquement. 

L’hôtellerie-restauration souffre d’une importante pénurie de personnel. Pourquoi ? 

Au début de la saison 2022 qui a commencé en avril, à savoir deux mois plus tôt qu’habituellement, il manquait 300.000 saisonniers, contre 200.000 d’habitude. En cause, un certain nombre de personnes (237.000 ndlr) se sont reconverties pendant le Covid-19. A l’instar de cuisiniers que nous avions formés et qui ont voulu travailler dans des métiers plus stables, dans l’administration, l’armée ou les cantines. 

Par ailleurs, le Covid-19 a changé les mentalités. Avant la crise, nombre de jeunes salariés cumulaient les emplois, dans la restauration notamment. A l’issue de la pandémie, ils se sont, pour beaucoup, orientés vers un métier à temps plein et plus stable. Nous avons constaté un véritable désamour pour les métiers manuels des Français après la crise. L’autre problème était celui de l’abandon de poste. Il n’est pas rare de voir des salariés abandonner leur poste pour avoir droit aux allocations chômage. La mesure (votée dans le cadre du projet de loi de réforme de l’assurance-chômage ndlr) qui assimile l’abandon de poste à une démission devrait néanmoins freiner ces abandons. Enfin, nous avons un problème d’attractivité du métier. C’est pourquoi nous sommes favorables à l’immigration choisie pour combler les manques, notamment dans le service en restauration et la cuisine, deux branches où on manque cruellement de bras.

« Une goutte d’eau »

Pour vous, la création d’un titre de séjour métiers en tensions est une bonne nouvelle… 

Oui, pour plusieurs raisons. D’abord, la création de titres de séjour métiers en tensions permettra de valider le parcours de personnes présentes et compétentes mais sans-papiers. Ensuite, elle nous permettra de faire venir sur le territoire français des compétences, des talents qui ne sont pas encore sur notre territoire. Et d’ainsi gagner du temps : il faut aujourd’hui trois ou quatre mois pour générer un dossier à l’office français de l’intégration et de l’immigration. Enfin, les titres de séjour faciliteront le renouvellement des visas pour nos salariés qui sont en situation régulière mais pour lesquels nous rencontrons des difficultés à les renouveler. Ces titres de séjour seront cruciaux lors de la Coupe du monde de rugby en 2023, ou les JO en 2024. 

Quelles sont les conditions pour que les titres de séjour atténuent la pénurie de main d’œuvre dans l’hôtellerie-restauration ? 

Il faut impérativement que le travailleur étranger recruté dans l’hôtellerie-restauration y reste. C’est-à-dire que la profession dans laquelle il travaille doit être inscrite sur le titre de séjour pour empêcher l’abandon ou la reconversion de ce dernier. Si on forme un salarié, ce n’est pas pour qu’il se réoriente dans un deuxième temps. Autre nécessité, il faut faire de la formation professionnelle une priorité. Pour ce faire, France Compétences (le régulateur de l’alternance et de la formation professionnelle, ndlr) doit nous allouer plus de ressources pour former correctement les nouvelles recrues et les rendre compétitives dans les 6 mois à venir. 

Cette mesure est-elle suffisante pour faire face au manque criant de bras ? 

C’est une goutte d’eau par rapport à ce dont on aurait besoin, une mesurette. Dans le fond, il faudrait plus de moyens pour rendre nos métiers attractifs pour les personnes qui sont disponibles mais qui ne s’intéressent pas à notre secteur. Pour ce faire, il faut leur proposer une vraie formation professionnelle. Le financement des Centres de formations d’apprentis doit augmenter, avec une priorité aux secteurs d’activité en tension, le nôtre notamment. En outre, il faut leur proposer des conditions de travail et d’exploitation plus acceptables que celles que l’on propose aujourd’hui.

 





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