Concert-test d’Indochine à Paris : l’émotion des retrouvailles


NOUS Y ÉTIONS – Le show mené tambour battant par Nicola Sirkis et son groupe à l’Accor Arena devant 5000 spectateurs était avant tout une expérience scientifique. Si ce premier test du pass sanitaire est positif, les concerts avec public debout pourront reprendre dès la rentrée.

Devant l’Accor Arena ce samedi 29 mai vers 15h00, c’est la foule des grands jours. Cinq mille personnes de 18 à 45 ans attendent d’applaudir Indochine sur scène. L’émotion est palpable. Et pas seulement parce que le groupe de Nicola Sirkis fête ses 40 ans de carrière et a été obligé à cause de la pandémie de reporter à 2022 sa tournée « Central Tour » qui passera par le Stade de France.

Ce concert du 29 mai 2021, c’est le premier grand show avec public debout depuis… quinze mois. «Un moment émouvant et historique», insiste le producteur Angelo Gopee, directeur général de Live Nation France (Madonna, IAM, Gad Elmaleh…). «Cela fait tellement de bien d’être là, quelle aubaine de pouvoir chanter et danser, c’est le premier concert depuis si longtemps !», renchérit Laura 21 ans, puéricultrice à la maternité de l’hôpital Thonon.

Pour autant, rien n’est comme dans le monde « d’avant » la pandémie. À l’arrière de l’Accor Arena, devant la file d’attente qui serpente à l’infini, Cyrille Perales, le directeur de la sécurité de la plus grande salle de Paris rappelle à la foule que ce concert n’est pas comme les autres : «il nous permet de tester le pass sanitaire et de créer un protocole qui permettra de reprendre les concerts avec public debout dès la rentrée.» Comme Pauline 25 ans et Bénédicte 32 ans qui ne se connaissent pas mais posent volontiers avec leurs tee-shirts Indochine, chaque spectateur sélectionné est venu seul.

Aux abords de l’Accor Arena, Pauline 25 ans et Bénédicte 32 ans sont venues seules assister au concert. Léna Lutaud

«Mais ça va, sourit Lena Roverte, future ingénieure de 22 ans. Rien que pour l’ambiance, c’est génial. Nicola Sirkis peut faire un concert acoustique que cela m’irait». À l’instar de cette jeune femme, chacun tient dans sa main une grosse enveloppe bleue. «C’est un auto test que nous devons remettre à l’entrée de la salle, explique Lena Roverte. Le second doit être envoyé par la poste le 5 juin dans sept jours». Comme les 7500 personnes retenues pour cette expérience, cette jeune femme aura eu droit au goupillon dans le nez, trois fois. Le premier fait à l’Accor Arena il y a trois jours, lui a permis une fois sûre de ne pas avoir le covid de participer au tirage au sort.

Comme Léna Roverte, 22 ans, les spectateurs ont dû ramener une enveloppe bleue contenant un auto test. Léna Lutaud

Sur 20.000 candidatures, 5000 ont reçu un billet pour le concert de ce samedi soir, 2500 autres font partie de l’expérience mais restent chez eux et ont reçu en cadeau une place pour voir Indochine en mai 2022. «Je ne suis pas fan d’Indochine comme mon père mais j’ai beaucoup aimé leur dernier album et c’était une nécessité de venir. Il faut aider les équipes médicales», souligne Alexandre Bigot 19 ans étudiant en sciences politiques.

L’étape du «pass sanitaire»

Face au ministère des Finances, les télévisions s’agglutinent devant une brune élancée. C’est Malika Seguineau, directrice générale du Prodiss, le syndicat des producteurs et patrons de salles, à l’origine de ce projet. Après de longs mois de travail avec la mairie de Paris, les hôpitaux de Paris, la Région Île de France, le ministère de la Santé, celui de la Culture et tant d’autres partenaires, elle est enfin arrivée à son but. Plusieurs passants la reconnaissent et lui crient « merci, merci ! ». L’intéressée sourit : «c’est cool. Je suis si heureuse qu’on soit arrivée au jour J après tant de mois de travail et j’espère qu’il en aura plein d’autres très vite ensuite. C’est déjà une première étape et on voit bien que les gens ont besoin de retourner au concert».

À l’entrée de la salle, outre le contrôle du billet, des vestes et des sacs, il faut montrer son test antigénique négatif et ses papiers d’identité. L’agent vérifie que la date du test, le résultat puis que le nom sur le test correspond à la carte d’identité et à celui sur le billet. Cette étape dite du «pass sanitaire» nous a pris environ une minute de plus qu’avant le covid. Il faut aussi se laver les mains, jeter son masque et enfiler celui fournit par l’Accor Arena. Des réflexes à prendre puisque ce sera comme ça que se dérouleront l’entrée dans les festivals et les concerts à venir. Là aussi, comptez une petite minute.

À l’entrée de la salle, il faut montrer son test antigénique négatif, et ses papiers d’identité. Léna Lutaud

Aujourd’hui, une fois n’est pas coutume, chaque spectateur reçoit une gourde fabriquée en canne à sucre avec un bouchon en bois et bambou. Un joli design imaginé par une étudiante de l’École nationale supérieure des arts appliqués et des métiers d’art. «Les buvettes sont fermées et pour une fois, les spectateurs ne boiront pas de la bière mais de l’eau publique, souligne Benjamin Gestin, directeur d’Eau de Paris, filiale de la Mairie de Paris. L’idée après la pandémie est de penser à la transition écologique et de se débarrasser du plastique jetable au bureau comme au spectacle. Sur les 8,7 milliards de mises en bouteille en France, il leur faut 300 kilomètres pour arriver à l’usager et seule la moitié est recyclée».

Des tubes enchaînés et des résultats compilés

Vient le moment tant attendu de pousser la porte qui mène aux gradins. L’émotion est là. Les premières minutes de ce concert pas comme les autres vont être intenses. Pour l’instant, la fosse se remplie joyeusement, beaucoup de jeunes attendent sagement assis par terre. « Il y a 5000 spectateurs contre 5500 d’habitude », nous explique Angelo Gopee qui produisait les tournées d’Indochine avant que Nicola Sirkis ne signe avec Play Two, filiale de TF1. À 16h45, une « cour » traverse la fosse. Sous les regards des télévisions, Roselyne Bachelot ministre de la culture vient échanger avec le public.

Devant la fosse et les photographes, Roselyne Bachelot est venue s’adresser aux journalistes, bientôt imitée par Olivier Véran. Léna Lutaud

Olivier Véran ministre de la Santé fera de même plus tard alors que le DJ Étienne de Crécy, prince de l’électro est sur scène et assure la première partie. L’artiste pardonnera à Olivier Véran, cette brève indélicatesse. Sur le 1,4 million que coûte le concert, le ministère de la Santé a payé les 900.000 euros de la partie médicale. Anne Hidalgo maire de Paris et Valérie Pécresse présidente de la région Île de France ont aussi fait le déplacement. Anne Hidalgo fait chercher les journalistes dans les gradins pour une conférence de presse impromptue. On sent que les élections se rapprochent.

À 18h33, le noir se fait. Nicola Sirkis jaillit sur scène drapé dans une veste déstructurée, sarouel noir et godillots compensés. Très new wave. En pleine forme, la voix puissante, il arpente la scène en chantant Station 13, l’un des nombreux tubes de son dernier album 13. En juin 2019 à la fin de sa tournée 13 Tour, on l’avait quitté blond platine, il revient teinté de gris avec une coupe effilée, longue dans la nuque et mèches jusque sur le nez. C’est parti pour 90 minutes de show mené tambour battant. Les milliers de spectateurs sautillent, bras levés. L’écran géant qui grimpe jusqu’au plafond de l’Arena où sont projetés les effets spéciaux, c’est Sirkis qui l’a financé tout comme il a réglé les cachets de ses musiciens.

À 18h33, le noir se fait. Nicola Sirkis jaillit sur scène drapé dans une veste déstructurée, sarouel noir et godillots compensés. Anthony Ghnassia / INDOCHINE

Lui ce soir n’est pas payé. La batterie du suédois Ludwig Dahlberg s’allume de rouge sang. « Bonsoir à tous, crie Nicola Sirkis. Merci à tous les volontaires ici ce soir et merci à ceux qui n’ont pas pu venir. On veut vivre encore plus fort et ensemble, ce soir, on va peut-être changer le monde ! Chaud chaud chaud !» Accompagné de ses quatre fidèles musiciens dont oLi dE Sat au clavier et à la guitare, il enchaîne sans répit les titres. Je t’aime tant, Miss Paramount, Un Eté Français, La Vie est belle, Tes yeux noirs, J’ai demandé à la lune…Le poing levé, il réclame «non pas une minute de silence mais une minute de bruit pour tous les médecins, les chercheurs, tous les disparus du Covid».

Accompagné de ses quatre fidèles musiciens dont oLi dE Sat au clavier et à la guitare, Nicola Sirkis enchaîne sans répit les célèbres titres du groupe. Jean-Louis Carli / Aléa / PRODISS

Depuis notre gradin trois rangs au-dessus de la fosse, impossible de repérer les caméras censées observer si le port du masque est respecté. « Elles sont bien cachées pour que le public les oublie », nous glisse Angelo Gopee. De notre angle de vue, à l’exception d’une jeune femme hissée sur les épaules de son voisin au milieu de la fosse, tout le monde a bien gardé son masque pendant le concert. Un miracle car il faut bien le reconnaître que chanter, danser et sautiller avec un masque, ce n’est pas simple.

Vers 19h40, la fin du show se rapproche. Il faut tenir compte du couvre-feu à 21h. Sirkis lance College boy, une chanson contre le harcèlement puis 3e sexe, l’Aventurier et enfin Karma Girls sous un beau ciel étoilé. «Merci infiniment, quel parcours du combattant ! Soyez fiers de vous ! Cela fait six mois que ce concert se prépare. J’espère qu’après, tous les festivals et toutes les tournées pourront reprendre de Lille à Marseille, de Strasbourg à Brest !».

Vers 19h40, la fin du show se rapproche. Il faut tenir compte du couvre-feu à 21h. Stéphane Allaman / Aléa / PRODISS

Dans l’immédiat, les scientifiques vont compiler tous les tests et rendre leur étude fin juin. Si leurs conclusions sont positives donc que personne n’a été contaminé pendant le show, ce sera un soulagement pour tous les artistes en concerts à la rentrée. Angelo Gopee qui accueille Alanis Morissette le 13 novembre à l’Accor Arena et Tom Jones le 8 septembre au Grand Rex et vient de vendre 15 000 places en deux minutes pour Billie Eilish le 22 juin 2022 voit même plus loin : « dans trois à cinq ans, si un nouveau virus débarque, nous aurons un modèle qui nous permettra d’éviter de fermer les salles comme cette année. Nous serons à même de mieux anticiper. »



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