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L’hôpital public doit être réhumanisé, selon le comité d’éthique


Une manifestation à Rennes, le 18 octobre 2022, à l’appel des syndicats CGT et FO pour réclamer une augmentation des salaires.

Replacer l’éthique au cœur du système de soins, c’est ce que propose le conseil consultatif national d’éthique (CCNE), dans un avis publié lundi 7 novembre et centré principalement sur la situation tendue de l’hôpital public qui est « le symptôme le plus saillant » de la crise que traverse le système de santé français. « La crise sanitaire du Covid-19 a mis en évidence et accéléré une crise plus profonde, antérieure, de notre système », souligne Régis Aubry, chef du service des soins palliatifs du CHU de Besançon et rapporteur de l’avis.

Alors que de nombreux rapports ont relevé des dysfonctionnements du système de santé français, cet avis ne manquera pas d’interpeller les soignants et parties prenantes du volet santé du Conseil national de la refondation (CNR) lancé le 3 octobre et dont les conclusions sont attendues en janvier 2023. Après un été sous tension à l’hôpital ayant poussé le gouvernement à organiser une « mission flash » pour trouver des solutions d’urgence, les chefs des services de réanimations pédiatriques ont tiré la sonnette d’alarme, à l’automne, sur les conditions de prise en charges détériorées des enfants.

Dans ce long rapport, les membres du CCNE – médecins, chercheurs et scientifiques sélectionnés en raison de leur compétence pour les problèmes d’éthique – dressent un constat sans concession des maux de l’hôpital public, « trop polarisé sur la dimension sanitaire au détriment de la santé publique et d’une approche globale des personnes », mettant en œuvre une gestion « dysfonctionnelle » basée sur la tarification à l’activité – la fameuse « T2A » et survalorisant les actes techniques au détriment du temps consacré aux malades. « Le temps des soignants croise de moins en moins celui des malades », écrivent les auteurs.

Lire le reportage : Article réservé à nos abonnés De la pénurie de généralistes jusqu’aux urgences, le système de soins à l’hôpital est au bord de la noyade

Un système trop hiérarchisé et construit autour de la figure du médecin qui ne valorise pas les savoirs des autres soignants, en particulier des infirmières, infirmiers et sages-femmes. Plus globalement, le CCNE décrit un système cloisonné entre hôpital et médecine de ville, privé et public, sanitaire et médico-social… Et donc inadapté aux évolutions des besoins en matière de santé.

« Souffrance éthique »

« La valorisation des actes techniques a fait disparaître les actes qui consistent à écouter, passer du temps avec les patients. C’est pourquoi on aboutit aujourd’hui à la désertion des professionnels de santé », insiste Régis Aubry, mobilisant la notion de « souffrance éthique » développée par la professeure canadienne Lyse Langlois lors de son audition par le CCNE. Une souffrance rencontrée par de nombreux soignants, qui font face à « un décalage de plus en plus manifeste entre leurs pratiques, perçues comme déshumanisées, et les valeurs éthiques du soin ».

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