Brigitte Fontaine : « Je suis folle des mots ; je raffole des mots ! »


Brigitte Fontaine : « Je suis folle des mots ; je raffole des mots ! »
La musicienne et poète Brigitte Fontaine.

FRANK LORIOU

Au milieu d’un escalier en colimaçon, une porte d’entrée baroque en bois sombre, ornée d’une main de Fatma et d’un lourd heurtoir, mais surtout de ce cocasse écriteau :

« Pour entrer, utiliser EXCLUSIVEMENT la porte. »

Il fallait bien, au seuil du petit appartement de l’île Saint-Louis, à Paris, où nous reçoit Brigitte Fontaine, nous le rappeler in extremis : mieux vaut, avec l’octogénaire artiste, laisser au vestiaire toute tentation de lecture au premier degré.

De même avec

La Vieille prodige,

que Brigitte Fontaine, prolixe en littérature comme en musique, fait paraître au Tripode. Comme l’explique au « Monde des livres » l’autrice et interprète des tubes

Comme à la radio

(1970) ou

C’est normal

(1973), aux deux disques d’or – pour


Kékéland


(2001) et


Rue Saint Louis en l’îIe


(2004) –, cet étonnant récit poétique est en fait constitué de deux livres différents réunis sous une même couverture

« parce qu’ils s’entendent bien »

. Le premier, « Les Fruits confits », a été écrit au début de la pandémie de Covid-19 ; le second, « La Vieille prodige », est bien plus court et attendait depuis quelques années la compagnie adéquate pour rencontrer le public. Un troisième texte autour de

Juliette Gréco (1927-2020)

, grande amie de Brigitte Fontaine dans les dernières années de sa vie, était prévu à l’origine, mais n’a pas abouti. Les deux textes sont difficilement classables ; depuis la liseuse en velours rouge où Brigitte Fontaine s’est allongée, impériale, elle statue :

« Ce ne sont ni des essais ni des romans, donc ce sont des poèmes. »

« Tout, tout, tout est un mystère »

Pas des autoportraits ?

« Surtout pas »,

tranche-t-elle, en dépit de ses évidentes parentés avec

« la vieille prodige »

du texte du même nom ou avec

« la tortue Fantaisie »

des « Fruits confits ». Brigitte Fontaine n’abhorre rien tant que les récits de vie. Sauf ceux écrits par Stefan Zweig, qu’elle

« aime beaucoup, même ses biographies »

.

« Pour le reste, il s’agit du mystère,

reprend-elle avec conviction.

Il me semble que tout, tout, tout est un mystère et je m’y abandonne plus ou moins. »

Voilà pourquoi elle promet qu’elle n’écrira


«

jamais »

de portrait – au passage, elle oublie ou feint d’oublier son

Portrait de l’artiste en déshabillé de soie

(Actes Sud, 2012)

.

L’autoportrait, du reste, note-t-elle avec une moue entendue

,

est un genre

« très fréquent chez les écrivaines ».

Brigitte Fontaine, elle, tient à être qualifiée d’« écrivain ».

« Ecrivaine,

souffle-t-elle en faisant mugir le “e” du féminin,

est un des pires mots qu’on puisse utiliser pour parler de moi – ou d’autres femmes, copine ou pas copine. »


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