À Bercy, les fans s’aventurent en nombre au concert-test d’Indochine


5000 spectateurs participent samedi au concert expérimental organisé à Paris pour démontrer l’efficacité des mesures sanitaires pour les grands spectacles.

Même Roselyne Bachelot a fait le déplacement. 5000 spectateurs – dont plusieurs personnalités politiques – ont rendez-vous dans la fosse de Bercy en cette fin d’après-midi pour danser au son des tubes d’Indochine et retrouver l’ambiance des spectacles d’antan, à l’occasion d’un concert-test très attendu par un secteur durement éprouvé par le Covid-19. Après quelques minutes de retard, une prise de parole de la ministre de la Culture, et une première partie assurée par Étienne de Crécy, figure électro de la «french touch», ce sera enfin au tour d’Indochine. Comme pour le public, c’est leur premier concert depuis des mois.

«Ça fait si longtemps qu’on attend la réouverture de ce genre d’événement. Donc là, retrouver un concert, en plus Indochine, c’est assez formidable», s’enthousiasmait avant les festivités Camille, 26 ans, venue du Val d’Oise voisin pour revoir, «pour la cinquième ou sixième fois», Nicola Sirkis et sa bande sur scène. Lunettes de soleil sur ses cheveux mauves, la jeune femme a attendu son tour dans une longue file qui s’étirait au pied de la salle de concert. Comme chaque spectateur, elle a dû remettre l’enveloppe, qui contient un test salivaire effectué samedi, avant d’entrer dans l’arène. Un premier test antigénique – négatif – a également été réalisé ces trois derniers jours, l’une des conditions pour participer à l’étude.

Dans la salle, pas de distanciation physique, mais masque obligatoire, avec une surveillance étroite de la fosse par une batterie de caméras. Pour respecter le couvre-feu toujours en vigueur à 21 heures, le concert, gratuit, a démarré à l’heure du thé, sous les applaudissements enjoués et impatients de la foule triée sur le volet. Pour Indochine, le groupe formé en 1981 qui remplit les stades et dont les tubes, de L’Aventurier à J’ai demandé à la lune, ont traversé les générations, ce concert est aussi un petit événement. Les briscards du rock français remontent sur scène après avoir dû reporter d’un an (au printemps-été 2022) la tournée de leurs 40 ans, à cause de la crise sanitaire.

«On avait déjà nos places pour le Stade de France, ça sera l’année prochaine, on les garde», sourit Valentin, un technicien de 29 ans, qui porte un tee-shirt noir d’Indochine. Cette expérimentation, déjà réalisée ailleurs en Europe, était devenue un serpent de mer en France, où elle a été reportée plusieurs fois. Elle a finalement lieu sur fond de nette amélioration de la situation sanitaire, à deux jours de l’ouverture de la vaccination pour tous les adultes. Mais l’enjeu reste important pour le secteur du spectacle, qui voit la reprise en pointillé, malgré le feu vert depuis le 19 mai aux concerts assis, avec distanciation.

Seuls 5000 heureux élus sur les près de 20.000 candidats ont obtenu le précieux sésame pour voir Indochine ce samedi. STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Des résultats attendus courant juin

À l’heure actuelle, les festivals debout ont été autorisés cet été, mais avec une limite d’une personne tous les 4 m2. Nombre d’entre eux ont déjà jeté l’éponge (Solidays, Eurockéennes), seuls de rares événements se tenant, le plus souvent en format assis et avec jauge (Francofolies, Printemps de Bourges, Vieilles Charrues). Un festivalier pour 4 m2, «pour un secteur qui vit de la billetterie, c’est intenable», juge la directrice générale du Syndicat du spectacle musical et de variété (Prodiss), Malika Séguineau, qui porte le projet avec l’AP-HP (Assistance publique Hôpitaux de Paris) pour le volet scientifique, avec le soutien du gouvernement.

Plusieurs fois repoussé, le concert-test doit permettre de montrer l’efficacité des mesures sanitaires en préparation pour les spectacles et les festivals de l’été. STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

À un mois des régionales, plusieurs politiques avaient prévu de faire le déplacement, dont les ministres de la Santé et de la Culture Olivier Véran et Roselyne Bachelot, la présidente de la région Île-de-France Valérie Pécresse et la maire de Paris Anne Hidalgo. L’étude doit permettre de démontrer que s’ils sont testés négatifs au Covid-19 en amont, les spectateurs ne courent pas plus de risque de se contaminer au concert qu’en temps normal. L’expérimentation, dont de premiers résultats sont attendus fin juin, n’est ouverte qu’aux 18-45 ans qui ne présentent pas de risques de formes graves (obésité, hypertension) en cas de contamination.

Sur 20.000 volontaires, un groupe de 7500 a été sélectionné après un premier test antigénique négatif entre mercredi et vendredi. Parmi eux, 5000 personnes vont danser sur Tes Yeux Noirs, tandis que 2500 devront rester chez eux. Tous les participants sont invités à se soumettre à un test salivaire samedi, puis un autre sept jours plus tard. Le nombre de cas positifs sera comparé dans les deux groupes. L’expérimentation a aussi pour but de tester l’inclusion du test négatif dans l’application tousanticovid, préfigurant le pass sanitaire. Enfin, des caméras doivent permettre de mesurer tout au long du concert si le masque est toujours bien porté, mais pas pour viser tel ou tel spectateur, assurent les organisateurs. Les expériences précédentes, en Espagne ou au Royaume-Uni, n’ont pas montré de risque élevé de contamination.



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